Une information judiciaire pour complicité de crimes contre l’humanité et de torture vient d’être ouverte au tribunal judiciaire de Paris à l’encontre de l’eurodéputé du Rassemblement national (RN) Fabrice Leggeri. Selon Le Figaro, cette procédure fait suite à une décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, rendue fin mars 2026, après un parcours judiciaire complexe. Les investigations ont été lancées mécaniquement, la décision étant désormais exécutée après validation par les magistrats.
Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex entre janvier 2015 et avril 2022, est accusé par des associations d’avoir mis en place une « chasse aux migrants » dans le cadre de ses fonctions européennes. Une plainte déposée en 2024 par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’association Utopia 56, jugée irrecevable dans un premier temps par le Parquet national antiterroriste (PNAT), a finalement conduit à cette ouverture d’enquête. Selon Le Figaro, les faits reprochés concernent notamment des interceptions de migrants facilitant leur refoulement vers la Libye et la Grèce, avec pour conséquence des violations des droits humains.
Ce qu'il faut retenir
- Une information judiciaire pour complicité de crimes contre l’humanité et torture a été ouverte contre Fabrice Leggeri, eurodéputé RN, ancien patron de Frontex.
- Les accusations portent sur une politique de refoulement des migrants vers la Libye et la Grèce, facilitée par ses agents entre 2015 et 2022.
- La plainte initiale, déposée en 2024 par la LDH et Utopia 56, avait été rejetée avant d’être relancée par la chambre de l’instruction en mars 2026.
- Leggeri, numéro 3 de la liste RN aux européennes de 2024, est accusé d’avoir « encouragé » des interceptions illégales au mépris des vies humaines.
- La défense de Leggeri a indiqué attendre de voir les suites de l’information judiciaire avant de réagir.
Un parcours judiciaire marqué par des rejets initiaux
La procédure contre Fabrice Leggeri s’inscrit dans un contexte judiciaire tendu. Dès 2024, la plainte déposée par la LDH et Utopia 56 avait été déclarée irrecevable par le Parquet national antiterroriste, compétent en matière de crimes contre l’humanité. Un juge d’instruction avait également confirmé ce rejet. Pourtant, en mars 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a estimé qu’il y avait « lieu à informer sur les faits tels qu’ils résultent de la plainte avec constitution de partie civile de la LDH ». Une décision qui a ouvert la voie à l’ouverture de cette information judiciaire, comme le rapporte Le Figaro.
Les associations reprochent à Fabrice Leggeri d’avoir « fait le choix d’une politique visant à faire obstacle, quel qu’en soit le prix – en vies humaines notamment – à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE ». Selon leur avocat, Maître Emmanuel Daoud, cette politique aurait consisté à encourager les agents de Frontex à faciliter les interceptions en mer, notamment via des collaborations avec les garde-côtes libyens et grecs. Autant dire que les accusations visent des pratiques systématiques, et non des actes isolés.
Frontex sous le feu des critiques pendant le mandat de Leggeri
Entre janvier 2015 et avril 2022, Fabrice Leggeri a dirigé Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Sous sa direction, l’agence a régulièrement été pointée du doigt par les ONG pour son rôle dans les refoulements de migrants vers des pays où les droits humains ne sont pas garantis. Des rapports d’ONG comme Amnesty International ou Médecins Sans Frontières ont documenté à plusieurs reprises des cas de migrants interceptés en mer et renvoyés vers la Libye, où ils sont exposés à la torture, aux violences et à l’exploitation. Ces pratiques ont été dénoncées comme contraires au droit international et européen.
En 2020, un rapport du Parlement européen avait déjà pointé des « lacunes graves » dans la gestion des frontières par Frontex, sans pour autant remettre en cause la légitimité de l’agence. Pourtant, les critiques n’ont cessé de s’accumuler, notamment sur le rôle joué par les garde-côtes libyens, soutenus financièrement et logistiquement par l’UE, alors qu’ils sont accusés de violations systématiques des droits des migrants. Fabrice Leggeri, figure de la fermeté migratoire, s’est toujours défendu de toute responsabilité dans ces drames, insistant sur la nécessité de « protéger les frontières de l’Europe ».
L’engagement politique de Leggeri au sein du RN
Depuis 2024, Fabrice Leggeri a rejoint le Rassemblement national, où il occupe la troisième position sur la liste conduite par Jordan Bardella aux élections européennes. Son engagement politique coïncide avec une radicalisation des positions du parti sur les questions migratoires, faisant de lui une figure de proue de la ligne dure défendue par Marine Le Pen. Élu député européen, il continue de défendre une politique d’immigration restrictive, alignée sur les propositions du RN en matière de fermeture des frontières et de lutte contre l’immigration irrégulière.
Cette double casquette – ancien haut fonctionnaire européen et eurodéputé d’extrême droite – place Fabrice Leggeri au cœur d’un paradoxe. D’un côté, il est aujourd’hui sous le coup d’une enquête pour des actes commis dans l’exercice de ses fonctions au sein d’une institution européenne. De l’autre, il incarne une ligne politique qui prône la fermeté migratoire, voire le rejet de toute forme de solidarité européenne en matière d’asile. Une situation qui interroge sur la cohérence entre ses discours politiques et ses actions passées.
Cette procédure survient dans un contexte où les questions migratoires restent au cœur des débats politiques en Europe, entre montée des populismes et impératifs humanitaires. Les organisations de défense des droits humains appellent à une réflexion plus large sur le rôle des agences européennes dans la gestion des frontières, et sur les responsabilités des États membres dans les drames qui se jouent en Méditerranée.
La plainte initiale déposée en 2024 par la LDH et Utopia 56 avait été rejetée par le Parquet national antiterroriste, puis par un juge d’instruction. Ce n’est qu’en mars 2026 que la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a estimé qu’il y avait lieu d’ouvrir une information judiciaire, validant ainsi la recevabilité de la plainte.
Si l’information judiciaire aboutit à un renvoi devant une juridiction pénale, Leggeri pourrait être condamné pour complicité de crimes contre l’humanité et torture. Une condamnation entraînerait des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle. Politiquement, cela pourrait aussi affaiblir sa position au sein du RN, voire compromettre sa carrière publique.