Depuis les élections générales d’octobre 2024, le Mozambique est le théâtre d’une répression sans précédent contre les journalistes et les opposants politiques. Selon Courrier International, plus de 400 opposants auraient été victimes de violences, dont 55 tués, tandis que plus de 4 000 arrestations et 3 000 blessés ont été recensés après le scrutin. Dans ce climat de terreur, les médias occidentaux restent largement silencieux, malgré l’ampleur des exactions.
Une enquête approfondie menée par le consortium Forbidden Stories et plus de 30 journalistes issus de 10 médias internationaux révèle l’ampleur de l’appareil répressif de l’État mozambicain. Intitulée « Mozambique Exposed », cette investigation met en lumière les mécanismes de contrôle et de violence utilisés contre ceux qui osent défier le pouvoir, notamment dans les provinces riches en ressources naturelles.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 400 opposants victimes de violences depuis octobre 2024, dont 55 tués.
- 4 000 arrestations et 3 000 blessés recensés après les élections, selon l’ONG mozambicaine Decide.
- Depuis 2017, plus de 6 000 morts et un million de déplacés dans la province de Cabo Delgado, en proie à un conflit islamiste.
- L’enlèvement en janvier 2025 du journaliste Arlindo Chissale, toujours porté disparu, illustre l’impunité dont bénéficient les auteurs des attaques contre la presse.
- Les forces de sécurité, dont le Sernic et l’Unité d’intervention rapide (UIR), sont directement mises en cause par l’enquête.
Un pays sous l’emprise d’un régime répressif
Le Mozambique, dirigé sans interruption par le Frelimo depuis 1975, est marqué par des irrégularités électorales récurrentes et une gestion controversée de ses ressources naturelles. L’exploitation des gisements de rubis et des réserves de gaz dans les provinces du nord, notamment à Cabo Delgado, a exacerbé les tensions. La découverte de gaz en 2010 a transformé la région en zone de conflit, avec des milliers de morts et de déplacés.
« C’est un pays largement ignoré par les médias occidentaux. Pourtant, le Mozambique est un lieu d’extrêmes comme peu d’autres », souligne le premier volet de l’enquête de Forbidden Stories. La répression post-électorale de 2024 a encore intensifié la violence, avec des enlèvements et des tentatives d’assassinats perpétrés dans l’impunité la plus totale.
Des journalistes pris pour cible dans un climat d’impunité
Les attaques contre les journalistes ne donnent lieu à aucune enquête sérieuse. « Les témoignages et les documents recueillis par Forbidden Stories semblent impliquer les forces de sécurité de l’État du Mozambique, notamment le Service d’enquêtes criminelles de la police (Sernic), l’Unité d’intervention rapide (UIR) et le Groupe des opérations spéciales (GOE) », révèle l’enquête. Aucune responsabilité n’est engagée, et les affaires restent non résolues.
Angela Quintal, directrice régionale Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dénonce cette situation : « Les attaques contre les journalistes ne sont pas prises en compte. Il n’y a aucune responsabilité et l’impunité est totale ». La liste des journalistes disparus ou assassinés continue de s’allonger, sans que justice soit rendue.
Arlindo Chissale, symbole d’une presse muselée
Parmi les cas les plus emblématiques figure celui d’Arlindo Chissale, journaliste mozambicain enlevé en janvier 2025. Connu pour ses enquêtes sur les abus des forces de sécurité, il dénonçait depuis des années un appareil répressif d’État. Aujourd’hui, son sort reste inconnu, tout comme celui de nombreux autres professionnels des médias réduits au silence.
Cette stratégie de terreur s’inscrit dans une politique plus large de marginalisation des régions riches en ressources. Les provinces du nord et du centre, où se concentrent les gisements de gaz et de minerais, sont particulièrement touchées par la répression. Les conflits armés et les exactions y ont provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes depuis 2017.
Le Mozambique reste donc un pays où la liberté de la presse et les droits humains sont systématiquement bafoués, dans un silence international qui permet à l’impunité de prospérer. Les prochains mois diront si la communauté internationale décide de s’emparer enfin de cette crise humanitaire et démocratique.
Selon l’enquête de Forbidden Stories, les forces de sécurité de l’État mozambicain, notamment le Sernic, l’Unité d’intervention rapide (UIR) et le Groupe des opérations spéciales (GOE), sont directement mises en cause dans les attaques contre les journalistes et les opposants politiques.
Depuis 2017, le conflit dans la province de Cabo Delgado a fait plus de 6 000 morts et entraîné le déplacement d’un million de personnes, selon les données recueillies par Forbidden Stories et les ONG locales.