Le réseau social Meta aurait mobilisé des centaines d’influenceurs spécialisés dans la parentalité, dont des « momfluenceuses » et des professionnels de santé, pour défendre ses nouveaux comptes dédiés aux adolescents, les Teen Accounts, selon un rapport du Tech Transparency Project (TTP), un centre de recherche américain. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à influencer le débat public autour de la protection des mineurs sur ses plateformes, comme le rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Meta a organisé des événements pour promouvoir ses Teen Accounts auprès de centaines d’influenceurs et de professionnels de santé, selon le Tech Transparency Project (TTP).
  • Parmi les personnalités mobilisées figurent des « momfluenceuses » comme Sadie Robertson Huff, ainsi que des médecins et psychologues rémunérés.
  • Ces comptes pour ados, disponibles sur Instagram, proposent des fonctionnalités limitées pour protéger les jeunes des contacts indésirables et des contenus nuisibles.
  • Meta est visé par plusieurs procès aux États-Unis pour avoir, selon ses détracteurs, échoué à protéger les mineurs, notamment contre l’exploitation sexuelle.
  • Le rapport du TTP évoque une « opération d’astroturfing politique » pour soutenir des lois imposant aux boutiques d’applications comme Apple et Google de vérifier l’âge des utilisateurs.
  • Meta défend ses actions en affirmant que ses outils offrent des protections concrètes aux jeunes et aux parents.

Une campagne d’influence pour redorer l’image de Meta

Selon le rapport du Tech Transparency Project (TTP), Meta aurait mis en place un réseau de plusieurs centaines de créateurs de contenu et de « momfluenceuses » pour promouvoir ses nouveaux comptes pour adolescents, les Teen Accounts. Ces comptes, lancés sur Instagram, intègrent des fonctionnalités destinées à limiter les risques pour les jeunes, comme la restriction des contacts non sollicités ou la gestion du temps passé sur la plateforme. L’entreprise a organisé des événements spécifiques pour ces influenceurs, leur permettant de relayer ensuite les messages de Meta auprès de leurs abonnés, parfois avec des mentions de partenariat rémunéré.

Cette stratégie intervient alors que Meta fait face à de vives critiques aux États-Unis. Plusieurs procès lui reprochent notamment de ne pas avoir suffisamment protégé les mineurs contre les dangers en ligne. Parmi ces affaires, celle engagée par Raul Torrez, procureur général du Nouveau-Mexique, accuse le groupe d’avoir failli dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur ses plateformes.

Des personnalités influentes mobilisées, dont des médecins

Le rapport du TTP cite plusieurs personnalités ayant participé à cette campagne. Parmi elles, Sadie Robertson Huff, ancienne vedette de l’émission *Duck Dynasty* et influenceuse suivie par des millions de personnes, a publié en 2024 une vidéo élogieuse sur les Teen Accounts, mentionnant un partenariat avec Instagram. Elle y déclare : « Ils ont en fait lancé ces nouveaux comptes pour ados que je trouve absolument incroyables. »

D’autres influenceurs comme Alexia Delarosa, Noelle Downing ou encore Leroy Garrett, candidat de téléréalité, ont également relayé des messages positifs sur ces comptes après avoir participé aux événements organisés par Meta. Leroy Garrett a défendu cette collaboration auprès de CNN, affirmant : « Il est vital que nous unissions nos efforts pour faire face à ces enjeux et promouvoir un environnement en ligne plus sûr pour les jeunes. »

Le rapport révèle également que 11 médecins, psychologues et thérapeutes ont été identifiés comme promoteurs des Teen Accounts. Cinq d’entre eux sont même intervenus en tant qu’orateurs lors d’événements organisés par Meta, laissant supposer une rémunération. Parmi ces professionnels figurent la docteure Hina Talib, spécialiste de médecine de l’adolescent, et la psychologue Ann-Louise Lockhart, qui ont toutes deux publié des messages favorables aux comptes en mentionnant leurs liens financiers avec l’entreprise. Hina Talib a précisé au TTP avoir collaboré brièvement avec Meta dans le cadre de conférences et d’une publication sur les réseaux sociaux, tout en utilisant ses propres formulations plutôt que les éléments de langage fournis par l’entreprise.

Une réponse de Meta et des critiques sur sa stratégie

Interrogé par Euronews FR, un porte-parole de Meta a défendu cette collaboration avec les influenceurs. « Nous travaillons fièrement avec des parents et des créateurs pour faire connaître ces outils de contrôle et encourager les gens à les utiliser », a-t-il déclaré. L’entreprise insiste sur le fait que ses comptes pour ados offrent « des protections intégrées pour les jeunes et donnent aux parents des outils concrets pour superviser l’expérience de leurs enfants ».

Meta rejette les critiques visant ses efforts, affirmant dans un communiqué : « Nos détracteurs prétendent se soucier de sécurité, mais le fait qu’ils attaquent nos efforts pour informer les parents montre qu’ils s’intéressent davantage aux gros titres qu’à l’aide concrète aux familles. » L’entreprise souligne également que sa collaboration avec les influenceurs lui permet de toucher des parents dans des communautés locales où elle ne pourrait pas intervenir directement via des événements scolaires ou des rencontres entre parents.

Le groupe rappelle que d’autres plateformes sociales, comme TikTok, Roblox et Snapchat, collaborent également avec des influenceurs pour promouvoir leurs outils de sécurité. Cependant, cette stratégie de Meta ne fait pas l’unanimité. Des experts interrogés par Euronews FR estiment que la vérification de l’âge au niveau des boutiques d’applications, comme le défend Meta, ne suffit pas à résoudre les problèmes systémiques des réseaux sociaux, tels que les fonctionnalités addictives comme le fil à défilement infini.

Un soutien politique controversé pour des lois sur la vérification de l’âge

Selon le rapport du TTP, Meta aurait également utilisé ces influenceurs pour soutenir l’une de ses priorités politiques : des projets de loi visant à imposer aux boutiques d’applications gérées par Apple et Google de vérifier l’âge des utilisateurs et d’obtenir l’autorisation parentale pour les mineurs souhaitant télécharger des applications. L’entreprise défend l’idée que les parents devraient pouvoir approuver ou rejeter les demandes de téléchargement d’applications de réseaux sociaux formulées par leurs enfants, et que l’âge de ces derniers devrait être vérifié à cette occasion.

Cependant, le rapport du TTP qualifie cette démarche d’« opération d’astroturfing politique », une technique visant à simuler un soutien populaire spontané pour des lois qui reporteraient la responsabilité de la vérification de l’âge sur les boutiques d’applications, plutôt que sur chaque plateforme individuelle comme Instagram. Cette approche est jugée insuffisante par certains experts, qui rappellent que la vérification au niveau des app stores ne permet pas de traiter les problèmes structurels des réseaux sociaux, comme les algorithmes favorisant les contenus problématiques.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des suites données aux procès en cours aux États-Unis, notamment celui mené par le procureur général du Nouveau-Mexique. Par ailleurs, le débat sur la régulation des réseaux sociaux et la protection des mineurs devrait s’intensifier dans les mois à venir, avec une attention particulière portée sur les lois concernant la vérification de l’âge. Les résultats de ces procédures pourraient influencer les stratégies des plateformes comme Meta en matière de sécurité en ligne.

Pour l’instant, Meta maintient sa position, affirmant que ses outils offrent des protections concrètes aux jeunes et aux parents. Reste à voir si cette campagne d’influence suffira à apaiser les critiques ou si elle sera perçue comme une tentative de manipulation du débat public.

Les plaintes déposées contre Meta, notamment celle du procureur général du Nouveau-Mexique, accusent l’entreprise d’avoir échoué à protéger les mineurs contre des risques comme l’exploitation sexuelle, les contacts indésirables et l’exposition à des contenus nuisibles ou addictifs. Ces affaires soulignent également le manque de mesures efficaces pour limiter l’accès des jeunes à des fonctionnalités problématiques.