Depuis près d’un quart de siècle, la Chine multiplie les chantiers en mer de Chine méridionale, transformant des atolls isolés en îles artificielles par le déversement de sable et de béton. Selon Ouest France, cette stratégie s’inscrit dans une ambition bien plus large : renforcer son emprise militaire et sécuriser les routes maritimes de la région.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine construit des îles artificielles en mer de Chine méridionale depuis une vingtaine d’années.
- Ces infrastructures servent de bases militaires et commerciales pour Pékin.
- La zone est stratégique pour le contrôle des voies maritimes et des ressources.
- Les travaux ont commencé dans les années 2000 et se poursuivent activement.
Ces « confettis de sable et de béton », comme les qualifie Ouest France, ne sont pas anodins. Ils matérialisent une volonté politique de Pékin de s’imposer comme une puissance incontournable dans une zone maritime parmi les plus disputées au monde. Les îles artificielles, équipées de pistes d’atterrissage, de radars et de ports, permettent à la Chine d’étendre sa portée opérationnelle bien au-delà de ses côtes.
Les premières constructions remontent au début des années 2000, mais c’est à partir de 2014 que les travaux se sont accélérés. À cette époque, Pékin a lancé des opérations de remblaiement à grande échelle, notamment autour des îles Spratleys et Paracels. Selon des rapports satellitaires, plus de 3 200 acres de terres ont été gagnées sur la mer depuis 2013, un territoire équivalent à plus de 1 200 terrains de football. Autant dire que l’ampleur des travaux est sans précédent.
Derrière ces aménagements se cache une logique stratégique. La mer de Chine méridionale, qui concentre un tiers du trafic maritime mondial, est un carrefour économique vital. Qui contrôle ces eaux contrôle aussi une partie des approvisionnements énergétiques et des ressources halieutiques. « Ces îles artificielles sont conçues pour servir de plateformes logistiques et militaires, permettant à la Chine d’asseoir sa souveraineté et d’étendre sa zone d’influence », explique un expert en géopolitique maritime cité par Ouest France.
Les réactions internationales n’ont pas tardé. Plusieurs pays riverains, comme les Philippines, le Vietnam ou la Malaisie, ont protesté contre ces constructions, les qualifiant de violations du droit international. En 2016, un tribunal international de La Haye a statué en faveur des Philippines, estimant que Pékin n’avait pas de base légale pour revendiquer ces territoires. Pourtant, la Chine a continué ses travaux, affirmant que ses revendications s’appuyaient sur des « droits historiques » remontant à des siècles.
Côté militaire, les îles artificielles abritent désormais des infrastructures pouvant accueillir des avions de combat, des missiles antiaériens et des systèmes de surveillance. Des images satellites ont révélé la présence de batteries de missiles sol-air S-400 et de radars longue portée. « Ces installations transforment la mer de Chine méridionale en une véritable forteresse flottante », souligne un analyste de l’International Institute for Strategic Studies.
Pour l’heure, aucun dialogue sérieux n’a abouti pour désamorcer la crise. Les négociations multilatérales, comme celles menées sous l’égide de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), restent au point mort. La Chine, elle, continue de justifier ses actions par la nécessité de « protéger ses intérêts légitimes ». Reste à voir si la pression internationale parviendra à infléchir sa stratégie.
Les principaux archipels touchés sont les îles Spratleys et Paracels, situées en mer de Chine méridionale. Pékin y a réalisé des travaux de remblaiement pour créer des îles artificielles, notamment à Mischief Reef, Subi Reef, Fiery Cross Reef et Woody Island.