C’est un manque qui fragilise les ambitions européennes de réarmement face à la menace russe. Selon Le Figaro, les armées du continent peinent à se doter de missiles capables de frapper à plus de 2 000 kilomètres de distance. Une lacune d’autant plus critique que ces armes, dites de « grande profondeur », sont devenues indispensables pour une dissuasion conventionnelle crédible. Berlin vient d’en faire les frais : les États-Unis pourraient ne pas déployer, comme promis par l’administration Biden, des missiles Tomahawk sur le sol allemand.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne espérait recevoir des missiles Tomahawk américains pour renforcer sa dissuasion face à la Russie, mais Washington pourrait renoncer à ce déploiement.
- Ces missiles, d’une portée de 2 500 km, permettraient de frapper des cibles jusqu’à Moscou et au-delà, offrant une capacité de frappe en profondeur.
- L’Europe manque cruellement de ce type d’armement, essentiel pour éviter une escalade trop rapide en cas de conflit de haute intensité.
- Les stocks américains ont été fortement réduits après l’engagement dans le conflit contre l’Iran, selon le CSIS.
Selon Le Figaro, ces missiles devaient constituer un pilier de la stratégie de défense allemande. Avec une portée suffisante pour toucher des bases et centres de commandement russes, ils auraient permis à Berlin de disposer d’une capacité de riposte crédible sans recourir à l’arme nucléaire. Pourtant, la guerre en Iran a déjà épuisé un tiers du stock américain de ces armements. « Les États-Unis pourraient ne pas tenir leurs promesses », confie un responsable européen sous couvert d’anonymat au quotidien.
La situation illustre un paradoxe : alors que l’Europe renforce ses budgets militaires, elle reste dépendante de capacités américaines qu’elle ne maîtrise pas. Les frappes dans la grande profondeur ne se contentent pas de répondre à une agression. Elles offrent aussi un outil de gestion de crise, permettant de limiter l’escalade vers des représailles extrêmes. Pour l’instant, Bruxelles et ses partenaires peinent à combler ce vide stratégique. Les programmes européens de missiles, comme le SCALP français ou le KEPD 350 allemand, ne couvrent qu’une partie des besoins et restent limités en nombre.
Un enjeu stratégique face à la Russie
La menace russe, particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, a accéléré les réflexions sur la dissuasion conventionnelle. Moscou dispose, elle, de missiles de croisière et balistiques capables de frapper l’Europe en quelques minutes. Face à cette réalité, l’OTAN a appelé à une meilleure coordination des capacités européennes. Pourtant, selon Le Figaro, les divergences entre alliés persistent. Certains pays, comme la France, misent sur l’autonomie stratégique, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, comptent sur le parapluie américain.
« Sans une capacité européenne autonome de frappe à longue portée, nous restons vulnérables à des chocs externes, qu’ils viennent de Moscou ou de Téhéran »
— Un haut responsable de l’UE, cité par Le Figaro
Les discussions sur un partage des charges entre Washington et ses alliés européens restent tendues. Lors du dernier sommet de l’OTAN, en 2025, les États-Unis avaient réaffirmé leur soutien, mais sans garantie ferme. Le CSIS, un think tank américain, estime que les stocks de missiles longue portée de l’US Army sont aujourd’hui insuffisants pour répondre à plusieurs fronts simultanés. Un tiers a été consommé lors des frappes en Iran, et la production peine à suivre.
Les alternatives européennes, une réponse incomplète
Face à ce constat, plusieurs pays européens tentent de développer leurs propres solutions. La France mise sur le missile ASN4G, un projet de missile hypersonique dont l’entrée en service est prévue pour 2030. L’Allemagne, de son côté, collabore avec l’Italie et l’Espagne pour le missile FC/ASW, mais ces programmes accusent des retards. Même le SCALP, utilisé avec succès en Ukraine, n’a qu’une portée de 300 km – bien en deçà des besoins réels.
Autre obstacle : la coordination industrielle. Les projets européens peinent à se concrétiser en raison de désaccords sur les priorités et les financements. L’Allemagne a annoncé une augmentation de 50 % de son budget défense en 2026, mais ces fonds ne suffiront pas à combler l’écart en missiles longue portée. Selon Le Figaro, Berlin a même envisagé l’achat de missiles israéliens Delilah, mais cette option reste incertaine.
Reste une inconnue majeure : la réaction de Moscou. Si l’absence de missiles longue portée européenne affaiblit la dissuasion, elle pourrait aussi inciter le Kremlin à tester les limites de la réaction occidentale. Pour l’instant, les dirigeants européens évitent tout commentaire public sur ce sujet sensible. Une chose est sûre : le réarmement ne suffira pas sans une stratégie claire.
Ces missiles permettent de frapper des cibles profondes dans le territoire ennemi sans recourir à l’arme nucléaire. Ils offrent une capacité de riposte proportionnée et limitent les risques d’escalade rapide, comme l’explique la doctrine de dissuasion conventionnelle adoptée par l’OTAN.
Actuellement, aucun pays européen ne possède de missile de croisière d’une portée supérieure à 1 000 km en nombre suffisant. La France dispose du SCALP (portée de 300 km), et le Royaume-Uni pourrait utiliser des Storm Shadow, mais ces armes restent limitées pour une frappe en profondeur stratégique.