D'après Reporterre, le béton reste le matériau de construction le plus utilisé dans le monde, sans que son origine ne soit clairement traçable. Pour dénoncer les conséquences environnementales et sociales de cette industrie, une architecte milite pour une « voix collective » et organise une série d’actions en France du 23 au 26 mai 2026.
Ce qu'il faut retenir
- 24 000 hectares artificialisés chaque année en France, selon Reporterre, illustrant l’ampleur de la bétonisation des terres.
- Léa Hobson, architecte et autrice de « Désarmer le béton », appelle à une opposition coordonnée contre ce matériau symbole du capitalisme extractif.
- Une campagne baptisée « Fissurons le béton » est lancée du 23 au 26 mai 2026 avec des actions dans toute la France.
- Plus de 24 000 hectares artificialisés chaque année pour répondre à la demande croissante en béton, malgré les alternatives existantes.
Un matériau omniprésent aux origines floues
Malgré son statut de matériau le plus consommé au monde, le béton reste un mystère quant à son approvisionnement. Léa Hobson, architecte et autrice du livre « Désarmer le béton », souligne dans ses travaux que son extraction et sa production échappent à toute transparence. « Personne ne sait d’où vient son parpaing », déclare-t-elle. Cette opacité s’explique par un système industriel mondialisé, où les chaînes d’approvisionnement sont fragmentées et souvent externalisées dans des pays aux réglementations environnementales laxistes.
Le béton incarne ainsi les dérives du capitalisme extractif, un modèle économique qui privilégie la rentabilité à court terme au détriment des écosystèmes et des populations locales. Les carrières, souvent situées dans des zones rurales ou périurbaines, défigurent les paysages et épuisent les ressources naturelles, tandis que les émissions de CO₂ liées à sa production représentent près de 8 % des émissions mondiales.
Des alternatives existent, mais restent marginales
Face à ce constat, Léa Hobson plaide pour une remise en question systémique. Dans ses écrits, elle met en avant des matériaux alternatifs comme le bois local, la terre crue ou les bétons bas carbone, dont l’empreinte écologique est bien moindre. « Il existe des solutions, mais elles sont étouffées par un modèle économique qui mise sur la standardisation et la rapidité », explique-t-elle. Pourtant, certains projets pilotes montrent que ces alternatives sont viables, à condition d’être soutenues par des politiques publiques volontaristes.
En France, des initiatives locales émergent, comme les écoquartiers construits en matériaux biosourcés. Cependant, leur développement reste limité par des normes de construction encore largement favorables au béton. Selon des données du ministère de la Transition écologique, seulement 5 % des constructions neuves en 2025 intègrent des matériaux biosourcés.
Une mobilisation citoyenne pour « fissurer le béton »
C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative « Fissurons le béton », une campagne nationale organisée du 23 au 26 mai 2026. Plusieurs actions sont prévues dans toute la France pour dénoncer la bétonisation des sols et promouvoir des alternatives. Des ateliers participatifs, des conférences et des manifestations symboliques — comme la destruction fictive de blocs de béton — sont au programme. Les organisateurs rappellent que 24 000 hectares sont artificialisés chaque année en France, soit l’équivalent de 34 000 terrains de football.
Parmi les revendications, on trouve l’arrêt des grands projets d’artificialisation des sols, la révision des documents d’urbanisme pour favoriser les matériaux durables, et une meilleure traçabilité des ressources utilisées dans la construction. Une tribune publiée par les organisateurs appelle à une « prise de conscience collective » avant que les dégâts ne deviennent irréversibles.
Le béton, symbole d’un certain modèle de développement, pourrait ainsi devenir le catalyseur d’une transition écologique plus large. Reste à voir si la société sera capable de s’en détacher.
Le béton est responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO₂, principalement en raison de la production de ciment, dont l’extraction et la cuisson sont extrêmement énergivores. Il contribue également à la destruction des sols, à la pollution des nappes phréatiques et à la fragmentation des écosystèmes naturels.