Alors que les villages côtiers britanniques subissent de plein fouet les effets du tourisme de masse, le cinéaste britannique Mark Jenkin signe avec « Bait » une œuvre où réalité et fiction s’entremêlent pour dépeindre les tensions entre tradition locale et pression touristique. Comme le rapporte Libération, ce film expérimental, centré sur deux frères pêcheurs confrontés à la dégradation de leur métier et à l’afflux estival de visiteurs dans leur village de Cornouailles, cultive une atmosphère onirique pour interroger les bouleversements d’un territoire.
Ce qu'il faut retenir
- Mark Jenkin, réalisateur britannique, explore dans « Bait » la confrontation entre déclin économique et tourisme de masse dans un village de Cornouailles.
- Le film met en scène deux frères pêcheurs dont l’activité est menacée par la surfréquentation touristique.
- L’œuvre se distingue par son approche expérimentale, mêlant réalisme social et éléments fantastiques.
- Sorti en 2019, le film a été salué pour son audace visuelle et narrative.
Un village en proie aux mutations économiques et sociales
La Cornouailles, région emblématique du sud-ouest de l’Angleterre, est depuis des décennies un lieu de villégiature prisé des touristes britanniques et internationaux. Pourtant, cette attractivité croissante a profondément transformé les équilibres locaux, notamment pour les communautés de pêcheurs. Comme l’explique Mark Jenkin,
« les villages de pêcheurs ne sont plus que des décors pour les vacanciers. Les pêcheurs, eux, disparaissent peu à peu, remplacés par des boutiques de souvenirs et des locations saisonnières. »Autant dire que le tourisme, autrefois complémentaire, est devenu un facteur de marginalisation pour les autochtones.
Une narration entre réalisme et irréalité
Dans « Bait », Jenkin utilise des techniques de tournage innovantes — caméra à l’épaule, son spatialisé, images en noir et blanc — pour créer une atmosphère à la fois crue et déformée. Le film suit deux frères, Martin et Steven, dont la famille vit depuis des générations de la pêche. Leur quotidien, déjà précaire, se voit bouleversé par l’arrivée massive de touristes chaque été. Le réalisateur mêle ainsi des séquences documentaires à des éléments oniriques, comme des visions fantomatiques des ancêtres disparus, pour illustrer la perte d’identité du village. Libération souligne que cette approche « fabuleuse » permet de transcender le réalisme social et d’offrir une critique plus large des dynamiques de gentrification.
Un regard cinématographique sur les conflits d’usage
Le conflit entre pêcheurs et touristes n’est pas nouveau en Cornouailles, mais il s’est intensifié avec la hausse des prix de l’immobilier et la transformation des paysages côtiers. Jenkin, lui-même originaire de la région, connaît ces enjeux de l’intérieur. Dans « Bait », il ne se contente pas de décrire une crise économique : il interroge la manière dont une communauté se reconstruit face à la disparition de ses repères. Les scènes de pêche, filmées en plans serrés, contrastent avec les images saturées de touristes en quête d’expériences « authentiques ». Le réalisateur a d’ailleurs précisé : « Je voulais montrer que le tourisme n’est pas seulement une menace, mais aussi une réalité avec laquelle il faut composer. »
Pour Mark Jenkin, « Bait » n’est qu’une étape dans une réflexion plus large sur la relation entre l’homme et son environnement. Le cinéaste a d’ailleurs annoncé un nouveau projet tourné en Cornouailles, cette fois-ci centré sur les conflits liés à l’éolien offshore — un sujet qui promet d’être tout aussi clivant.
Le film « Bait » est disponible en VOD sur plusieurs plateformes, dont Arte.tv et Filmo TV. Il a également été projeté dans des festivals spécialisés, comme le Festival du Film de Cornouailles, qui se tient chaque année à Truro.
Non. D’autres cinéastes britanniques ont exploré des thèmes similaires, comme Andrea Arnold dans « Wuthering Heights » ou Ben Wheatley dans « High-Rise ». Cependant, « Bait » se distingue par son approche expérimentale et son ancrage dans la réalité sociale de la Cornouailles.