Comme l’a rapporté Franceinfo – Santé, l’épidémie d’hantavirus qui touche actuellement plusieurs régions en France et en Europe ravive les mêmes mécanismes de désinformation observés lors de la crise du Covid-19. Entre théories antivaccins, discours rassuristes et accusations infondées, les réseaux sociaux et certains médias contribuent à semer la confusion autour d’un virus dont la propagation reste sous surveillance.
Ce qu'il faut retenir
- L’épidémie d’hantavirus actuelle rappelle les mécanismes de désinformation observés lors du Covid-19, selon Franceinfo – Santé.
- Plusieurs figures politiques et militantes ont relayé des allégations infondées, évoquant notamment un vaccin ou un lien avec Bill Gates.
- Les théories antisémites, déjà présentes lors de la pandémie de Covid-19, réapparaissent avec des allégations erronées sur l’origine du nom « hantavirus ».
- Les discours rassuristes, accusant les laboratoires pharmaceutiques de manipuler l’épidémie, reprennent les mêmes arguments qu’en 2020-2021.
Un virus connu, des accusations renouvelées
Depuis le début du mois de mai 2026, les alertes sur la progression de l’hantavirus en Europe et en France se multiplient. Pourtant, ce virus, transmis principalement par les rongeurs, n’est pas une nouveauté. L’Alliance du vaccin, une organisation soutenue par la Fondation Gates, avait déjà alerté sur ses risques dans ses rapports annuels, aux côtés d’autres maladies comme Ebola ou la fièvre jaune. Aucune de ces alertes ne relève d’une prédiction surnaturelle, mais simplement d’une veille sanitaire régulière.
Cela n’a pas empêché certains acteurs de reprendre les mêmes accusations qu’en 2020. Le 11 mai 2026, Florian Philippot, président du parti Les Patriotes, déclarait ainsi : « Sur l’hantavirus, on voit ces dernières heures une accélération de la panique médiatico-politique ». Le lendemain, Didier Raoult, microbiologiste, affirmait quant à lui que « [la chloroquine] c’est le médicament le moins dangereux », une référence directe à son rôle central lors de la crise du Covid.
Bill Gates, bouc émissaire des épidémies
Comme lors de la pandémie de Covid-19, Bill Gates est devenu la cible privilégiée des théories complotistes. Un internaute sur la plateforme X (ex-Twitter) affirmait le 12 mai 2026 : « Bill Gates savait déjà, en 2021, alors que le Covid n’était même pas encore épuisé, que Hanta suivrait ». Pourtant, l’Alliance du vaccin avait souligné, bien avant 2026, l’importance de surveiller l’hantavirus parmi d’autres pathogènes à risque. Gates lui-même avait simplement rappelé en 2015, lors d’une conférence, que « si quelque chose tue plus de 10 millions de personnes ces prochaines décennies, ce sera probablement un virus très contagieux ». Une déclaration reprise hors contexte pour accréditer la thèse d’un « plan machiavélique ».
Les accusations contre Gates avaient déjà atteint leur paroxysme pendant le Covid-19. En mai 2021, Tal Schaller, militant antivaccins, allait jusqu’à comparer Bill Gates à Hitler ou Staline : « Le projet de M. Bill Gates, c’est de faire mieux que tous ceux d’avant. Hitler, Staline, c’étaient des nains de jardin à côté de M. Bill Gates ». Des propos qui illustrent la radicalisation des discours autour des épidémies.
Le retour des théories antisémites et des boucs émissaires
Autre phénomène récurrent : la recherche systématique d’un bouc émissaire. Certains internautes ont ainsi affirmé, sans preuve, que le nom « hantavirus » provenait de l’hébreu, où « hanta » signifierait « arnaque » ou « mensonge ». Une théorie rapidement démentie : le terme désigne en réalité la rivière Hantaan en Corée du Sud, où le virus a été identifié pour la première fois dans les années 1970. Pourtant, cette rumeur s’inscrit dans une logique de désinformation déjà observée lors du Covid-19, où des théories antisémites accusaient les Juifs d’avoir créé le virus pour cibler certaines populations.
Robert F. Kennedy Jr, ancien candidat à la primaire démocrate aux États-Unis, avait déjà propagé des allégations similaires en juillet 2023. Il affirmait que le Covid-19 « visait à attaquer les Caucasiens et les Noirs », ajoutant que « les personnes les plus immunisées sont les Juifs ashkénazes et les Chinois ». Ces propos, rapidement contestés, montrent comment les crises sanitaires deviennent des terrains propices aux théories complotistes les plus extrêmes.
Les laboratoires pharmaceutiques dans le viseur
Les discours rassuristes, accusant les laboratoires de manipuler les épidémies pour s’enrichir, reprennent également les arguments des années 2020-2021. Un internaute écrivait sur X le 10 mai 2026 : « Big Pharma est déjà sur le coup. Une épidémie simulée, c’est toujours bon pour se faire du pognon ». Une affirmation qui s’inscrit dans la lignée des théories selon lesquelles les pandémies seraient orchestrées par les géants de la pharmacie pour vendre des vaccins ou des traitements.
Cette rhétorique avait été portée par Christian Perronne, ancien médecin, en octobre 2022. Il assurait alors qu’« il y avait une coordination mondiale qui était totalement organisée par des cabinets privés qui ont gagné énormément d’argent ». Des déclarations qui, comme pour les autres théories, reposent sur des présupposés non étayés et une méfiance généralisée envers les institutions.
Un phénomène amplifié par les réseaux sociaux
Comme le souligne Franceinfo – Santé, la récurrence de ces mécanismes s’explique en grande partie par la viralité des réseaux sociaux. Les algorithmes favorisent les contenus polémiques et sensationnalistes, permettant à des théories infondées de circuler rapidement et d’être relayées par des personnalités médiatiques. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s’est ainsi interrogé le 11 mai 2026 : « Pourquoi Moderna nous annonce-t-il déjà préparer un vaccin ? », posant implicitement la question d’une manipulation. Une interrogation qui, sans preuve, alimente la défiance envers les autorités sanitaires.
Le parallèle avec la crise du Covid-19 est frappant : mêmes accusations, mêmes figures, mêmes mécanismes. Pour les experts, cette répétition s’explique par l’absence de remise en question des narratifs complotistes, même lorsque ceux-ci ont été démentis par les faits.
En attendant, les professionnels de santé appellent à la prudence : l’hantavirus, bien que sérieux, ne nécessite pas de mesures exceptionnelles au-delà des gestes barrières classiques contre les rongeurs. Pour l’instant, aucune campagne de vaccination n’est prévue, et les traitements restent symptomatiques.
Non. L’hantavirus a été identifié dans les années 1970 en Corée du Sud, près de la rivière Hantaan. Il circule régulièrement en Europe et en Asie, principalement via les rongeurs. Sa surveillance fait partie des priorités des autorités sanitaires depuis des décennies.
Ces accusations reposent sur des interprétations erronées de déclarations passées de Bill Gates, notamment une conférence de 2015 où il évoquait le risque de pandémies causées par des virus. Aucune preuve ne lie Gates à l’émergence ou à la propagation de l’hantavirus en 2026. L’Alliance du vaccin, qu’il soutient financièrement, alerte depuis des années sur de multiples pathogènes, sans que cela ne constitue une prédiction.