Le phénomène climatique El Niño a été officiellement annoncé par l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) le 11 juin 2026. Selon Euronews FR, ce cycle naturel de réchauffement des eaux du Pacifique, déjà engagé dans un océan anormalement chaud, devrait atteindre une intensité sans précédent depuis 1950.

Ce qu'il faut retenir

  • L’épisode actuel d’El Niño a une probabilité de 63 % de devenir l’un des plus puissants jamais enregistrés, avec un pic attendu entre la fin de l’automne et le début de l’hiver.
  • Les experts craignent que ce phénomène n’aggrave les effets du réchauffement climatique lié aux énergies fossiles, multipliant les catastrophes naturelles à l’échelle mondiale.
  • Les régions du Pacifique, comme Hawaï ou l’Amérique du Sud, sont particulièrement exposées aux inondations et aux vagues de chaleur, tandis que l’Inde et l’Australie pourraient subir des canicules et des feux de forêt renforcés.
  • En Afrique du Nord-Est, le phénomène pourrait provoquer un « grand écart météorologique », passant d’une sécheresse extrême à des pluies diluviennes.
  • Aux États-Unis, les cultures de soja pourraient bénéficier de conditions favorables, mais les secteurs laitier et bovin restent plus vulnérables.
  • Les scientifiques anticipent que 2027 pourrait devenir l’année la plus chaude jamais mesurée, en raison des effets retardés d’El Niño.

Un phénomène naturel aggravé par le changement climatique

El Niño, cycle naturel caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, s’est formé dans un océan déjà marqué par des températures records, selon les météorologues. D’après Abby Frazier, climatologue à l’université Clark, « les eaux chaudes associées à ce phénomène apportent une chaleur supplémentaire en surface, alimentant des événements extrêmes dans de nombreuses régions du monde ». Elle précise que la situation pourrait devenir rapidement critique, notamment dans le Pacifique.

La NOAA a confirmé que cet épisode rivalisera, voire dépassera, l’épisode historique de 1997, qui avait causé des dégâts estimés à plusieurs milliards de dollars. Entre vagues de chaleur, inondations, sécheresses et feux de forêt, les conséquences de cet El Niño pourraient être dévastatrices. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a qualifié ce phénomène d’« alerte climatique urgente », déclarant dans un message vidéo :

« Les conditions El Niño vont jeter de l’huile sur le feu d’un monde en surchauffe. »

Des impacts contrastés selon les régions du globe

Les effets d’El Niño varient fortement d’une zone à l’autre. Dans le Pacifique, l’activité cyclonique devrait se renforcer, exposant Hawaï et les îles environnantes à des risques accrus. À l’inverse, l’Atlantique Nord pourrait connaître une saison cyclonique atténuée, épargnant partiellement les côtes est et sud des États-Unis. Muhammad Azhar Ehsan, spécialiste d’El Niño à l’université Columbia, met en garde contre un « grand écart météorologique » en Afrique du Nord-Est, où une sécheresse sévère pourrait laisser place à des pluies torrentielles.

En Amérique du Sud, les zones occidentales, comme le Pérou ou l’Équateur, sont habituellement touchées par des pluies diluviennes et des inondations pendant les épisodes d’El Niño. L’Inde, déjà vulnérable aux vagues de chaleur, pourrait subir des températures encore plus élevées, tandis que l’Australie risque de faire face à une sécheresse prolongée et à des feux de forêt dévastateurs. Jon Gottschalck, responsable des opérations au Centre de prévision climatique de la NOAA, souligne que les Rocheuses du Nord et le Sud-Ouest des États-Unis pourraient recevoir des pluies estivales abondantes, atténuant temporairement les effets d’une sécheresse « hors normes ».

Des conséquences économiques majeures aux États-Unis

Si El Niño peut, dans certains cas, favoriser l’agriculture américaine, notamment pour les cultures de céréales comme le soja dans 18 États producteurs, les économistes restent prudents. Michael Ferrari, météorologue et directeur de la recherche au cabinet Moby, estime que les conditions sont « favorables » pour certaines cultures, mais plus contrastées pour les secteurs laitier et bovin. Marshall Burke, économiste du climat à l’université Stanford, rappelle que « les températures élevées ralentissent la croissance économique américaine ». Il ajoute que plusieurs climatologues prévoient que 2027 pourrait battre le record de chaleur mondiale, en raison des effets retardés d’El Niño.

D’après Burke,

« Nous disposons de preuves assez nettes que l’économie américaine progresse plus lentement lorsque les températures dépassent la normale. »
Cette tendance pourrait peser sur la croissance des États-Unis dans les mois à venir, surtout si les épisodes de chaleur s’intensifient.

Un El Niño plus précoce et plus durable que la normale

Les scientifiques s’accordent à dire que cet épisode d’El Niño présente des caractéristiques inhabituelles. Alors que les phénomènes El Niño se forment généralement en été et atteignent leur pic à la fin de l’automne ou au début de l’hiver, celui-ci devrait atteindre son maximum un à deux mois plus tôt. Gabriel Vecchi, climatologue à l’université de Princeton, explique que les épisodes d’une telle ampleur ont tendance à durer plus longtemps. Les premiers indicateurs, comme la remontée d’eaux chaudes vers la surface du Pacifique, ont été si marqués que tous les modèles de prévision convergent vers un scénario d’El Niño « ultra puissant ».

Vecchi rappelle que, à cette période de l’année, les projections concernant El Niño sont habituellement plus dispersées. La convergence des modèles est donc un signe inquiétant. À mesure que la planète se réchauffe sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre, les scientifiques s’attendent à des épisodes El Niño plus intenses. Abby Frazier souligne que « la situation pourrait s’inscrire dans cette tendance », même si rien n’est encore confirmé.

Et maintenant ?

Les autorités et les populations sont appelées à se préparer à un épisode d’El Niño potentiellement historique, avec des impacts différenciés selon les régions. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’ampleur des phénomènes extrêmes associés. Les météorologues et climatologues suivront de près l’évolution des températures océaniques et atmosphériques, tandis que les gouvernements pourraient mettre en place des mesures d’adaptation pour limiter les dégâts. La question reste ouverte : cet épisode marquera-t-il un tournant dans l’intensification des phénomènes climatiques liés à El Niño ?

Si les surnoms « super El Niño » ou « Godzilla » ont déjà été attribués à ce phénomène avant même son officialisation, les experts insistent sur la nécessité de se préparer plutôt que de céder à la peur. Muhammad Azhar Ehsan, de l’université Columbia, résume cette approche : « Plutôt que d’avoir peur, nous devons demander aux populations d’être préparées. »

El Niño est un phénomène naturel, mais les scientifiques estiment que le réchauffement climatique, causé par les émissions de gaz à effet de serre, pourrait amplifier son intensité et sa durée. Les océans, déjà plus chauds en raison de la pollution aux énergies fossiles, fournissent plus d’énergie à El Niño, ce qui augmente le risque d’événements météorologiques extrêmes.