Dans une réflexion publiée par Libération, le philosophe Emanuele Coccia interroge notre tendance à réduire les lieux à leur terroir, soulignant que cette approche menace leur vitalité. Pour lui, les espaces les plus dynamiques sont ceux qui cultivent une « identification créative à un ailleurs », bien au-delà de leur ancrage local.
Ce qu'il faut retenir
- L’homogénéisation culturelle est pointée du doigt comme un risque majeur pour les lieux, selon Emanuele Coccia dans Libération.
- L’auteur insiste sur la nécessité de dépasser la vision restrictive des identités territoriales.
- Les lieux les plus vivants seraient ceux capables de s’ouvrir à des influences extérieures.
- Cette approche remet en cause la survalorisation actuelle des cultures locales.
Une critique de la survalorisation du local
Pour Emanuele Coccia, Libération rapporte une bataille légitime contre l’uniformisation des cultures, mais celle-ci conduit souvent à une surenchère sur le « terroir ». Selon lui, cette focalisation excessive risque d’enfermer les lieux dans des identités statiques, voire folkloriques. « Les cultures locales ne devraient pas être des prisons, mais des points de départ », déclare-t-il. Cette vision, explique-t-il, ignore la capacité des espaces à se réinventer en s’inspirant d’ailleurs.
L’auteur rappelle que les métropoles, par exemple, doivent leur dynamisme à leur capacité à absorber des influences multiples. Bref, une ville comme Paris ne serait pas devenue un carrefour culturel si elle avait uniquement mis en avant son « terroir » francilien. Autant dire que la richesse des lieux réside souvent dans leur porosité aux autres cultures.
L’identification créative comme moteur de vitalité
Coccia propose une alternative : plutôt que de se définir par ce qui les sépare, les lieux devraient s’enrichir de ce qui les unit à d’autres horizons. Cette « identification créative à un ailleurs » permettrait de dépasser les clivages locaux pour embrasser une vision plus ouverte. Il prend l’exemple des jardins, où des plantes exotiques côtoient des espèces locales, créant ainsi des écosystèmes hybrides et résilients.
Pour lui, cette hybridation est une condition de survie pour les lieux. « Un lieu qui ne dialogue pas avec l’extérieur est un lieu qui se condamne à l’étouffement », souligne-t-il. Cette idée s’applique aussi bien aux villes qu’aux régions rurales, qui gagneraient à s’inspirer des flux migratoires ou des échanges culturels pour se renouveler.
Un plaidoyer contre les frontières culturelles
Dans son analyse, Coccia va jusqu’à remettre en cause la notion même de « culture locale », qu’il juge trop souvent confondue avec une forme d’isolement. Selon lui, cette vision encourage une vision fragmentée du monde, où chaque territoire cultiverait son jardin clos. Pourtant, ajoute-t-il, « les grandes civilisations sont nées de la rencontre entre des ailleurs ». Cette assertion s’appuie sur des exemples historiques, comme la Renaissance italienne, née de l’apport des savoirs arabes et byzantins.
L’auteur ne nie pas l’importance des racines, mais il insiste sur la nécessité de les faire dialoguer avec des influences extérieures. Il cite l’exemple du vin, produit local par excellence, mais dont la qualité dépend souvent de cépages importés ou de techniques venues d’ailleurs. Ce paradoxe illustre, selon lui, la fausse opposition entre local et global.
En définitive, le texte d’Emanuele Coccia, publié dans Libération, offre une grille de lecture pour dépasser les oppositions stériles entre local et global. En encourageant une vision plus fluide des identités, il invite à imaginer des lieux non plus comme des entités closes, mais comme des espaces en constante réinvention.
Il estime qu’elle enferme les lieux dans des identités statiques et folkloriques, au risque de les couper des dynamiques culturelles plus larges. Selon lui, cette approche menace la vitalité des espaces en les empêchant de s’ouvrir à des influences extérieures.