Depuis quelques semaines, plusieurs commerçants somaliens refusent d’être payés en shillings somaliens, une situation qui illustre la défiance croissante envers la monnaie locale. Selon Courrier International, ce phénomène, initialement limité à la capitale Mogadiscio, s’étend désormais à d’autres régions, notamment dans le sud-ouest du pays.
Plusieurs professionnels des marchés locaux et agents de change exigent désormais des paiements en dollars américains ou via des transferts d’argent mobile. « Certains commerçants des grands marchés de la capitale commencent à refuser d’être payés en shillings somaliens, ce qui illustre la pression croissante qui pèse sur la monnaie nationale et l’instabilité des marchés locaux », écrivait le site d’information Goobjoog dans un article publié le 13 avril 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Début du phénomène : D’abord circonscrit à Mogadiscio, le refus de la monnaie locale s’étend à d’autres zones du pays, comme le sud-ouest.
- Moyens de paiement alternatifs : De plus en plus de commerçants et agents de change n’acceptent que les dollars ou les transferts mobiles.
- Conséquences concrètes : Certains usagers se voient refuser l’accès aux transports publics pour avoir tenté de payer en shillings.
- Raisons invoquées : La dépréciation rapide de la monnaie et l’état déplorable des billets, dont la dernière réimpression date de 1991.
Une monnaie locale en perte de vitesse face à la dollarisation
La situation révèle une méfiance accrue des acteurs économiques envers le shilling somalien, perçu comme instable et peu fiable. « Certains usagers déclarent avoir été refoulés des transports publics après avoir essayé de payer leur trajet en shillings somaliens », explique le site Hiiraan Online, qui cite le témoignage d’un passager éconduit : « Je me suis arrêté à un véhicule de transport public ce matin, mais le chauffeur m’a dit que cette monnaie n’était pas acceptée. Je suis coincé. »
Ce rejet s’inscrit dans un contexte plus large de dollarisation de l’économie somalienne. Les commerçants, comme les particuliers, privilégient des actifs plus stables pour sécuriser leurs transactions. « Les marchands défendent ce choix en invoquant la dépréciation rapide du shilling », précise Courrier International, « mais ils décrivent aussi des billets dans un état déplorable — la dernière réimpression remontant en effet à 1991 ».
Une crise monétaire symptomatique des difficultés économiques du pays
La défiance envers le shilling somalien ne se limite pas aux échanges du quotidien. Elle reflète aussi les tensions économiques que traverse la Somalie, un pays régulièrement frappé par des crises politiques et sécuritaires. L’inflation, la faiblesse des institutions et l’instabilité chronique pèsent sur la confiance dans la monnaie nationale.
« Ce phénomène s’ajoute à une liste déjà longue de défis économiques pour la Somalie », souligne un analyste interrogé par Goobjoog. « La monnaie locale, déjà fragile, subit une pression supplémentaire, ce qui pourrait aggraver les difficultés des ménages les plus vulnérables, dépendants des échanges en shillings pour leurs transactions quotidiennes. »
Les transferts d’argent mobile, une alternative plébiscitée
Face à l’effritement de la monnaie locale, les solutions alternatives gagnent du terrain. Les transferts d’argent via mobile, comme Hormuud Telecom ou Somtel, sont désormais largement utilisés pour contourner les risques liés au shilling. Ces plateformes, déjà populaires pour les envois de fonds des diasporas, offrent une relative stabilité et une accessibilité accrue.
« On observe une accélération de l’adoption des paiements mobiles, notamment dans les zones urbaines », explique un responsable du secteur des télécoms somalien. « Ces outils permettent de réaliser des transactions sans avoir à manipuler des billets souvent abîmés ou contrefaits. » Pourtant, cette solution n’est pas accessible à tous, en particulier dans les zones rurales où l’accès à la technologie reste limité.
Pour l’heure, la situation reste fragile. Les acteurs économiques, pris entre la nécessité de sécuriser leurs transactions et les contraintes d’un système monétaire défaillant, naviguent dans un paysage incertain. Une question se pose alors : la Somalie parviendra-t-elle à inverser la tendance avant que le shilling ne perde définitivement sa place dans les échanges quotidiens ?
Le shilling somalien reste la monnaie officielle du pays, mais son instabilité chronique s’explique par des décennies de conflits, de faiblesse institutionnelle et de dépendance à l’aide internationale. La Banque centrale de Somalie manque de moyens pour stabiliser la monnaie, et la dollarisation progressive de l’économie reflète cette perte de confiance dans le shilling.