Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a réagi ce 13 mai 2026 à la tribune publiée deux jours plus tôt dans Libération par plus de 600 professionnels du cinéma. Ceux-ci dénoncent ce qu’ils présentent comme « l’emprise grandissante de l’extrême droite sur le cinéma français », incarnée selon eux par le milliardaire Vincent Bolloré. Dans son intervention sur France Inter, Thierry Frémaux a notamment pointé la concentration accrue du secteur par des acteurs privés, estimant que « l’acteur privé prend beaucoup de place » dans un écosystème déjà fragilisé.

Selon Franceinfo - Culture, la tribune des 600 signataires, parmi lesquels figurent Raymond Depardon, Swann Arlaud, Juliette Binoche ou encore Adèle Haenel, s’attaque directement à la stratégie d’expansion de Vincent Bolloré. Le groupe Canal+, dont il est l’actionnaire de référence, détient déjà 34 % du capital d’UGC, troisième réseau de salles de cinéma en France. L’objectif affiché serait d’en prendre le contrôle total d’ici à 2028, une perspective qui alarme les professionnels du secteur.

Ce qu’il faut retenir

  • Une tribune signée par 600 professionnels, publiée dans Libération le 11 mai 2026, dénonce l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma français, qu’ils associent à « l’extrême droite ».
  • Canal+ détient déjà 34 % d’UGC, avec une intention d’acquérir 100 % du capital d’ici 2028, selon les signataires.
  • Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, a réagi sur France Inter le 13 mai 2026, soulignant que « l’acteur privé prend beaucoup de place » dans le cinéma.
  • Il rappelle que, aux États-Unis, les studios ne peuvent pas posséder de salles de cinéma, un modèle que la France n’a pas adopté.

Une concentration inédite dans le paysage cinématographique

La tribune parue dans Libération met en lumière la stratégie d’expansion de Vincent Bolloré, dont le groupe Canal+ est déjà un acteur majeur de la production et de la diffusion audiovisuelle en France. En ciblant UGC, l’un des trois plus grands exploitants de salles du pays, le milliardaire pourrait, si son projet aboutit, contrôler un réseau de diffusion clé pour les films français et étrangers. « Les studios ne peuvent pas posséder des salles de cinéma » aux États-Unis, a rappelé Thierry Frémaux, soulignant le retard législatif français sur ce sujet. Aux États-Unis, les règles antitrust interdisent depuis longtemps aux grands groupes de cumuler production, distribution et exploitation en salles, une séparation censée garantir une diversité de l’offre.

Pour les signataires de la tribune, cette mainmise progressive de Vincent Bolloré sur UGC représente une menace pour la pluralité du cinéma. « L’emprise grandissante de l’extrême droite » est une formule choc, mais elle reflète leur inquiétude face à ce qu’ils perçoivent comme une dérive oligarchique du secteur. Parmi les personnalités engagées dans cette mobilisation, on compte des réalisateurs comme Raymond Depardon, des acteurs comme Juliette Binoche ou Swann Arlaud, et des artistes comme Adèle Haenel, tous unis par une même volonté de défendre un cinéma indépendant des logiques économiques dominantes.

Un débat récurrent dans l’histoire du cinéma français

Thierry Frémaux a tenu à replacer cette polémique dans une perspective historique, rappelant que le cinéma français a toujours été marqué par des tensions entre création artistique et logique économique. « C’est une grande tradition en France », a-t-il déclaré, citant les combats menés dans les années 1950 par des figures comme Louis Jouvet ou Jean Gabin contre le plan Marshall, jugé défavorable aux intérêts du cinéma national. Plus tard, dans les années 1980, des réalisateurs comme Costa-Gavras, Bertrand Tavernier ou Gérard Oury se mobilisaient déjà pour défendre le droit des auteurs face aux pressions des grands groupes.

Cette mémoire collective rappelle que le cinéma français a souvent dû se battre pour préserver son identité. Pour Thierry Frémaux, la situation actuelle s’inscrit dans cette lignée : « Le législateur aura peut-être à s’interroger sur ces questions-là », a-t-il indiqué, suggérant que l’État pourrait être amené à renforcer le cadre réglementaire pour protéger les salles indépendantes et garantir un accès équitable aux œuvres. Une intervention législative, si elle devait voir le jour, s’inscrirait dans la continuité des débats récurrents sur la place du privé dans la culture.

UGC, un symbole de la bataille pour l’indépendance des salles

Fondé en 1971, UGC est l’un des trois grands réseaux de salles de cinéma en France, avec MK2 et Pathé Gaumont. Son rachat partiel par Canal+ en 2024, puis l’ambition affichée de contrôler la totalité de son capital d’ici deux ans, ont cristallisé les craintes des professionnels. Ces derniers craignent une standardisation de l’offre, au détriment des films d’auteur ou des initiatives locales, et une mainmise accrue des grands groupes sur la diffusion des œuvres.

Le risque, pour eux, est de voir émerger un modèle où quelques acteurs concentreraient à la fois la production, la diffusion et l’exploitation des films, réduisant ainsi la diversité culturelle. « Ce n’est pas la première fois que le cinéma français s’insurge face au monde économique », a souligné Thierry Frémaux, rappelant que les cinéastes ont toujours défendu leur autonomie face aux logiques marchandes. Pour autant, la situation actuelle présente une particularité : l’influence croissante d’un seul homme, Vincent Bolloré, dont le nom est désormais associé à une forme de capture du secteur cinématographique.

Et maintenant ?

La polémique autour de la stratégie de Vincent Bolloré devrait s’amplifier dans les semaines à venir, alors que les professionnels du cinéma préparent leurs réponses législatives. Une réunion entre les signataires de la tribune et les représentants du ministère de la Culture est évoquée pour la fin du mois de mai. D’ici là, le débat sur la régulation des grands groupes dans le secteur culturel risque de s’étendre au-delà du cinéma, notamment dans les domaines de la musique et de l’édition.

Reste à voir si l’État français, souvent réticent à s’immiscer dans les questions économiques, prendra des mesures concrètes pour limiter l’influence des acteurs privés sur les salles. En attendant, les prochaines échéances électorales et législatives pourraient offrir une opportunité de repenser le cadre juridique, à condition que la mobilisation des professionnels persiste.

Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+, est accusé par plus de 600 professionnels du cinéma de vouloir prendre le contrôle total d’UGC, troisième réseau de salles en France. Cette opération, qui pourrait être finalisée d’ici 2028, est perçue comme une menace pour l’indépendance du secteur, notamment en raison de la concentration accrue du pouvoir entre les mains d’un seul acteur privé.