Avec 93 adolescentes sur 1 000 âgées de 15 à 19 ans devenues mères en 2026, le Nicaragua affiche le taux de grossesses précoces le plus élevé d’Amérique centrale. Une situation alarmante, documentée par le média nicaraguayen en exil Divergentes et confirmée par les dernières données de la Banque mondiale, selon Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- 93 grossesses pour 1 000 adolescentes au Nicaragua, le taux le plus élevé d’Amérique centrale
- Le pays est suivi par le Honduras (81 grossesses pour 1 000), puis le Guatemala (68)
- Les facteurs aggravants incluent pauvreté, exclusion sociale et violences, selon l’Unicef et l’OPS
- Le régime Ortega-Murillo a fermé près de 5 000 organisations de la société civile entre 2018 et 2024
- La suppression des structures de prévention aggrave la crise, selon des défenseurs des droits des femmes
Ces chiffres placent le Nicaragua en tête d’un classement régional déjà préoccupant. À titre de comparaison, le Panama et le Salvador enregistrent chacun environ 50 grossesses pour 1 000 adolescentes, tandis que le Costa Rica affiche le taux le plus bas de la région. Autant dire que la situation nicaraguayenne reste exceptionnellement critique, côté santé publique et droits des jeunes.
Cette crise ne peut être dissociée du contexte politique du pays. Depuis plusieurs années, le Nicaragua est dirigé par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, dont le régime autoritaire contrôle l’ensemble des strates de la société et de la politique nicaraguayennes. Leur gouvernance, marquée par la répression des libertés et la restriction des espaces démocratiques, a profondément affaibli les mécanismes de protection des plus vulnérables.
Parmi les acteurs les plus touchés figurent les jeunes filles, dont les droits fondamentaux sont de plus en plus bafoués. Le gynécologue José Antonio Delgado Alvarado, titulaire d’une maîtrise en santé publique, a déclaré à Divergentes : « Cette situation reflète une détérioration profonde des politiques de prévention destinées aux enfants et aux adolescents. » Il a souligné que les violences faites aux jeunes filles, la pauvreté et l’exclusion sociale sont autant de facteurs qui alimentent ce phénomène.
« Cette situation reflète une détérioration profonde des politiques de prévention destinées aux enfants et aux adolescents. »
— José Antonio Delgado Alvarado, gynécologue et expert en santé publique
Les violences sexistes et les grossesses précoces sont donc intimement liées dans un cercle vicieux difficile à briser. Les organisations féministes, communautaires et de protection de l’enfance jouaient autrefois un rôle central dans la prévention, l’éducation sexuelle et le soutien aux adolescentes. Mais leur dissolution massive sous le régime Ortega-Murillo a aggravé la crise. Entre 2018 et 2024, près de 5 000 organisations de la société civile ont été fermées, dont plusieurs spécialisées dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
Les Nations unies et l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) ont récemment mis en lumière l’impact de ces fermetures. Dans un rapport conjoint, l’Unicef et l’OPS ont pointé du doigt l’affaiblissement des systèmes de protection et l’absence de mécanismes alternatifs pour accompagner les jeunes filles en situation de vulnérabilité. Sans structures locales capables d’intervenir, les adolescentes se retrouvent livrées à elles-mêmes, exposées à des risques accrus de grossesses non désirées et de violences.
Cette réalité est d’autant plus préoccupante que le Nicaragua, malgré sa petite taille, reste un pays où les inégalités sociales sont marquées. La pauvreté touche une part importante de la population, et les jeunes filles issues de milieux défavorisés sont les premières victimes de ce fléau. Leur accès à l’éducation, à la santé et à l’information est souvent limité, ce qui rend la prévention des grossesses précoces d’autant plus difficile.
Plusieurs défenseurs des droits des femmes, contactés par Divergentes, ont confirmé que la fermeture des organisations locales a laissé un vide que rien n’a comblé. « Ces structures étaient essentielles pour informer les jeunes filles sur leurs droits et leur santé reproductive », a expliqué l’une d’elles, sous couvert d’anonymat. « Leur disparition a plongé des milliers de familles dans une précarité encore plus grande. »
Pour les adolescentes nicaraguayennes, la route vers une meilleure protection reste longue. Leur avenir dépendra en grande partie de la capacité des acteurs internationaux à faire entendre leur voix et à exiger des réformes. En attendant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Nicaragua, déjà en tête du classement régional, pourrait bien voir sa situation se dégrader davantage dans les années à venir.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la pauvreté, l’exclusion sociale, les violences faites aux jeunes filles et l’affaiblissement des politiques de prévention. De plus, la fermeture massive d’organisations locales par le régime Ortega-Murillo a laissé un vide dans l’accompagnement des adolescentes, aggravant la crise.