Selon RFI, deux hauts responsables éthiopiens ont mis en garde contre une possible reprise des hostilités dans le conflit qui oppose depuis des années le gouvernement fédéral aux autorités de la région du Tigré. Getachew Assefa, chef des services de renseignement éthiopiens, et Redwan Hussein, ministre éthiopien des Affaires de la Corne de l’Afrique, ont estimé qu’une nouvelle offensive des forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) pourrait survenir « de façon imminente ». Ces déclarations, publiées ce 13 juin 2026, interviennent dans un contexte de tensions persistantes malgré la signature d’un accord de paix en novembre 2022.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux responsables éthiopiens, Getachew Assefa et Redwan Hussein, ont affirmé qu’une offensive tigréenne pourrait être lancée « de façon imminente ».
  • Le TPLF, dirigé par Debretsion Gebremichael, a qualifié ces propos de « totalement faux ».
  • L’accord de paix de novembre 2022 n’a pas mis fin aux tensions entre Addis-Abeba et la région du Tigré.
  • Le conflit, qui a débuté en novembre 2020, a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué une crise humanitaire majeure.

Des alertes lancées par Addis-Abeba

Getachew Assefa, à la tête des services de renseignement éthiopiens, et Redwan Hussein, ministre des Affaires de la Corne de l’Afrique, ont tous deux insisté sur la gravité de la situation lors de conférences de presse organisées ce week-end. Selon eux, les forces tigréennes prépareraient une offensive visant à reprendre le contrôle de territoires perdus lors des précédents combats. « Les renseignements dont nous disposons indiquent une mobilisation accrue des troupes du TPLF », a précisé Redwan Hussein, ajoutant que « l’objectif serait de déstabiliser l’ensemble de la région ».

Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie plus large du gouvernement éthiopien pour alerter la communauté internationale sur ce qu’il présente comme une violation des termes de l’accord de paix de 2022. Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix en 2019, a lui-même évoqué à plusieurs reprises le risque d’un « retour à la guerre » si les autorités tigréennes ne renonçaient pas à leurs ambitions militaires.

Le TPLF dément catégoriquement

Face à ces accusations, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), dirigé par Debretsion Gebremichael, a réagi avec fermeté. Dans un communiqué diffusé dans la soirée du 12 juin 2026, le chef du TPLF a qualifié les déclarations des responsables éthiopiens de « totalement fausses » et a dénoncé une tentative de « manipulation de l’opinion publique » pour justifier une reprise des hostilités. « Nous n’avons aucune intention de relancer les combats », a affirmé Debretsion Gebremichael, soulignant que la priorité de la région restait la reconstruction et la stabilisation après des années de guerre.

Le TPLF a également rappelé que l’accord de paix de novembre 2022 prévoyait un désarmement progressif des forces régionales, une mesure que le gouvernement éthiopien n’aurait pas respectée, selon les autorités tigréennes. « C’est Addis-Abeba qui multiplie les provocations en maintenant ses troupes en position offensive près de nos frontières », a déclaré un porte-parole du mouvement, sous couvert d’anonymat.

Un contexte de tensions persistantes

Le conflit entre le gouvernement fédéral et la région du Tigré a éclaté en novembre 2020, après des mois de tensions politiques et de rivalités ethniques. Bien que l’accord de paix signé en 2022 ait permis une trêve relative, de nombreux points de désaccord persistent. Parmi eux, la question de l’intégration des forces tigréennes dans l’armée nationale, la gestion des ressources régionales ou encore la reconnaissance des droits politiques du Tigré au sein de la fédération éthiopienne.

La situation humanitaire reste critique dans la région, où des millions de personnes dépendent encore de l’aide internationale. Selon l’ONU, plus de 6 millions de Tigréens ont besoin d’assistance alimentaire, tandis que des milliers de déplacés internes vivent dans des conditions précaires. Les observateurs craignent qu’une reprise des combats ne plonge à nouveau la région dans le chaos, avec des conséquences désastreuses pour la population civile.

Et maintenant ?

La prochaine étape dépendra des réactions des différentes parties. Si le gouvernement éthiopien maintient sa pression militaire et diplomatique, le risque d’escalade ne peut être exclu. De son côté, le TPLF pourrait chercher à mobiliser ses soutiens internationaux, notamment auprès des pays occidentaux, pour faire pression sur Addis-Abeba. Une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine est attendue dans les prochains jours pour tenter de désamorcer la crise. Pour l’instant, aucune date précise n’a été avancée, mais la situation pourrait évoluer rapidement.

En attendant, la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de ce dossier, alors que l’Éthiopie reste un acteur clé dans la stabilisation de la Corne de l’Afrique. Les prochaines déclarations des deux camps seront déterminantes pour savoir si le pire peut encore être évité.

Les tensions portent principalement sur trois axes : l’intégration des forces tigréennes dans l’armée nationale, la gestion des ressources économiques du Tigré et la reconnaissance des droits politiques de la région au sein de la fédération éthiopienne. L’accord de paix de 2022 n’a pas permis de régler ces questions, ce qui alimente les craintes d’une reprise des hostilités.