Dans les Yvelines, les habitants de trois communes – Vernouillet, Triel-sur-Seine et Carrières-sous-Poissy – s’inquiètent depuis plusieurs années des conséquences sanitaires d’un chantier industriel situé à proximité de leurs domiciles. Selon Le Figaro, ces riverains imputent désormais des problèmes de santé graves, comme des asthmes, des pneumonies ou des nausées, à une plateforme de recyclage spécialisée dans la transformation de meubles en bois. Le site, exploité par l’entreprise Inoé, transforme ces matériaux en combustible, générant des émissions de poussière que les locaux associent à leur dégradation de leur état de santé.
Ce qu'il faut retenir
- Une plateforme de recyclage de meubles en bois, exploitée par Inoé, est au cœur des préoccupations des riverains dans les Yvelines.
- Les habitants de Vernouillet, Triel-sur-Seine et Carrières-sous-Poissy rapportent des problèmes de santé persistants, attribués aux émissions de poussière du chantier.
- En 2021, Élodie, jeune mère, emménage à Vernouillet avant de constater une dégradation de la santé de son enfant, scolarisé en crèche à proximité du site.
- Les autorités sanitaires locales n’ont pas encore établi de lien officiel entre les problèmes de santé et le chantier.
- L’entreprise Inoé, contactée par Le Figaro, n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Un chantier controversé au cœur des Yvelines
Installée à Vernouillet, une commune de 10 000 habitants, la plateforme de recyclage Inoé occupe un ancien terrain vague en bordure de zones résidentielles. Depuis son lancement, le site traite des meubles en bois pour en faire du combustible, une activité qui, selon les riverains, génère des nuages de poussière persistants. Dès 2021, Élodie, une habitante de la trentaine, remarque des odeurs pestilentielles qu’elle attribue initialement à des brûlements de pneus par des riverains. « Je pensais que c’était juste un terrain vague », explique-t-elle au Figaro.
Les choses s’aggravent en 2024, lorsque son fils, scolarisé en crèche située à quelques mètres du chantier, tombe malade à répétition. Les médecins consultés évoquent un système immunitaire en développement, sans établir de lien avec l’environnement. Pourtant, les symptômes persistent : toux chronique, infections ORL fréquentes, et même des nausées. « Ma pédiatre m’a rassurée en me disant que c’était normal pour un enfant en crèche, mais personne ne m’a parlé de la poussière », confie Élodie.
Des symptômes qui s’étendent au-delà des familles
Les témoignages recueillis par Le Figaro ne se limitent pas à Élodie. Plusieurs habitants de Vernouillet, Triel-sur-Seine et Carrières-sous-Poissy rapportent des problèmes similaires, évoquant une augmentation des cas d’asthme, de bronchites et de migraines depuis le début des activités du chantier. Certains attribuent ces troubles aux particules fines en suspension, visibles même à distance les jours de vent.
Parmi eux, une retraitée de 72 ans, domiciliée à moins de 500 mètres du site, affirme souffrir de troubles respiratoires depuis 2023. « Mon pneumologue ne comprend pas pourquoi mon état se dégrade aussi vite, alors que je n’ai jamais fumé », déclare-t-elle. « Même après des examens poussés, mon état reste un mystère pour les médecins. »
Des autorités en attente de preuves
Contactées par Le Figaro, les autorités locales et sanitaires n’ont pas encore établi de lien formel entre les problèmes de santé signalés et le chantier. La mairie de Vernouillet, interrogée, renvoie vers l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, qui n’a pas encore communiqué sur le sujet. « Aucune étude épidémiologique n’a été menée à ce jour pour confirmer ou infirmer ces signalements », précise un porte-parole de l’ARS.
Du côté de l’entreprise Inoé, aucune réaction officielle n’a été enregistrée malgré plusieurs demandes d’interviews. Le chantier, pourtant soumis à des normes environnementales strictes, continue ses activités sans modification apparente de ses procédés. Les riverains dénoncent un manque de transparence et réclament des mesures urgentes pour limiter les émissions de poussière.
Un contexte réglementaire flou
La plateforme Inoé est autorisée par la préfecture des Yvelines, sous le contrôle de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). Cependant, les normes en vigueur ne prévoient pas de seuil spécifique pour les particules issues du broyage de meubles en bois, contrairement à d’autres types de poussières industrielles. « Les réglementations actuelles concernent surtout les poussières minérales ou métalliques, mais pas les résidus organiques comme ceux issus du bois traité », explique un expert en environnement contacté par Le Figaro.
Cette absence de cadre précis aggrave l’inquiétude des riverains, qui craignent que les contrôles ne soient pas adaptés aux risques réels. « On nous dit que tout est dans les clous, mais comment expliquer alors la dégradation de notre santé ? », s’interroge Élodie.
Sans réponse rapide des autorités ou de l’entreprise, l’incertitude persiste pour les habitants, pris entre la crainte de nouveaux problèmes de santé et le besoin de preuves tangibles pour faire entendre leur voix.
Inoé est une entreprise spécialisée dans la « valorisation de biomasse », c’est-à-dire la transformation de déchets en combustible. À Vernouillet, elle broie des meubles en bois pour produire des granulés ou des plaquettes destinées à des chaufferies. Les riverains accusent ses activités de générer des nuages de poussière nocifs, bien que l’entreprise assure respecter les normes environnementales en vigueur.
À ce jour, aucune mesure corrective n’a été annoncée officiellement. La mairie de Vernouillet renvoie vers l’ARS et la DREAL, qui n’ont pas communiqué de restrictions ou de contrôles renforcés. Une réunion publique est prévue le 25 juin 2026 pour évoquer le sujet avec les parties prenantes.