D’ici 2040, les dépassements d’honoraires des médecins spécialistes pourraient atteindre 10 milliards d’euros par an, soit plus du double des 4,7 milliards enregistrés en 2025. C’est l’alerte lancée ce mardi par le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie (HCAAM) dans un rapport rendu public. Ce scénario, s’il se confirme, aggraverait encore le reste à charge pour les patients, déjà confrontés à des tarifs parfois inabordables, non remboursés par la Sécurité sociale.
Ce qu’il faut retenir
- Les dépassements d’honoraires des spécialistes pourraient doubler d’ici 2040, passant de 4,7 à 10 milliards d’euros annuels.
- En 2025, ces dépassements représentent déjà un reste à charge significatif pour les patients, non couvert par l’Assurance-maladie.
- Le HCAAM propose des mesures chocs pour encadrer l’installation des médecins, notamment en limitant leur choix de secteur tarifaire.
Un scénario qui interroge l’équilibre du système de santé
Selon le HCAAM, cette hausse spectaculaire des dépassements reflète une tendance de fond : la liberté laissée aux médecins spécialistes de choisir leur secteur d’exercice. Aujourd’hui, ils peuvent opter pour le secteur 1 (tarifs conventionnés, remboursés à 70 %), le secteur 2 (dépassements possibles avec « tact et mesure ») ou le secteur 3 (pas de remboursement). Une liberté qui, combinée à une demande croissante de soins, risque d’aggraver les inégalités d’accès aux soins, côté Le Figaro.
Le rapport souligne que cette évolution menace directement la soutenabilité financière de l’Assurance-maladie. « Les dépassements d’honoraires représentent déjà un sujet de préoccupation majeure pour les ménages », indique une source proche du dossier. En 2025, près de 30 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins pour des raisons financières, selon les dernières données de la DREES.
Les propositions du HCAAM pour endiguer la crise
Pour éviter que le scénario de 2040 ne se réalise, le HCAAM formule plusieurs pistes. La première consisterait à piloter l’installation des médecins spécialistes, en limitant notamment leur accès au secteur 2 ou 3 dans les zones déjà bien dotées en praticiens. L’objectif ? Rééquilibrer la répartition géographique des professionnels et éviter la concentration des dépassements dans les grandes villes.
Autre mesure envisagée : renforcer les incitations financières pour pousser les médecins à rester en secteur 1. Aujourd’hui, le secteur 2 permet aux spécialistes de facturer des honoraires libres, avec un reste à charge pour le patient souvent élevé. Le HCAAM propose aussi d’étudier la possibilité d’un plafond national pour les dépassements, une idée déjà évoquée dans le passé mais jamais appliquée.
« Les dépassements d’honoraires ne doivent pas devenir un frein à l’accès aux soins. Il faut agir avant que la situation ne devienne ingérable. »
— Un membre du HCAAM, cité par Le Figaro
Un débat qui ravive les tensions entre médecins et Assurance-maladie
Ce rapport tombe à point nommé, alors que les relations entre les professionnels de santé et l’Assurance-maladie sont tendues. En avril dernier, les syndicats de médecins avaient déjà critiqué les mesures de maîtrise des dépenses, accusant la Sécurité sociale de vouloir « stigmatiser les spécialistes ». Une reprise du dialogue semble pourtant nécessaire, comme l’a rappelé récemment le ministre de la Santé dans une interview : « On sauve des vies, on ne peut pas nous traiter d’irresponsables », avait-il lancé, en référence aux accusations de dérive des coûts.
Pour autant, les propositions du HCAAM risquent de rencontrer des résistances. Les médecins du secteur 2, notamment, pourraient s’opposer à toute mesure perçue comme une restriction de leur liberté tarifaire. « Chaque médecin doit pouvoir exercer son métier librement », a réagi un représentant de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).
En attendant, les patients pourraient bien continuer à payer le prix fort. D’autant que le déficit de la Sécurité sociale, déjà en hausse en 2026, laisse peu de marge pour des compensations financières. Une chose est sûre : le débat sur les dépassements d’honoraires s’annonce plus vif que jamais.
Le secteur 2 permet aux médecins spécialistes de pratiquer des honoraires libres, avec des dépassements non remboursés par l’Assurance-maladie. Ce système concerne notamment les spécialistes installés en libéral dans les grandes villes, où la demande de soins est forte.
Ils génèrent un reste à charge élevé pour les patients, qui peuvent renoncer à des soins pour des raisons financières. Avec une hausse prévue à 10 milliards d’euros d’ici 2040, le système de santé risque de devenir inaccessible pour une partie de la population.