L’État français et le groupe Avril ont annoncé un nouveau soutien financier à l’usine Eurolysine située à Amiens, dans la Somme. Ce site industriel, dernier producteur de lysine en Europe, joue un rôle clé dans l’alimentation des animaux d’élevage. Une décision motivée par la nécessité de sécuriser une filière stratégique face à la domination chinoise sur ce marché, comme le rapporte Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- Eurolysine est le seul fabricant de lysine encore en activité en Europe, un acide aminé indispensable pour nourrir les animaux d’élevage.
- La Chine domine désormais le marché mondial de la lysine, mettant en péril l’autonomie européenne.
- L’État et le groupe Avril apportent un soutien financier pour pérenniser l’usine d’Amiens.
- Ce soutien s’inscrit dans une stratégie plus large de relocalisation et de résilience industrielle.
Une filière agricole européenne en danger
L’usine Eurolysine d’Amiens représente un maillon essentiel de la chaîne alimentaire européenne. Sans lysine, les éleveurs français et européens dépendraient intégralement des importations, notamment chinoises. Ouest France souligne que la Chine a progressivement pris le contrôle de ce marché, avec une production mondiale estimée à plus de 2 millions de tonnes par an. En Europe, la lysine produite localement est devenue un enjeu de souveraineté alimentaire.
Le groupe Avril, spécialisé dans les huiles végétales et les protéines animales, a confirmé son engagement aux côtés de l’État pour maintenir cette production sur le sol français. « La lysine est un intrant vital pour nos éleveurs. Sans elle, c’est toute la compétitivité de notre filière qui est menacée », a déclaré un porte-parole du groupe.
Un investissement public et privé pour éviter une dépendance critique
Le montant du soutien financier n’a pas été précisé dans les annonces, mais plusieurs sources concordantes évoquent un investissement de plusieurs millions d’euros. L’État devrait mobiliser des fonds via des dispositifs comme France 2030 ou des aides à l’industrie verte. De son côté, Avril apporterait des ressources supplémentaires pour moderniser les installations d’Eurolysine.
Cette collaboration public-privé vise à moderniser l’outil de production, vieillissant, et à le rendre plus compétitif face à la concurrence asiatique. « Nous devons agir vite pour éviter une rupture d’approvisionnement qui aurait des conséquences dramatiques pour nos éleveurs », a expliqué un responsable du ministère de l’Agriculture.
La lysine, un acide aminé stratégique pour l’élevage
La lysine est un acide aminé essentiel pour la croissance des animaux, notamment porcins et volailles. Elle est produite industriellement à partir de fermentation bactérienne, un procédé complexe qui nécessite des infrastructures spécialisées. Eurolysine, filiale du groupe Avril, est le dernier acteur européen à maîtriser cette technologie.
Selon les experts du secteur, la dépendance aux importations chinoises expose les éleveurs européens à des risques de pénurie et de hausse des coûts. « Sans une production locale, les marges des éleveurs seraient encore plus fragilisées », a rappelé Ouest France. La lysine représente environ 10 % du coût de l’alimentation animale, un poste de dépense déjà sous tension.
La pérennité de cette filière dépendra également des décisions européennes en matière de subventions et de protectionnisme. Une question reste en suspens : les éleveurs seront-ils prêts à payer un prix plus élevé pour une lysine produite localement ?
La Chine a massivement investi dans ce secteur depuis les années 2010, bénéficiant d’une main-d’œuvre bon marché et de subventions publiques. Aujourd’hui, elle assure plus de 60 % de la production mondiale, rendant les autres acteurs, comme Eurolysine, moins compétitifs.