Les premières analyses génétiques de l'hantavirus, réalisées notamment par des équipes françaises et suisses à l'Institut Pasteur, ne révèlent pas de mutation préoccupante à ce stade. « Quand on a un virus connu, on essaie de voir si le virus a bougé », a expliqué mercredi 13 mai sur franceinfo Yazdan Yazdanpanah, infectiologue et chef de service à l'hôpital Bichat à Paris. Selon franceinfo - Santé, ce spécialiste, également directeur de l'ANRS Maladies infectieuses émergentes, a qualifié ces premiers résultats de « rassurants », tout en soulignant que la surveillance reste de mise.

Ce qu'il faut retenir

  • Les séquences génétiques analysées ne montrent pas d'éléments alarmants concernant une mutation de l'hantavirus de souche Andes, selon les équipes suisses et françaises
  • Une Française évacuée d'un navire de croisière et testée positive est désormais en réanimation, tandis que quatre autres passagers sont toujours négatifs
  • L'infectiologue Yazdan Yazdanpanah a rappelé que l'hantavirus, identifié depuis 30 ans, ne mute pas de manière significative selon les virologues
  • Les autorités sanitaires renforcent la coordination européenne et la lutte contre l'infodémie, avec un groupe de travail dédié incluant l'ANRS, l'Inserm et l'Institut Pasteur

Une surveillance renforcée après l'évacuation d'un navire de croisière

Cinq ressortissants français évacués d'un navire de croisière sont actuellement pris en charge à l'hôpital Bichat à Paris, sous étroite surveillance médicale. Parmi eux, une femme a vu son état se dégrader rapidement après avoir été testée positive à l'hantavirus. « On suit un protocole de l'OMS : tous les deux jours, on réalise des tests », a précisé Yazdan Yazdanpanah. « J'espère que les autres ne vont pas se positiver, mais s'ils le deviennent, ces personnes seront isolées », a-t-il ajouté. À ce stade, les quatre autres passagers restent négatifs aux tests, mais la situation fait l'objet d'une attention constante de la part des équipes médicales.

L'hantavirus, un virus connu et peu mutagène

Identifié depuis trois décennies, l'hantavirus n'est pas réputé pour sa capacité à muter rapidement. « Les virus ne mutent pas tous de la même façon (...) a priori, selon les virologues, l'hantavirus ne mute pas beaucoup », a rappelé l'infectiologue lors de son intervention. « Ce qu'on a aujourd'hui, c'est rassurant », a-t-il insisté, tout en insistant sur l'importance de poursuivre les analyses pour disposer de l'intégralité des séquences génétiques du virus. « C'était très important d'avoir les séquences », a-t-il souligné, alors que des inquiétudes sur une possible mutation circulaient ces dernières semaines.

Malgré cette prudente optimisme, Yazdan Yazdanpanah a tenu à rappeler que la question d'une mutation reste « un élément très important ». Les équipes médicales continuent donc d'examiner chaque cas avec la plus grande rigueur, en appliquant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Une mobilisation à l'échelle européenne et contre les fausses informations

Au-delà de la gestion de ce cas particulier, les autorités sanitaires françaises et européennes renforcent leur coordination pour faire face à une éventuelle résurgence de l'hantavirus. « Au niveau européen, on s'organise, on se standardise, on se parle », a indiqué l'infectiologue. Avec l'OMS, les discussions portent sur l'harmonisation des protocoles et la préparation à une réponse coordonnée en cas de besoin. « On essaie d'organiser une réponse », a-t-il confirmé, alors que plusieurs pays européens signalent des cas sporadiques d'hantavirus chaque année.

Parallèlement, les pouvoirs publics s'inquiètent de la résurgence des théories complotistes en ligne, comparables à celles observées pendant la crise du Covid-19. « On a mis en place un groupe de travail sur l'infodémie », a expliqué Yazdan Yazdanpanah. Ce collectif, associant l'ANRS, l'Inserm, le CNRS, Sciences Po et l'Institut Pasteur, vise à lutter contre la désinformation et à informer de manière fiable le grand public et les professionnels de santé. « Ce phénomène représente bien sûr un danger, et reste un vrai sujet », a-t-il souligné.

Et maintenant ?

Les prochaines analyses génétiques, attendues dans les prochains jours, permettront de confirmer ou d'infirmer l'absence de mutation préoccupante de l'hantavirus. D'ici là, les cinq Français évacués du navire de croisière resteront sous surveillance médicale à l'hôpital Bichat. À plus large échelle, la Commission européenne doit se réunir en juin pour finaliser un plan de réponse unifié face aux maladies infectieuses émergentes, dans lequel l'hantavirus figurera parmi les priorités.

Quant aux personnels soignants de l'hôpital Bichat, certains ont exprimé des inquiétudes, mais Yazdan Yazdanpanah a appelé à rester calme. « Il faut quand même rester calme », a-t-il recommandé, précisant qu'une réunion d'information est prévue dans la journée pour répondre aux questions des équipes. « Des messages sont envoyés pour informer le personnel », a-t-il ajouté, confirmant que les soignants en contact direct avec les patients affichent pour l'heure une sérénité apparente.

Reste à savoir si d'autres cas seront détectés dans les prochaines semaines, notamment parmi les passagers et l'équipage du navire de croisière, ou dans d'autres contextes. Pour l'heure, les autorités sanitaires appellent à la vigilance sans céder à la panique, tout en maintenant une surveillance accrue de ce virus connu mais dont les comportements restent à étudier.

L'hantavirus est un virus porté par certains rongeurs, comme les campagnols ou les souris. Il se transmet à l'homme principalement par inhalation de particules contaminées par les déjections ou l'urine de ces animaux. Les symptômes incluent fièvre, douleurs musculaires et, dans les cas graves, une insuffisance rénale ou pulmonaire. Il n'existe pas de traitement spécifique, mais une prise en charge médicale précoce améliore le pronostic.