Trois passagers d’un bateau de croisière ont été emportés par une souche d’hantavirus typique des Andes, selon les premières analyses génétiques publiées ce week-end par le virologue Gustavo Palacios. Ces résultats, obtenus à partir des échantillons de plusieurs malades, révèlent une proximité génétique de 99 % avec des souches humaines identifiées en Argentine en 1997 et en 2018. Franceinfo - Santé détaille les enseignements tirés de ce séquençage, alors que les autorités sanitaires restent attentives à l’évolution de la situation.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois décès enregistrés parmi les passagers du MV Hondius, un bateau de croisière, après une contamination par l’hantavirus.
  • Le séquençage génétique des échantillons confirme une proximité de 99 % avec la souche des Andes, déjà identifiée en Argentine en 1997 et 2018.
  • Le virus aurait été introduit par un rongeur, puis transmis entre humains, selon le scénario envisagé par les scientifiques.
  • 80 mutations ont été recensées par rapport aux souches précédentes, mais leur impact virologique reste à évaluer.
  • Le taux de mortalité de l’hantavirus du Nouveau Monde varie entre 30 % et 40 %, rappellent les spécialistes.

Une souche endémique et un scénario de transmission claire

Les analyses génomiques réalisées sur les passagers infectés du MV Hondius confirment que le virus responsable des trois décès appartient à la famille des hantavirus du Nouveau Monde, connue pour sa virulence. Les échantillons prélevés sur plusieurs malades, dont deux sont décédés, ont été séquencés en Afrique du Sud, en Suisse et aux Pays-Bas. Leurs génomes présentent des similitudes à 99 % avec ceux de la souche des Andes, identifiée pour la première fois chez l’humain en Argentine en 1997, puis à nouveau en 2018 lors d’une flambée épidémique ayant causé la mort de onze personnes parmi 33 infectées.

Les scientifiques estiment que le scénario le plus probable est celui d’une introduction initiale par un animal, probablement un rongeur, suivie d’une transmission interhumaine. « Les données génomiques ne permettent pas d’exclure la possibilité que l’exposition environnementale initiale ait impliqué plusieurs passagers infectés par la même source », précisent les auteurs de l’étude. Cette hypothèse expliquerait la propagation rapide du virus à bord du navire, où le premier cas est décédé avant même que les analyses ne soient réalisées.

Pas de mutation inquiétante, mais des questions persistent

Contrairement à certaines craintes, les chercheurs soulignent que les résultats ne montrent pas l’émergence d’un virus mutant aux propriétés aggravées. « On n’est pas sur une circulation d’un virus mutant qui aurait acquis des propriétés favorables à la transmission interhumaine », déclare Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’université de Montpellier. « C’est bien un virus endémique de cette région, où il y a 50 à 100 cas par an environ, et qui est tombé sur un touriste qui malheureusement l’a propagé ».

Pourtant, le virologue Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS à l’université d’Aix-Marseille, tempère cet optimisme relatif. Si les mutations observées – environ 80 au total – ne semblent pas avoir modifié la capacité du virus à infecter l’humain, leur impact réel reste indéterminé. « Certaines mutations peuvent changer les manifestations cliniques du virus, et le diable se cache parfois dans les détails », rappelle-t-il. « Nous n’avons pas de réponse définitive à ce stade ». Selon lui, il est trop tôt pour affirmer que ces variations n’auront aucune conséquence sur la transmission ou la gravité de la maladie.

Un virus aux symptômes sévères et à la transmission méconnue

L’hantavirus des Andes appartient à un groupe de virus responsables d’infections respiratoires graves, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 30 à 40 % en l’absence de traitement. Les symptômes incluent un état grippal initial, suivi de complications pulmonaires et cardiaques, voire d’hémorragies. Contrairement à d’autres hantavirus, celui-ci peut se transmettre d’humain à humain, ce qui complique la gestion des foyers épidémiques.

Le temps d’incubation peut s’étendre jusqu’à six semaines, ce qui rend le traçage des contacts particulièrement difficile. « Il y a des choses qu’on ne sait pas sur ce virus », a reconnu la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lors d’une intervention à l’Assemblée nationale ce mercredi 12 mai. Cette incertitude explique la prudence des autorités, alors que les passagers et l’équipage du MV Hondius restent sous surveillance.

« La question est de savoir si ces petites différences, ces mutations, ont un impact virologique et épidémiologique, et il est trop tôt pour le savoir. »
Mircea Sofonea, épidémiologiste à l’université de Montpellier

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à approfondir l’analyse des 80 mutations identifiées pour en évaluer les conséquences potentielles. Les résultats devraient être connus d’ici plusieurs semaines, une fois les études complémentaires réalisées. Dans l’intervalle, les autorités sanitaires maintiennent une surveillance renforcée des personnes ayant été en contact avec les malades. Une réunion du comité d’experts est prévue ce vendredi 14 mai pour faire le point sur les mesures à prendre, sans exclure un renforcement des protocoles de détection.

En Argentine, où la souche des Andes est endémique, les équipes médicales restent mobilisées pour suivre l’évolution de la situation. Les chercheurs insistent sur l’importance de la vigilance, sans pour autant céder à la panique. « Il n’y a pas d’éléments évidents permettant de prédire une augmentation de l’infectiosité », souligne Etienne Decroly, tout en appelant à la prudence.

Oui, contrairement à la plupart des hantavirus, la souche des Andes peut se transmettre d’humain à humain, principalement par les fluides corporels. Ce mode de transmission a été documenté lors d’épidémies antérieures, notamment en Argentine.

La souche des Andes est principalement endémique en Argentine, mais des cas ont également été signalés au Chili, en Bolivie et au Brésil. Les voyageurs se rendant dans ces régions, notamment en zone rurale, doivent prendre des précautions pour éviter tout contact avec les rongeurs.