Le blocage persistant des livraisons d’engrais dans le détroit d’Ormuz pourrait, d’ici « quelques semaines », provoquer « une crise humanitaire majeure » pour près de 45 millions de personnes supplémentaires, a mis en garde ce lundi 11 mai un responsable des Nations unies. Selon Jorge Moreira da Silva, chef d’un groupe de travail de l’ONU chargé de libérer le passage de ces matières cruciales, la situation risque de s’aggraver rapidement si aucune solution n’est trouvée. « Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure », a-t-il déclaré à l’AFP, soulignant que la pénurie pourrait plonger des millions d’individus dans la faim.

Ce qu'il faut retenir

  • Le blocage des engrais dans le détroit d’Ormuz menace d’entraîner une crise humanitaire majeure dans les prochaines semaines, selon un responsable de l’ONU.
  • 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim en cas de blocage prolongé des livraisons.
  • Les prix du pétrole ont augmenté de près de 3 % après le rejet par Donald Trump de la proposition iranienne de trêve.
  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu estime que la guerre en Iran « n’est pas finie » et exige le retrait des stocks d’uranium enrichi.
  • Une réunion en visioconférence, coprésidée par les ministres français et britannique de la Défense, est prévue mardi pour discuter des contributions militaires destinées à sécuriser le détroit.

Un conflit gelé mais toujours aussi tendu entre Washington et Téhéran

Plus d’un mois après une trêve fragile entre les États-Unis et l’Iran, les négociations pour mettre fin à la guerre restent dans l’impasse. L’Iran a soumis ce week-end une nouvelle proposition de trêve, qualifiée de « totalement inacceptable » par le président américain Donald Trump, qui a accusé Téhéran de « mener en bateau les États-Unis depuis 47 ans ». Dans un message publié sur Truth Social, il a affirmé que Washington n’aurait besoin que de « deux semaines supplémentaires » pour atteindre toutes ses cibles en Iran.

De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a défendu la position de Téhéran en déclarant : « La seule chose que nous avons réclamée, ce sont les droits légitimes de l’Iran. Nous avons demandé à mettre fin à la guerre, à stopper la piraterie contre nos navires, ce qu’ils appellent ‘le blocus maritime’, ou encore la libération de nos avoirs. Est-ce des revendications excessives ? » Parmi les exigences iraniennes figurent la fin de la guerre dans toute la région, la levée du blocus des ports iraniens et la libération des avoirs gelés de Téhéran.

Une escalade militaire et des tensions régionales qui s’aggravent

La situation au Moyen-Orient reste extrêmement volatile, avec des frappes israéliennes au Liban, des attaques de drones dans le Golfe, et des exécutions en Iran. Hier, un soldat israélien de 47 ans a été tué près de la frontière libanaise, où les affrontements se poursuivent avec le mouvement Hezbollah malgré le cessez-le-feu. L’armée israélienne a ordonné l’évacuation de neuf villages du sud du Liban, tandis que des frappes israéliennes ont fait au moins trois morts et plusieurs blessés dans le pays, selon l’Agence nationale de l’information libanaise.

Dans le Golfe, de nouvelles attaques ont été signalées au cours du week-end. Un vraquier en provenance d’Abou Dhabi a été visé par un drone dans les eaux territoriales du Qatar, avant de poursuivre sa route. Abou Dhabi a directement accusé Téhéran d’être à l’origine de ces attaques, deux jours après que l’armée américaine a visé deux pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman. Ces incidents illustrent la multiplication des tensions dans une région déjà sous haute surveillance.

L’Iran durcit le ton et la Chine tente de jouer les médiateurs

Face à ces provocations, l’Iran a averti qu’il ne ferait plus preuve de « retenue » en cas d’attaque contre ses navires dans le Golfe. « Notre retenue est terminée, à compter d’aujourd’hui. Toute attaque contre nos navires déclenchera une riposte iranienne forte et décisive contre les navires et les bases américaines », a déclaré Ebrahim Rezaei, porte-parole de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien. Cette déclaration intervient alors que la justice iranienne a annoncé l’exécution d’un homme soupçonné d’espionnage pour le compte des services secrets israéliens et américains.

Dans ce contexte, la Chine, principal allié de l’Iran, cherche à jouer un rôle de médiateur. Pékin a confirmé une visite d’État de Donald Trump prévue du 13 au 15 mai, lors de laquelle les deux dirigeants devraient aborder la question iranienne, initialement prévue pour porter sur les différends commerciaux. « La Chine cherchera à insuffler ‘plus de stabilité’ dans les relations internationales », a affirmé un porte-parole chinois des Affaires étrangères, soulignant que la guerre avec l’Iran risque de s’inviter dans les discussions.

Une crise humanitaire annoncée et des répercussions économiques mondiales

Le blocage des engrais dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour près de 30 % du trafic maritime mondial, menace non seulement la sécurité alimentaire de millions de personnes, mais aussi l’économie mondiale. Les prix du pétrole ont déjà réagi à cette instabilité, avec une hausse de 2,69 % pour le baril de Brent, qui s’élevait à 104,01 dollars ce matin, et de 2,54 % pour le baril de West Texas Intermediate, à 97,84 dollars. En Inde, le Premier ministre Narendra Modi a appelé la population à réduire sa consommation de carburant pour faire face aux perturbations d’approvisionnement. « Nous devons réduire notre consommation d’essence et de diesel. Dans les villes desservies par le métro, nous devrions essayer de prendre le métro… Si nous devons utiliser une voiture, nous devrions essayer de covoiturer », a-t-il déclaré lors d’un rassemblement dans l’État du Telangana.

La France, pour sa part, a réaffirmé qu’elle n’envisageait pas de déploiement militaire dans le détroit d’Ormuz. « La France n’a jamais envisagé un ‘déploiement’ dans le détroit d’Ormuz », a assuré le président Emmanuel Macron lors d’un déplacement au Kenya. Paris et Londres coprésideront en revanche une réunion en visioconférence mardi avec leurs homologues des pays prêts à contribuer à une mission pour sécuriser le détroit, afin de discuter des contributions militaires de chacun.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront décisives pour éviter une crise humanitaire majeure. L’ONU dispose de « quelques semaines » pour débloquer la situation, tandis que les négociations entre les États-Unis et l’Iran restent au point mort. Une réunion militaire internationale est prévue mardi, et la visite de Donald Trump en Chine pourrait, si elle aboutit, modifier l’équilibre des pouvoirs dans la région. La communauté internationale, notamment l’Europe et les pays du Golfe, devra également prendre position face à l’escalade des tensions.

La situation au Liban, où les frappes israéliennes se multiplient malgré le cessez-le-feu, et les tensions en mer Rouge, où le porte-avions français Charles de Gaulle se rapproche, ajoutent à l’inquiétude générale. Autant dire que les prochains jours s’annoncent critiques pour la stabilité au Moyen-Orient.

Les engrais sont essentiels à l’agriculture mondiale, notamment dans les pays en développement. Un blocage prolongé entraînerait une pénurie de denrées alimentaires, menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes. L’ONU craint que 45 millions de personnes supplémentaires basculent dans la faim si la situation persiste.