Le maire de Bruges, Frédéric Giro, a obtenu l’évacuation en deux jours seulement d’un campement de 130 caravanes installé illégalement sur les terrains de football de sa commune, dans la banlieue bordelaise. Une issue rapide qui tranche avec les délais habituels de plusieurs semaines généralement observés dans ce type de situation, comme le rapporte Le Figaro.
Ce qu’il faut retenir
- 130 caravanes évacuées en 48 heures à Bruges, près de Bordeaux, dimanche 7 juin 2026.
- Le maire Frédéric Giro (divers gauche) a engagé une procédure d’expulsion immédiate, avec le soutien du préfet de la Gironde.
- Un bras de fer de 48 heures marqué par des tensions et une plainte déposée contre le chef de la communauté pour le jet du vélo du maire.
- 30 000 euros investis en 2025 pour rénover les terrains de football squattés.
- Le maire dénonce un défaut de soutien de l’État dans la gestion des squats de gens du voyage.
Un conflit éclair, né d’une installation sauvage
Dimanche 7 juin 2026, 130 caravanes ont pris possession des terrains de football de Bruges, une commune située à quelques kilomètres au nord de Bordeaux. En moins de deux jours, le maire Frédéric Giro a réussi à les faire partir, une rapidité inhabituelle dans ce genre de dossier. Pourtant, l’affaire a mal commencé. « La première fois que je suis venu sur le camp, j’avais 15 bonshommes qui m’entouraient en me disant de dégager », raconte-t-il. Son vélo a été jeté dans les fourrés, et la police nationale, présente à proximité, n’est pas intervenue.
Face à cette hostilité, le premier magistrat de Bruges n’a pas cédé. Dès le lendemain, il a activé l’ensemble des leviers à sa disposition : procédure d’expulsion accélérée, recours au préfet de la Gironde, dépôt de plainte contre le chef de la communauté en gendarmerie pour le jet de son vélo, et identification de tous les véhicules pour leur infliger des amendes quotidiennes de stationnement illicite. « J’ai dégainé tout l’arsenal possible », assume-t-il. Il précise que l’objectif était clair : « Il était hors de question qu’ils restent deux semaines comme ils me l’ont annoncé ».
Un investissement municipal mis à mal
Le maire de Bruges justifie sa fermeté par un argument concret : les terrains squattés avaient fait l’objet d’une rénovation lourde l’an dernier, pour un coût de 30 000 euros. « Ces équipements sont faits pour les habitants, pas pour être occupés illégalement », souligne-t-il. Pour lui, cette affaire dépasse la simple question du respect de la loi : il s’agit aussi d’un problème de principe. « Quand on me dit qu’il faut respecter l’état de droit et la procédure qui conduit généralement ces communautés à être expulsées au bout de trois semaines, cela me rend hors de moi », déclare-t-il. Il dénonce un « défaut de soutien de l’État » dans la gestion de ces situations récurrentes.
Frédéric Giro n’est pas le seul à déplorer cette situation. En Gironde, comme ailleurs en France, les squats de gens du voyage resurgissent chaque été, souvent sur des équipements publics ou privés. Selon lui, « qui paie la facture ? » — une question qui, selon lui, reste sans réponse claire de la part des autorités centrales.
La question du rapport de force dans les expulsions
Cette évacuation express soulève une problématique plus large : celle du rapport de force entre les collectivités locales et les communautés de gens du voyage. Dans un contexte où les procédures classiques d’expulsion peuvent s’étaler sur plusieurs semaines, voire des mois, les maires se retrouvent souvent seuls face à ces situations. « Avec les gens du voyage, le rapport de force s’impose », résume un élu girondin sous couvert d’anonymat, citant d’autres exemples récents dans la région, comme l’évacuation de 150 caravanes d’un complexe sportif près de Bordeaux en mai 2026.
Pourtant, les textes de loi encadrent strictement ces procédures. En théorie, les préfets doivent accompagner les maires dans ces démarches, mais les retards administratifs et le manque de moyens rendent souvent ces expulsions difficiles à mener à bien. À Bruges, Frédéric Giro a contourné ces obstacles en agissant vite et en mobilisant tous les outils juridiques à sa disposition. Une stratégie qui a porté ses fruits, mais qui interroge sur la pérennité de cette approche.
Un problème récurrent, mais des solutions rares
Comme l’a souligné Frédéric Giro, le phénomène des squats de gens du voyage n’est pas nouveau en Gironde. Chaque été, des campements illégaux apparaissent sur des terrains publics ou privés, souvent dans l’attente d’une solution administrative ou judiciaire. En 2025, Bordeaux avait déjà été confrontée à la présence de caravanes sur trois parkings relais du tramway, une situation qui avait nécessité plusieurs semaines de négociations avant une évacuation partielle.
Pourtant, des alternatives existent. Certaines communes ont mis en place des aires d’accueil dédiées, conformes à la loi Besson de 2000, mais leur nombre reste insuffisant. Selon les dernières données disponibles, seulement 40 % des communes girondines disposent d’une aire d’accueil homologuée pour les gens du voyage. Un chiffre qui explique en partie la récurrence des squats sauvages.
Le rôle de l’État au cœur du débat
La gestion des squats de gens du voyage divise les élus locaux. Si certains, comme Frédéric Giro, appellent à une intervention plus forte de l’État, d’autres plaident pour une approche plus souple, privilégiant le dialogue et la médiation. « On ne peut pas régler ce problème par la seule expulsion », estime un conseiller municipal de la Métropole bordelaise. « Il faut aussi investir dans des solutions d’accueil dignes », ajoute-t-il.
Dans l’immédiat, la question reste entière : comment concilier respect de la loi, droits des gens du voyage et protection des équipements publics ? Une chose est sûre : tant que les solutions structurelles ne seront pas mises en place, les conflits de ce type continueront de se répéter, comme à Bruges, où l’équilibre entre fermeté et dialogue reste à trouver.
En France, l’expulsion d’un squat de gens du voyage suit une procédure encadrée par la loi. Après un constat d’occupation illégale, le maire ou le propriétaire du terrain doit saisir le préfet pour obtenir une ordonnance d’expulsion. Une fois celle-ci obtenue, les forces de l’ordre peuvent procéder à l’évacuation, généralement après un délai de 72 heures pour permettre aux occupants de se réinstaller. Cependant, des recours juridiques peuvent prolonger ce délai, et les expulsions sont souvent reportées en raison du manque de places dans les aires d’accueil ou de la saturation des tribunaux.
Oui, certaines aides existent, notamment via les fonds de solidarité des départements ou les dispositifs de l’État comme le Fonds de solidarité pour les collectivités territoriales. Cependant, ces financements sont souvent insuffisants pour couvrir les coûts liés aux dégradations ou aux aménagements nécessaires après une expulsion. En Gironde, par exemple, le département a mis en place un soutien spécifique pour les communes touchées par des squats, mais son montant varie selon les cas et reste limité.