Selon Le Figaro, l’hypothèse d’une disparition de 90 % des emplois d’ici deux décennies, remplacée par des assistants d’intelligence artificielle pour les emplois de bureau et des robots pour les métiers manuels, n’est plus une fiction. Bill Gates, cofondateur de Microsoft, l’évoque comme une certitude, voire une opportunité. Face à ce bouleversement annoncé, quatre scénarios majeurs pourraient redessiner les contours de la société de demain. L’ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, en détaille les implications dans une chronique publiée par le quotidien.
Ce qu'il faut retenir
- 90 % des emplois pourraient disparaître dans les deux prochaines décennies, selon Bill Gates, remplacés par des IA pour les cols blancs et des robots pour les cols-bleus.
- Quatre scénarios se dessinent pour organiser la société post-travail, dont l’instauration d’un revenu universel de base (RUB).
- Elon Musk propose un RUB élevé, estimant que l’IA permettra d’éradiquer la pauvreté et financer ce dispositif.
- Luc Ferry critique cette vision, soulignant que Musk sous-estime les défis économiques et sociaux d’une telle transition.
- La course à l’innovation en Chine et aux États-Unis rend impossible l’arrêt des avancées technologiques, malgré les risques encourus.
Un futur sans emploi ? La prédiction de Bill Gates
D’après les projections de Bill Gates, 90 % des emplois actuels – des postes administratifs aux emplois industriels – pourraient être automatisés d’ici une vingtaine d’années. « Il est impossible d’arrêter cette évolution », affirme-t-il, rappelant que la Chine et les États-Unis investissent massivement dans l’intelligence artificielle et la robotique. Selon lui, cette mutation technologique n’est pas une menace, mais une chance pour éradiquer la pauvreté. Elon Musk, patron de Tesla et SpaceX, abonde dans ce sens : il imagine un monde où l’IA générerait une telle abondance de richesses que le financement d’un revenu universel de base (RUB) à haut niveau deviendrait envisageable.
Quatre scénarios pour une société sans travail classique
Luc Ferry expose quatre pistes pour structurer une société où le travail humain ne serait plus le socle économique principal. Le premier scénario repose sur l’instauration d’un revenu universel de base, mais avec des approches divergentes. Elon Musk défend un modèle généreux, tandis que d’autres, comme le philosophe lui-même, y voient une solution insuffisante sans réforme profonde des mentalités et des institutions. D’autres scénarios incluent la réduction drastique du temps de travail, l’émergence d’une économie de la connaissance ou encore le développement de nouveaux modèles sociaux centrés sur le bien-être plutôt que sur la productivité.
Le revenu universel, une solution controversée
Elon Musk a déjà esquissé les contours de son projet : un RUB élevé, rendu possible selon lui par la richesse générée par l’IA. « Il n’y aura, grâce à l’IA, plus de pauvreté dans le futur », a-t-il déclaré, suggérant que la technologie pourrait financer un filet social ambitieux. Luc Ferry, lui, se montre sceptique. Dans sa chronique, il rappelle que cette vision repose sur une hypothèse optimiste : celle d’une redistribution automatique et équitable des gains de productivité. « Je ne crois pas une seconde que Musk ait raison », écrit-il, soulignant que les inégalités pourraient persister, voire s’aggraver, en l’absence de mécanismes de régulation stricts.
La course technologique, un mouvement irréversible
Le philosophe met en garde contre toute tentative de freiner l’innovation, qu’il juge inévitable. « Comme il est impossible d’arrêter la course à l’innovation en Chine et aux USA », écrit-il, « plutôt que de râler, fût-ce à raison, contre l’IA, il vaut mieux y réfléchir ». Il s’appuie sur les prises de position de chefs d’entreprise comme Sophie de Menthon, qui prônent une adaptation proactive plutôt qu’une opposition stérile. Pour Ferry, l’enjeu n’est plus de savoir si cette révolution aura lieu, mais comment la société pourra en tirer parti sans sombrer dans le chaos.
La réflexion engagée par Luc Ferry et les propositions d’Elon Musk offrent des pistes, mais aucune ne fait consensus. Une chose est sûre : le débat sur l’avenir du travail est loin d’être terminé. Les prochaines élections, les réformes économiques et les avancées technologiques des cinq prochaines années donneront peut-être des éléments de réponse.
Les deux entrepreneurs partent du principe que l’automatisation massive des emplois, couplée à une productivité accrue grâce à l’IA, générera des richesses suffisantes pour financer des systèmes de protection sociale ambitieux, comme un revenu universel. Elon Musk va jusqu’à affirmer que « l’IA permettra de mettre fin à la pauvreté », sous réserve que ces gains soient redistribués de manière équitable.
Un RUB élevé pourrait peser sur les finances publiques et nécessiter une fiscalité accrue, ce qui pourrait freiner l’investissement privé. Luc Ferry met en garde contre l’illusion d’une richesse « magique » créée par l’IA, soulignant que les inégalités pourraient persister si la redistribution n’est pas maîtrisée. Enfin, un tel dispositif pourrait aussi réduire les incitations à travailler, avec des conséquences imprévisibles sur l’économie.