On estime qu’un couple sur cinq serait touché par une forme d’infidélité au cours de sa relation, selon une étude menée par l’Institut national d’études démographiques (INED) en 2023. Pourtant, si l’infidélité physique est souvent pointée du doigt, une forme plus insidieuse, l’infidélité émotionnelle, reste encore méconnue du grand public. Top Santé s’est penché sur ce phénomène avec le docteur en psychologie Ali Fenwick, qui en décrypte les mécanismes et les signes avant-coureurs.

Ce qu'il faut retenir

  • L’infidélité émotionnelle se caractérise par un attachement profond à une personne extérieure au couple, en l’absence de relation physique.
  • Le docteur Ali Fenwick identifie trois phases clés : l’isolement progressif, la minimisation des conflits et la recherche d’une validation externe.
  • Les signes à surveiller incluent une baisse d’attention envers le partenaire, une communication réduite et des changements d’habitudes.

Quand l’attachement à l’autre devient une tromperie

L’infidélité émotionnelle se distingue de l’amitié par son intensité et son exclusivité. « Il s’agit d’une relation où l’un des partenaires investit émotionnellement dans une personne en dehors du couple, en lui confiant des pensées, des sentiments ou des projets intimes », explique le docteur Ali Fenwick, auteur de plusieurs ouvrages sur les dynamiques relationnelles. Contrairement à une simple amitié, cette forme de tromperie crée une dépendance affective qui peut menacer la stabilité du couple. D’après une enquête menée par l’IFOP en 2025, près de 15 % des Français reconnaissent avoir déjà vécu une situation d’infidélité émotionnelle, un chiffre qui reste probablement sous-estimé en raison de la difficulté à identifier ce phénomène.

Les trois étapes qui mènent à la rupture

Pour le psychologue, l’infidélité émotionnelle s’installe progressivement, selon un schéma en trois temps. « Tout commence par un isolement volontaire, où la personne en quête d’infidélité réduit ses échanges avec son partenaire, que ce soit en termes de temps ou de qualité d’interaction », précise-t-il. La deuxième phase consiste à minimiser les conflits au sein du couple, en attribuant systématiquement les tensions à l’autre partenaire plutôt qu’à soi-même. Enfin, la troisième étape voit l’individu chercher activement une validation externe, par exemple en multipliant les compliments ou en partageant des détails personnels avec une tierce personne. « Ces comportements sont souvent rationalisés par la personne concernée, qui les présente comme des amitiés inoffensives », ajoute Ali Fenwick.

Les alertes à ne pas ignorer

Plusieurs signaux doivent inciter à la vigilance, selon le spécialiste. D’abord, une baisse notable de l’attention portée au partenaire : moins de questions sur sa journée, moins d’initiatives pour partager des moments à deux. Ensuite, une communication réduite, avec des réponses évasives ou des silences prolongés. Enfin, des changements d’habitudes, comme une utilisation accrue du téléphone portable ou des sorties fréquentes avec une même personne. « Ces comportements ne prouvent pas à eux seuls une infidélité émotionnelle, mais ils doivent alerter lorsque plusieurs signes apparaissent simultanément », souligne le psychologue. Une étude publiée dans le Journal of Social and Personal Relationships en 2024 confirme que ces indicateurs sont souvent présents chez les personnes en train de s’engager dans une relation parallèle.

Et maintenant ?

Si ces mécanismes sont désormais mieux compris, leur prévention reste un défi pour les couples. Selon Ali Fenwick, une communication ouverte et régulière pourrait limiter les risques. « Les partenaires doivent se sentir en sécurité pour exprimer leurs insatisfactions ou leurs besoins, sans crainte d’être jugés », indique-t-il. Une thérapie de couple pourrait également être envisagée en cas de doute, une solution que près de 30 % des Français déclarent avoir déjà explorée, d’après un sondage OpinionWay réalisé en janvier 2026. Reste à voir si ces outils suffiront à endiguer un phénomène dont les conséquences, sur le plan émotionnel comme relationnel, peuvent être durables.

Les prochains mois pourraient voir émerger de nouvelles recherches sur l’impact des réseaux sociaux dans l’émergence des infidélités émotionnelles. Avec l’essor des plateformes comme TikTok ou Instagram, où les interactions superficielles sont monnaie courante, les spécialistes s’interrogent sur l’évolution de ces comportements à l’ère du numérique.