Aux Fidji, l'épidémie de VIH prend une ampleur alarmante. Selon BMF - International, plus de 2 000 nouveaux cas ont été recensés en 2025, soit une hausse de 26 % par rapport à l'année précédente. Dans cet archipel du Pacifique Sud comptant moins d'un million d'habitants, la propagation du virus s'accélère, poussant les autorités à qualifier la situation de crise sanitaire nationale.
Le gouvernement fidjien a officiellement déclaré l'état d'épidémie en 2026, reconnaissant ainsi l'urgence d'agir face à une propagation qualifiée de « comme une traînée de poudre » par Siteri Dinawai, une habitante de Suva venue se faire dépister. La crise s'aggrave depuis plusieurs années, avec une augmentation notable des cas depuis 2019, notamment parmi les populations à risque, comme les travailleurs et travailleuses du sexe ainsi que les consommateurs de drogues injectables.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 2 000 nouveaux cas de VIH enregistrés aux Fidji en 2025, soit une hausse de 26 % par rapport à 2024
- Le gouvernement a déclaré une épidémie nationale en 2026 face à la propagation rapide du virus
- La crise s'aggrave depuis 2019, avec une augmentation des cas parmi les consommateurs de drogues injectables et les travailleurs du sexe
- Environ 5 000 cas de VIH sont actuellement recensés dans l'archipel
- Le taux de transmission reste élevé en raison de la consommation de drogues et des pratiques à risque
- Le gouvernement a annoncé un plan de prévention, mais sa mise en œuvre accuse un retard
Une épidémie qui s'étend rapidement dans l'archipel
Les Fidji, destination touristique prisée du Pacifique Sud, font face à une situation sanitaire critique. BMF - International révèle que l'augmentation des cas de VIH s'inscrit dans un contexte marqué par la hausse de la consommation de drogues injectables et la peur du dépistage. La propagation du virus y est désormais l'une des plus rapides au monde, selon les autorités sanitaires locales.
Dès la tombée de la nuit à Suva, capitale des Fidji, une clinique de fortune devient un lieu stratégique dans la lutte contre l'épidémie. Installée dans un minibus aménagé en banlieue, la clinique Moonlight s'est imposée comme un maillon essentiel du dispositif de dépistage. Gérée par une équipe de bénévoles, dont des membres du Survival Advocacy Network et de Rainbow Pride Fiji, elle propose des tests rapides pour le VIH, la syphilis et l'hépatite B, avec des résultats disponibles en 15 minutes.
Les obstacles persistants : peur et stigmatisation
Malgré les efforts déployés, la peur du dépistage reste un frein majeur. Beaucoup de Fidjiens hésitent à se faire tester par crainte d'un résultat positif, explique Ecelina Lalabaluva, 28 ans, qui a finalement franchi le pas. « Beaucoup ne viennent pas par crainte d'obtenir un résultat positif », confie-t-elle. Les cliniques mobiles comme Moonlight jouent un rôle clé pour sensibiliser la population et orienter les personnes séropositives vers des traitements adaptés.
Renata Ram, directrice nationale pour les Fidji et le Pacifique à l'ONUSIDA, souligne que le pays accuse un retard de 15 à 20 ans dans la lutte contre le VIH. « Un programme d'échange de seringues est ce dont on a vraiment besoin en ce moment », affirme-t-elle. Selon elle, la situation s'aggrave depuis des années, avec un taux de transmission en hausse depuis 2019. Cette année-là, un groupe d'utilisateurs de drogues injectables à « très haut risque » a émergé, principalement parmi les travailleurs et travailleuses du sexe.
Des réseaux criminels à l'origine de la propagation des drogues
Les Fidji, traditionnellement une plaque tournante pour le trafic de drogues entre l'Amérique latine, l'Asie et l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, subissent de plein fouet les conséquences de ce commerce illicite. Virginia Comolli, responsable du programme Pacifique pour l'Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC), explique que le flux de substances hautement addictives, comme la méthamphétamine ou la cocaïne, a fortement augmenté après la fin des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.
Ces drogues, souvent utilisées par injection, alimentent l'épidémie de VIH dans l'archipel. Les organisations criminelles paient parfois leurs complices locaux « en nature », c'est-à-dire en leur fournissant de la drogue plutôt qu'en argent, ce qui contribue à l'expansion de la consommation injectable. Pour les personnes vivant avec le VIH aux Fidji, où les valeurs conservatrices restent dominantes, le stigmate social représente un fardeau supplémentaire, aggravant leur isolement.
Des témoignages qui révèlent l'ampleur du problème
Mark Lal, diagnostiqué séropositif il y a deux ans, est l'un des rares à briser le silence sur cette crise. À seulement 24 ans, il témoigne des difficultés rencontrées aux Fidji, où le sujet du sexe est souvent tabou. « Dès que le sujet du sexe est abordé, tout le monde se disperse », explique-t-il. Son diagnostic l'a plongé dans l'incompréhension : « Quand j’ai reçu mon diagnostic, la première chose que j’ai demandée aux médecins, c’était : ‘Et maintenant ? Est-ce que je dois juste attendre de mourir ?’ »
Via sa page Facebook Living Positive Fiji, Mark Lal répond désormais aux questions de plus d'une centaine de jeunes, âgés pour la plupart de 17 à 20 ans. Beaucoup hésitent à révéler leur séropositivité par crainte des discriminations. Pour Irinieta Foi, venue se faire tester à la clinique Moonlight, la priorité est claire : « Il est vraiment important que tout le monde se fasse dépister », martèle-t-elle.
La crise du VIH aux Fidji illustre les défis sanitaires et sociaux auxquels font face de nombreux pays insulaires du Pacifique. Elle rappelle aussi l'importance d'une approche globale, combinant prévention, dépistage et lutte contre les réseaux criminels qui alimentent la consommation de drogues. Alors que les Fidji tentent de rattraper leur retard, d'autres régions du monde pourraient, elles aussi, être confrontées à des défis similaires si les mesures de prévention ne sont pas renforcées à temps.