Malgré une grâce royale accordée en juillet 2024, le professeur et militant franco-marocain Maâti Monjib reste empêché de quitter le Maroc. Le 4 juin 2026, une scène symbolique s’est jouée à l’aéroport de Rabat-Salé : son billet pour un colloque à Paris a été annulé sans explication, illustrant l’arbitraire d’une situation qui dure depuis près de trois ans.
Ce qu'il faut retenir
- Maâti Monjib, professeur d’histoire et militant des droits humains, est interdit de voyage depuis 2021, malgré une grâce royale en juillet 2024.
- Il cumule également la suspension de son poste universitaire, de sa pension, de sa couverture médicale et le blocage de ses comptes bancaires.
- Le 4 juin 2026, il a été empêché de monter dans un avion à destination de Paris pour un colloque, sans document ni justification légale.
- Son cas illustre une surveillance accrue et une répression systématique selon ses soutiens, qui dénoncent une violation des droits humains.
Un militant sous surveillance depuis des années
Maâti Monjib, professeur à l’université Mohammed V de Rabat et historien reconnu, est une figure des droits humains au Maroc. Spécialiste de l’histoire politique marocaine, il a publié plusieurs ouvrages de référence, dont La Monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir et Ben Barka, coécrit avec Zakya Daoud. Son engagement lui a valu un harcèlement judiciaire depuis 2015, d’abord pour « atteinte à la sûreté de l’État », puis pour « blanchiment d’argent », des accusations qu’il a toujours rejetées.
Depuis 2021, Monjib est privé de son droit fondamental à la libre circulation. Cette interdiction ne se limite pas au voyage : son poste à l’université a été suspendu, sa pension de retraite et sa couverture médicale retirées, et ses biens saisis. Selon ses proches, ces mesures s’inscrivent dans une stratégie de répression ciblée, visant à le réduire au silence. « Je vis une situation intenable », a-t-il dénoncé lors d’une conférence de presse organisée par son comité de soutien.
Une scène kafkaïenne à l’aéroport de Rabat-Salé
Mercredi 4 juin 2026, à 14 heures, une centaine de personnes s’étaient réunies à l’aéroport de Rabat-Salé pour soutenir Monjib avant son départ vers Paris. Parmi eux figuraient des militants des droits humains, des enseignants-chercheurs, des avocats et d’anciens prisonniers politiques, venus de Rabat, Casablanca, Benslimane et Safi. Leur objectif : exiger que Monjib puisse exercer ses droits comme tout citoyen marocain.
À 14 h 30, Monjib se dirige vers le guichet d’Air France, où un billet l’attend pour participer au colloque « Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956-2026) », organisé par des institutions universitaires françaises dont le Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep). Mais les agents de la police aux frontières de la Direction générale de la sûreté nationale l’empêchent de monter à bord. « L’agent m’a informé oralement que l’ordinateur n’affichait pas mon nom », a-t-il raconté. Aucune pièce écrite n’a été produite pour justifier cette décision, pas plus qu’une base légale n’a été invoquée.
Un scénario répété depuis 2021
Cette scène n’est pas inédite. Elle s’est déjà produite à plusieurs reprises, notamment une semaine plus tôt au même endroit. Depuis 2021, Monjib est systématiquement empêché de quitter le territoire, sans explication officielle ni recours possible. « Le même scénario se répète depuis cinq ans », a-t-il souligné. Pourtant, d’autres prisonniers d’opinion graciés en 2024 ont pu obtenir leurs passeports et voyager normalement, ce qui accentue l’injustice ressentie par Monjib.
La situation a des répercussions concrètes sur sa vie personnelle et professionnelle. Privé de son poste à l’université, il ne peut plus enseigner, et ses activités de recherche sont interrompues. Il est également coupé de sa famille installée en France, où il a vécu en exil pendant plusieurs années. « Cette interdiction impacte ma vie familiale et ma capacité à participer à des activités scientifiques essentielles à mon travail », a-t-il expliqué.
Une mobilisation unie face à l’arbitraire
Face à cette situation, un comité national de suivi a été créé pour défendre ses droits. Lors de la scène à l’aéroport, Souad Brahma, présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), a dénoncé une « grave violation des droits humains, de la Constitution et des conventions internationales ratifiées par le Maroc ». « Nous étions présents pour soutenir Monjib et exiger qu’il puisse voyager comme tout citoyen », a-t-elle déclaré à l’Enass, un média marocain indépendant. « Le comité dit haut et fort : stop à ces pratiques. »
Me Mohamed Nouini, membre du comité, a également pointé du doigt la dimension systématique de la répression subie par Monjib. « Il a été interdit de travailler et spolié de l’ensemble de ses droits. Nous appelons les voix sages de ce pays à mettre fin à cette situation inique », a-t-il affirmé. Ces déclarations reflètent une mobilisation croissante autour de son cas, qui dépasse les clivages politiques pour rassembler des militants de gauche et des islamistes.
« Ils veulent me faire taire, mais je ne reculerai jamais face à l’arbitraire. »
Maâti Monjib, lors de sa prise de parole à l’aéroport de Rabat-Salé
Une surveillance omniprésente, des séquelles physiques
À chaque geste de Monjib, les téléphones s’allument. Des agents filment ses moindres mouvements, transmettant probablement des images en temps réel à leur hiérarchie. Cette surveillance rappelle les dystopies orwelliennes : la justice est invisible, mais la répression est tangible. Monjib, affaibli par des années de grèves de la faim, a tenté de résister en improvisant un sit-in à l’aéroport. Brandissant une pancarte, il a dénoncé l’arbitraire et exigé des explications officielles. Autour de lui, les forces de l’ordre se sont resserrées, téléphones levés, oreillettes branchées.
Après plusieurs minutes, son état de santé l’a contraint à mettre fin à sa protestation. « Ma santé ne me permet pas de poursuivre », a-t-il déclaré, essoufflé. Incarcéré en décembre 2020, Monjib a mené plusieurs grèves de la faim entre 2015 et 2026. Les séquelles de ces mobilisations sont encore visibles, illustrant le prix physique de la résistance.
Cette affaire dépasse le cas individuel de Monjib. Elle interroge les mécanismes de répression au Maroc, où les défenseurs des droits humains et les militants politiques font régulièrement face à des entraves administratives et judiciaires. Les prochaines étapes dépendront de la capacité des autorités à répondre aux exigences de transparence et de légalité, ou à persister dans un statu quo qui alimente les tensions.
La grâce royale accordée en juillet 2024 n’a pas levé les autres restrictions administratives dont fait l’objet Maâti Monjib. En plus de l’interdiction de voyager, il a été suspendu de son poste à l’université, privé de sa pension de retraite et de sa couverture médicale, et ses comptes bancaires sont bloqués. Aucune explication officielle n’a été fournie pour justifier cette situation, qui se poursuit depuis 2021.
Aucune date précise n’a été annoncée pour une résolution de son cas. Cependant, sa mobilisation pour le colloque à Paris les 8 et 9 juin 2026 pourrait relancer l’attention médiatique et politique sur sa situation. Les défenseurs des droits humains appellent à une intervention rapide des autorités pour lever les restrictions qui pèsent sur lui.