Le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella semble en passe de finaliser sa stratégie de conquête d'un électorat traditionnellement ancré à droite, selon Le Figaro - Politique. Depuis les élections présidentielles de 2022, le président du parti nationaliste a progressivement affiné son approche pour rallier les électeurs modérés, les sympathisants de la droite classique, voire d’anciens électeurs macronistes. Cette offensive, lancée il y a plus de quatre ans, a pris une nouvelle dimension à l’occasion des élections municipales de mars 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Jordan Bardella a ciblé dès 2022 les électeurs de la droite classique, notamment des figures comme Nadine Morano ou François-Xavier Bellamy.
- Les élections européennes de 2024 et les législatives anticipées ont marqué un tournant dans sa stratégie.
- Lors des municipales de mars 2026, il a explicitement tendu la main aux listes « de droite sincères » pour battre la gauche.
- Le RN vise désormais les électeurs ayant voté pour Emmanuel Macron ou souhaitant soutenir Édouard Philippe en 2027.
Une stratégie initiée dès 2022 et affûtée depuis 2024
Dès la présidentielle de 2022, Jordan Bardella a esquissé les contours de son ambition : attirer vers le RN une partie de l’électorat de droite, traditionnellement fidèle aux Républicains (LR). À l’époque, il imaginait déjà que des personnalités comme Nadine Morano ou François-Xavier Bellamy puissent rejoindre ses rangs. Cette volonté de s’ancrer dans le paysage politique français s’est concrétisée après les élections européennes de 2024, où le RN a réalisé une percée historique. Les législatives anticipées qui ont suivi ont confirmé cette dynamique, poussant Bardella à élargir sa cible : non seulement les électeurs de LR, mais aussi ceux ayant voté pour Emmanuel Macron en 2017 ou 2022.
Depuis, le leader du RN a progressivement recentré son discours pour séduire un électorat plus modéré. Il a notamment mis en avant des thèmes comme la sécurité, l’immigration ou encore le pouvoir d’achat, tout en évitant les provocations les plus radicales. Cette mue stratégique vise à rassurer les électeurs de droite inquiets des excès supposés du RN, tout en conservant son socle historique.
Les municipales de mars 2026, un test grandeur nature
Les élections municipales de mars 2026 ont servi de terrain d’expérimentation à cette stratégie. Dès le premier tour, Jordan Bardella a lancé un appel solennel aux listes « de droite sincères » pour battre la gauche. Une initiative qui a marqué un tournant dans sa communication, puisqu’il a explicitement renoncé à diaboliser LR au profit d’une alliance tactique contre la gauche. « Il faut battre la gauche, coûte que coûte », a-t-il déclaré lors d’une intervention télévisée, sans pour autant exclure une absorption future des électeurs modérés de droite.
Cette main tendue aux élus locaux de droite a suscité des réactions contrastées. Si certains maires LR ont accueilli favorablement cette offre, d’autres y ont vu une manœuvre pour phagocyter leur électorat. « On ne se laissera pas faire », a réagi un élu parisien sous couvert d’anonymat, refusant toute alliance avec le RN. Pourtant, dans plusieurs villes, des candidats LR ont choisi de s’allier avec le RN pour barrer la route à la gauche, comme à Hénin-Beaumont ou à Perpignan.
Un électorat en recomposition, une présidentielle en ligne de mire
Avec cette stratégie, Jordan Bardella vise un triple objectif : capter les électeurs de droite déçus par LR, récupérer une partie de l’électorat macroniste désenchanté, et affaiblir Édouard Philippe dans la perspective de 2027. Depuis quelques mois, les sondages montrent une érosion des intentions de vote en faveur de LR, tandis que le RN caracole en tête des intentions de vote pour la présidentielle. « On assiste à un réalignement du paysage politique », explique un politologue interrogé par Le Figaro - Politique. « Le RN n’est plus perçu uniquement comme un parti protestataire, mais comme une alternative crédible pour gérer le pays. »
Cette recomposition électorale s’explique aussi par le mécontentement croissant des électeurs face à la politique menée depuis 2022. Entre crise sociale, inflation persistante et sentiment d’insécurité, une partie de l’électorat de droite et du centre se tourne vers des solutions radicales. « Les Français veulent du changement, et le RN incarne cette rupture », résume un analyste. Reste à savoir si cette dynamique se confirmera lors des prochaines échéances électorales.
Une chose est sûre : la bataille pour l’électorat de droite n’en est qu’à ses débuts. Entre alliances tactiques et rivalités idéologiques, le paysage politique français pourrait bien être redessiné d’ici 2027. Il reste à voir si les électeurs suivront.
Jordan Bardella cherche à élargir la base électorale du RN en séduisant les électeurs modérés de droite, traditionnellement hostiles à l’extrême droite. Cette stratégie, initiée dès 2022, vise à transformer le RN en une force politique incontournable, capable de gouverner.
Les régionales et sénatoriales de 2027 pourraient servir de test pour le RN avant la présidentielle. Ces scrutins permettront de mesurer l’ancrage local du parti et sa capacité à fédérer au-delà de son électorat historique.
