Avec des écoles vides, des vols annulés et des rendez-vous médicaux reportés, l’Europe connaît en 2026 une vague de grèves d’une ampleur inédite depuis des années. Selon Euronews FR, les premiers mois de l’année ont été marqués par une intensification des mouvements sociaux, notamment dans les secteurs des transports, de l’éducation, de la santé et de l’administration publique.
Ce qu'il faut retenir
- Au premier trimestre 2026, le Portugal (234 grèves), l’Italie (190), l’Espagne (108) et la France (105) ont enregistré le plus grand nombre de mouvements sociaux parmi sept pays de l’UE.
- Les Pays-Bas, avec seulement sept grèves sur la même période, apparaissent comme le pays le moins touché par les mouvements sociaux cette année.
- En 2025, l’UE a connu sa plus forte année de grèves depuis 1991, selon l’Institut syndical européen.
- La principale cause des grèves entre 2020 et 2024 était la défense des salaires face à l’inflation.
- Le taux de syndicalisation en Europe est passé de 30 % en 1985 à 15 % en 2024, avec une forte disparité entre secteurs public et privé.
Le Portugal et l’Italie en tête des grèves en Europe
Au premier trimestre 2026, le Portugal a enregistré 234 grèves, soit plus du double de l’Italie, qui en compte 190. La France suit avec 105 mouvements sociaux, tandis que l’Espagne en dénombre 108. Ces chiffres, issus de l’outil Strike Tracker, de la Direction générale de l’emploi et des relations de travail portugaise (DGERT) et du CGSSE italien, reflètent une contestation sociale particulièrement vive dans ces pays. Selon Euronews FR, ces mouvements touchent principalement les transports, l’éducation, la santé et l’administration publique, mais aussi d’autres secteurs en réaction à des réformes gouvernementales ou à des conditions de travail jugées insatisfaisantes.
Le 12 juin 2026, les personnels de la police locale italienne ont annoncé une grève nationale pour dénoncer leurs conditions de travail. Cette décision fait suite à l’hospitalisation de plusieurs agents après des agressions en service, comme l’ont indiqué les représentants syndicaux provinciaux. Une mobilisation qui s’ajoute à celle du Portugal, où une deuxième grève générale a eu lieu en six mois pour protester contre un nouveau paquet de réformes du droit du travail, porté par un gouvernement de centre droit.
Les Pays-Bas, exception européenne en 2026
Alors que plusieurs pays européens connaissent une recrudescence des mouvements sociaux, les Pays-Bas se distinguent par une situation inverse. Selon les données compilées par Euronews FR, seulement sept grèves ont été recensées au cours du premier trimestre 2026, faisant du pays le moins touché par les mouvements sociaux parmi les sept analysés. Une tendance qui s’inscrit dans la durée : l’Allemagne et l’Autriche, comme les Pays-Bas, figurent traditionnellement parmi les pays européens où les grèves sont les moins fréquentes.
Cette situation contraste avec les années précédentes. Entre 2020 et 2024, la Finlande, la Belgique et la France avaient enregistré le plus grand nombre de grèves dans l’UE, selon les données disponibles. Une période marquée par des revendications salariales, dans un contexte d’inflation persistante qui a érodé le pouvoir d’achat des ménages européens.
Une année 2025 record pour les grèves en Europe
Les mouvements sociaux de 2026 s’inscrivent dans une dynamique plus large. Selon l’Institut syndical européen, 2025 devrait être l’année la plus marquée par les grèves en Europe depuis 1991. Une année charnière, où les revendications se sont multipliées dans un contexte de tensions économiques et sociales accrues. Les données préliminaires confirment cette tendance, même si les chiffres définitifs ne sont pas encore consolidés.
En 2024, les principales grèves avaient pour origine la défense des salaires face à la hausse du coût de la vie. Une problématique récurrente depuis plusieurs années, comme l’avait souligné Euronews FR, qui avait analysé à l’époque les causes de cette vague de contestation. Les syndicats dénonçaient alors des salaires jugés insuffisants pour faire face à l’inflation, un phénomène qui a persisté en 2025 et 2026.
Un déclin du syndicalisme en Europe
Si les grèves restent un outil de contestation privilégié, leur fréquence ne reflète pas nécessairement une vitalité syndicale renforcée. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la part des travailleurs syndiqués en Europe a été divisée par deux depuis 1985, passant de 30 % à 15 % entre 2023 et 2024. Une tendance qui ne concerne pas tous les pays : la Belgique fait figure d’exception, avec une inversion de cette courbe.
Les disparités sectorielles sont également marquées. En 2024, 41,3 % des salariés du secteur public étaient syndiqués, contre seulement 10,1 % dans le privé. Une différence qui s’explique en partie par la stabilité des emplois publics et la tradition de négociation collective dans ces secteurs. En moyenne, dans les 28 pays de l’OCDE, 14,3 % des femmes en emploi étaient syndiquées en 2024, contre 15 % des hommes.
Enfin, la couverture par des conventions collectives a également reculé au cours des 30 dernières années, en particulier dans les pays d’Europe centrale et orientale. Une évolution qui limite la capacité des syndicats à peser dans les négociations sociales et à organiser des mouvements collectifs d’ampleur.
La capacité des syndicats à mobiliser, dans un paysage où leur influence diminue, sera un facteur clé. Les prochaines négociations sur les salaires et les conditions de travail, prévues avant la fin de l’année, pourraient soit atténuer les tensions, soit les amplifier, selon l’issue des discussions.
Ces pays ont une tradition de négociation collective et de dialogue social plus ancrée qu’ailleurs en Europe. Les syndicats y sont moins confrontés à des réformes brutales, et les conditions de travail y sont généralement mieux perçues par les salariés. De plus, les secteurs clés comme les transports ou la santé bénéficient souvent de statuts plus protecteurs, réduisant les motifs de grève.