Selon BFM Business, la France s’apprête à jouer un rôle clé dans un projet spatial d’envergure : la création d’une station spatiale privée, destinée à succéder à l’ISS après 2030. Ce programme, piloté par la start-up américaine Vast, accueillera dès l’an prochain deux astronautes français, dont Thomas Pesquet, marquant ainsi une première mondiale.

Ce qu'il faut retenir

  • Vast, fondée en 2021 par le milliardaire des cryptomonnaies Jed McCaleb, vise à remplacer l’ISS par une station commerciale après 2030.
  • Thomas Pesquet, 48 ans, commandera une mission vers Haven-1, tandis qu’Arnaud Prost, 34 ans, participera au vol d’essai de cette station prévue pour 2027.
  • Haven-1, premier module de Vast, sera lancé par une fusée Falcon 9 de SpaceX et relié à un réseau Starlink.
  • L’entreprise, basée à Long Beach (Californie), collabore étroitement avec SpaceX et compte créer une gravité artificielle pour ses futures stations.
  • La France a signé un accord avec Vast pour installer son siège européen à Paris, a annoncé Emmanuel Macron lors du sommet Choose France.

Une station privée pour prendre le relais de l’ISS

La Station spatiale internationale (ISS), occupée en continu depuis plus de 25 ans, doit cesser ses opérations en 2030. Pour assurer la continuité des missions scientifiques en orbite basse, plusieurs acteurs privés se positionnent sur ce créneau, dont Vast. Selon BFM Business, cette start-up californienne, fondée en 2021 par Jed McCaleb – un magnat des cryptomonnaies –, a pour ambition de développer une station commerciale, Haven-1, avant de la remplacer par une structure plus large, Haven-2.

Le projet s’inscrit dans une logique de privatisation de l’espace, soutenue par la Nasa, qui a récemment indiqué disposer de moyens limités pour financer seule les successeurs de l’ISS. En s’alliant à des entreprises comme Vast, l’agence spatiale américaine mise sur des partenariats publics-privés pour maintenir une présence humaine en orbite.

Thomas Pesquet et Arnaud Prost au cœur de la mission

Thomas Pesquet, astronaute expérimenté de 48 ans, a été choisi pour commander la première mission vers Haven-1, prévue dès l’année prochaine. Son compatriote Arnaud Prost, 34 ans, participera quant à lui au vol d’essai vers cette station commerciale, dont le lancement est désormais fixé à 2027 après plusieurs reports. Le Centre national d’études spatiales (Cnes) a salué cette initiative comme une « première mondiale » : « Cette mission d’astronaute vers une station privée est une première au monde », a-t-il souligné sur son site.

Ces deux Français rejoindront ainsi une poignée d’astronautes privés, dans un secteur où la compétition s’intensifie. Vast n’est pas seul en lice : elle affronte des géants comme Blue Origin (Jeff Bezos), Axiom Space ou encore Voyager Space Holdings, tous engagés dans la course aux stations orbitales privées.

Une collaboration étroite avec SpaceX et une ambition technologique ambitieuse

Installée à Long Beach (Californie), Vast entretient des liens étroits avec SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk. Les deux missions prévues utiliseront le lanceur Falcon 9 et le vaisseau Crew Dragon de SpaceX. Haven-1 sera par ailleurs reliée au réseau Starlink, le service d’accès Internet par satellite de SpaceX, pour assurer sa connectivité. Selon Bloomberg, plusieurs employés de Vast ont d’ailleurs travaillé par le passé pour Elon Musk.

Outre son volet opérationnel, Vast affiche une ambition technologique majeure : créer un système de gravité artificielle. L’objectif est d’éviter aux astronautes de vivre en apesanteur permanente, une contrainte récurrente à bord de l’ISS et des stations actuelles. Cette innovation s’inspire notamment du film « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, où la gravité artificielle est générée par une rotation de la station.

Un fondateur atypique et une stratégie risquée

Le fondateur de Vast, Jed McCaleb, est un personnage atypique dans le milieu spatial. Âgé de 51 ans, ce milliardaire a bâti sa fortune dans les cryptomonnaies. Il est notamment connu pour avoir créé en 2010 Mt.Gox, la première grande plateforme d’échange de bitcoins, vendue avant sa faillite retentissante en 2014, après le piratage de 850 000 bitcoins appartenant à ses clients. McCaleb a ensuite cofondé Ripple et la cryptomonnaie XRP, aujourd’hui parmi les plus capitalisées du marché.

Sans expérience préalable dans le spatial, McCaleb a confié la direction opérationnelle de Vast à Max Haot, ancien fondateur d’une start-up de lancement de fusées, Launcher. Malgré ce profil peu conventionnel, le milliardaire assume pleinement les risques du projet. « Il n’y a pas beaucoup de gens prêts à consacrer autant de ressources, de temps et de tolérance au risque que moi », a-t-il déclaré à Bloomberg, ajoutant être prêt à y engager jusqu’à un tiers de sa fortune.

La France au cœur du projet européen de Vast

Le projet de Vast a reçu un soutien de taille : celui de la France. Lors du sommet Choose France, organisé à Versailles, le président Emmanuel Macron a annoncé qu’un accord avait été signé avec Vast pour installer son siège européen à Paris. Cette décision s’inscrit dans la stratégie française de renforcer son rôle dans l’industrie spatiale, alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance aux États-Unis et à la Chine dans ce domaine.

L’annonce intervient alors que l’Agence spatiale européenne (ESA) et le Cnes multiplient les initiatives pour soutenir l’innovation spatiale, y compris dans le privé. Pour Vast, la France représente un partenaire clé, tant sur le plan technologique qu’industriel, avec des acteurs comme ArianeGroup ou Thales Alenia Space impliqués dans les projets orbitaux.

Et maintenant ?

Le calendrier de Vast est serré : Haven-1 doit être lancée en 2027, tandis que Thomas Pesquet et Arnaud Prost devraient s’envoler dès l’année prochaine. D’ici là, la start-up devra finaliser les tests de sa station, sécuriser les partenariats industriels – notamment avec SpaceX – et obtenir les certifications nécessaires auprès des autorités spatiales américaines et européennes. Reste à voir si Vast parviendra à tenir ses promesses technologiques, comme la gravité artificielle, et à s’imposer face à des concurrents bien établis comme Axiom Space ou Blue Origin. Pour la France, l’enjeu est double : participer à cette nouvelle ère spatiale tout en consolidant son industrie locale.

Avec ce projet, Vast incarne une nouvelle dynamique où l’innovation privée et les ambitions nationales se croisent. Si elle réussit, elle pourrait redéfinir durablement l’accès à l’orbite basse, bien au-delà de 2030.

Selon BFM Business, la France a été séduite par la capacité de Vast à proposer une solution complète, intégrant à la fois une station commerciale et des innovations technologiques comme la gravité artificielle. Par ailleurs, l’installation du siège européen de Vast à Paris s’inscrit dans la volonté française de renforcer son écosystème spatial privé, en s’appuyant sur des partenariats internationaux. Enfin, la présence d’anciens employés de SpaceX au sein de Vast a probablement facilité les échanges avec les acteurs français du secteur.