Deux ans après la mort d’Alexeï Navalny, cinq pays européens ont annoncé conjointement avoir identifié des traces d’une neurotoxine rare, l’épibatidine, sur son corps. Cette découverte, révélée le 17 février 2026 par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède et les Pays-Bas, relance les interrogations sur les circonstances de sa mort, survenue dans une prison russe située au-delà du cercle polaire.

Selon nos confrères de Le Monde, cette molécule, 100 à 200 fois plus puissante que la morphine, n’est naturellement présente qu’à plus de 12 000 kilomètres de la colonie pénitentiaire Loup polaire, dans la province de Bolivar, en Équateur. Son utilisation dans un contexte aussi éloigné interroge sur les modalités de son administration et sur les acteurs impliqués dans cet empoisonnement politique.

Ce qu'il faut retenir

  • L’épibatidine, neurotoxine 100 à 200 fois plus puissante que la morphine, a été détectée sur le corps d’Alexeï Navalny deux ans après sa mort.
  • La substance a été identifiée par cinq pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Suède, Pays-Bas) le 17 février 2026.
  • Navalny est décédé le 16 février 2024 dans la colonie pénitentiaire Loup polaire, en Russie, officiellement après un malaise lors d’une promenade.
  • L’épibatidine est naturellement présente dans la cordillère des Andes, en Équateur, à plus de 12 000 km du lieu de l’incident.
  • Les autorités russes ont évoqué un « malaise » comme cause du décès, sans fournir d’explications supplémentaires.

Une neurotoxine aux propriétés redoutables

Dans un laboratoire parisien, le chercheur Alexandre Mourot, directeur de recherche à l’Inserm, manipule une poudre crayeuse : l’épibatidine. Cette molécule, sous forme solide, se dissout facilement dans l’eau, comme le démontre la solution translucide présente dans une seringue posée à proximité. « La molécule nous arrive sous cette forme solide et se dissout ensuite très facilement dans l’eau », explique-t-il.

Utilisée à des fins de recherche pour étudier l’activité de certains récepteurs du système nerveux, l’épibatidine est surtout connue pour ses propriétés neurotoxiques extrêmes. Elle est 100 à 200 fois plus puissante que la morphine, ce qui en fait un poison redoutable. Son origine naturelle se situe dans la peau d’une grenouille, l’Epipedobates tricolor, endémique des contreforts de la cordillère des Andes, en Équateur.

Les circonstances troubles de la mort de Navalny

Alexeï Navalny, opposant historique à Vladimir Poutine, est retrouvé sans vie dans sa cellule de la colonie pénitentiaire Loup polaire, située à Kharp, au-delà du cercle Arctique, le 16 février 2024. Les autorités russes évoquent un « malaise » survenu après une promenade, sans plus de précisions. Son corps est restitué à sa mère huit jours plus tard, toujours sans explication officielle sur les causes du décès.

Des images publiées sur X (ex-Twitter) par Maria Pevchikh, collaboratrice de Navalny, le 17 septembre 2025, montrent ce qui pourrait être sa cellule après la découverte du corps. On y distingue des traces de vomi et de sang au pied d’un mur vert clair, alimentant les spéculations sur un empoisonnement. Ces éléments ont contribué à maintenir la pression sur les autorités russes et à relancer les enquêtes internationales.

Une trace de poison venue de loin

Le 17 février 2026, soit deux ans après les faits, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède et les Pays-Bas rendent publics les résultats d’analyses toxicologiques. Celles-ci révèlent la présence d’épibatidine sur le corps de Navalny, un constat qui interroge tant sur le mode d’administration que sur l’origine de la substance.

L’épibatidine est une molécule rare, extraite d’une espèce de grenouille vivant dans les régions montagneuses d’Amérique du Sud. Sa présence dans une prison russe, à des milliers de kilomètres de son habitat naturel, soulève des questions sur les réseaux d’approvisionnement et les complicités nécessaires à son utilisation dans un cadre criminel. La localisation de la colonie pénitentiaire, isolée et strictement contrôlée, ajoute une couche supplémentaire de complexité.

Un empoisonnement politique aux méthodes sophistiquées

L’utilisation de l’épibatidine comme arme d’assassinat politique n’est pas inédite. Cette neurotoxine, aux effets rapides et dévastateurs, a déjà été évoquée dans plusieurs affaires d’empoisonnements ciblés. Son pouvoir paralysant et mortel en fait un outil redoutable, difficile à détecter dans les premières heures suivant son administration.

Dans le cas de Navalny, la présence de cette substance à des milliers de kilomètres de son lieu d’origine suggère une préparation minutieuse. Les enquêteurs devront déterminer si l’épibatidine a été introduite en Russie par des intermédiaires, ou si une synthèse locale a été réalisée. La question des complicités, internes comme externes, reste entière.

Et maintenant ?

Les autorités russes n’ont pas encore réagi officiellement à l’annonce de la découverte de l’épibatidine. Les prochaines semaines pourraient voir une intensification des pressions diplomatiques de la part des pays ayant participé aux analyses, notamment si Moscou refuse de coopérer pleinement. Par ailleurs, les investigations pourraient s’étendre à d’éventuels réseaux d’approvisionnement ou de trafic de cette neurotoxine, bien que les pistes restent incertaines.

Du côté des soutiens de Navalny, la publication de ces résultats renforce les appels à une enquête internationale indépendante. Une résolution du Parlement européen ou une saisine de la Cour pénale internationale pourraient être envisagées dans les mois à venir, sans garantie de succès cependant.

Reste à savoir si les preuves recueillies suffiront à établir une responsabilité directe dans l’administration du poison. La traçabilité de l’épibatidine, sa manipulation et son transport restent des énigmes. Pour l’heure, la mort de Navalny s’inscrit toujours dans une série d’affaires non élucidées impliquant des opposants au régime russe.

L’épibatidine est une molécule organique complexe, dont les traces peuvent être rapidement métabolisées par l’organisme. Sa détection nécessite des analyses toxicologiques sophistiquées, capables d’identifier des résidus même en faible quantité. Dans le cas de Navalny, son identification a été possible grâce à des prélèvements réalisés deux ans après les faits, ce qui souligne l’importance des techniques utilisées.