Un vaste réseau de fraude aux faux arrêts de travail, qui a coûté **3,5 millions d’euros** à l’Assurance-maladie, a été démantelé par l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI). Selon Capital, sept individus ont été interpellés et placés en garde à vue début mai 2026, mettant fin à une enquête menée de mai 2024 à novembre 2025.

Ce qu’il faut retenir

  • Un préjudice de 3,5 millions d’euros pour l’Assurance-maladie, causé par une arnaque aux faux arrêts de travail.
  • Sept personnes interpellées et placées en garde à vue en mai 2026, après une enquête de 18 mois.
  • Plus de **1 200 assurés de Seine-Saint-Denis** ont été piégés, recevant jusqu’à **7 000 euros** chacun.
  • Les fraudeurs récupéraient **60 % du montant des indemnités** perçues, selon le général José Montull, chef de l’OCLTI.
  • Aucun médecin n’aurait été impliqué : les arrêts de travail étaient signés au nom de praticiens dont l’identité a été usurpée.

Une arnaque ciblée et méthodique

Tout commence par une annonce diffusée sur Snapchat, promettant des « remboursements d’indemnités journalières entre 4 000 et 8 000 euros en seulement deux semaines ». Les conditions pour en bénéficier étaient simples : ne pas toucher le RSA, ne pas être auto-entrepreneur et n’avoir pas eu d’arrêt de travail dans les trois derniers mois. Les assurés de Seine-Saint-Denis, ciblés pour leur densité démographique, ont été les principales victimes de cette combine.

Les fraudeurs fournissaient un « kit » complet aux assurés, incluant un faux arrêt de travail et une fausse attestation de salaire. Il leur suffisait de transmettre leurs coordonnées, leur numéro de sécurité sociale et une photo de leur carte Vitale pour percevoir des indemnités journalières, souvent pour des arrêts de longue durée, autour de **100 jours**. Certains assurés ont ainsi touché jusqu’à **7 000 euros**, selon les calculs de l’OCLTI.

Un réseau organisé et des gains répartis

Les escrocs récupéraient **60 % du montant des indemnités perçues**, précise le général José Montull, chef de l’OCLTI. Le reste était réparti entre les complices et les assurés, qui ignoraient souvent l’illégalité de leur démarche. Les arrêts de travail, signés au nom de médecins dont l’identité avait été usurpée, étaient accompagnés de faux numéros de Siret d’entreprises, permettant de justifier les paiements. Aucun professionnel de santé n’a été impliqué dans cette fraude, assure l’OCLTI, soulignant que les identités des médecins avaient simplement été détournées.

Les autorités estiment que **1 200 assurés** ont été piégés par ce réseau, principalement en Seine-Saint-Denis. Les sommes détournées ont été versées sur des comptes bancaires ou en espèces, sans laisser de traces directes. L’enquête a révélé que les fraudeurs agissaient avec une certaine précaution, évitant de cibler des profils à risque, comme les bénéficiaires du RSA ou les travailleurs indépendants.

Des méthodes de fraude en évolution

Cette arnaque s’inscrit dans une tendance plus large de fraudes aux arrêts maladie, qui mobilise régulièrement les services de contrôle. En 2025, l’Assurance-maladie a renforcé ses dispositifs de détection, notamment via des algorithmes analysant les comportements suspects. Pourtant, les fraudeurs parviennent encore à exploiter des failles, comme l’usurpation d’identité ou la falsification de documents. La fraude aux faux arrêts maladie représente un enjeu majeur pour le système de santé, avec des pertes estimées à plusieurs centaines de millions d’euros chaque année.

Les méthodes utilisées par ce réseau rappellent d’autres affaires récentes, comme celle démantelée en 2024 dans le département de l’Essonne, où un groupe avait détourné près d’1 million d’euros en exploitant des failles similaires. Les autorités alertent régulièrement sur la sophistication croissante des fraudes, qui nécessitent des enquêtes longues et techniques pour être démantelées.

Et maintenant ?

L’enquête se poursuit pour identifier d’éventuels autres complices ou réseaux associés. Les assurés ayant participé à cette fraude pourraient faire l’objet de poursuites pour escroquerie, tandis que les sommes perçues devront être remboursées à l’Assurance-maladie. Une circulaire sera prochainement envoyée aux caisses primaires pour renforcer les contrôles sur les arrêts de travail de longue durée, une cible privilégiée des fraudeurs. Enfin, les autorités pourraient proposer un renforcement des peines encourues pour les fraudes aux indemnités journalières, afin de dissuader les tentatives futures.

Réactions et perspectives

Le général José Montull, chef de l’OCLTI, a souligné l’importance de cette opération : « Ce démantèlement envoie un signal fort aux fraudeurs. Nous continuons à traquer ces réseaux avec des moyens renforcés, notamment grâce à la collaboration avec les plateformes numériques comme Snapchat, qui nous a permis d’identifier les annonces frauduleuses. » Selon lui, cette affaire illustre la nécessité de moderniser les outils de détection, tout en maintenant une vigilance accrue sur le terrain.

Côté Assurance-maladie, on confirme que les fonds détournés devraient être récupérés dans les prochains mois, grâce aux saisies réalisées lors des perquisitions. « Nous allons également analyser les failles exploitées par ce réseau pour renforcer nos protocoles », a indiqué une porte-parole, sans plus de détails. Les assurés victimes de cette fraude sont invités à se manifester auprès de leur caisse primaire pour régulariser leur situation.

Les assurés impliqués s’exposent à des poursuites pour escroquerie, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. Ils devront également rembourser les sommes perçues indûment à l’Assurance-maladie.