L’Olympique Lyonnais a publié ce mardi 12 mai 2026 un communiqué détaillé mettant en lumière les anomalies financières liées à l’ère John Textor, ancien propriétaire du club. Selon RMC Sport, les dirigeants actuels, menés par Michele Kang, dévoilent des flux financiers opaques, des cautions non tracées et des engagements douteux qui pourraient bien mener devant les tribunaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Un joueur à 40 millions d’euros n’a jamais joué pour l’OL : l’avant-centre brésilien Igor Jesus, recruté pour plus de 40 millions d’euros, n’a jamais foulé le centre d’entraînement de Décines.
  • Des cautions accordées à des clubs de la galaxie Eagle : l’OL s’est porté garant à trois reprises pour des transferts impliquant Botafogo et Molenbeek, entre août 2023 et avril 2025.
  • Une dette globale dépassant 600 millions d’euros, dont une partie portée par le prêteur Ares, et des créances impayées de 126,2 millions d’euros dues par Botafogo.
  • L’OL conteste la validité des engagements et annonce des « mesures nécessaires » pour défendre ses intérêts, évoquant une possible procédure judiciaire.
  • Un audit finalisé, dont les conclusions seront rendues publiques dans les prochains jours par les commissaires aux comptes.

Un héritage financier toxique

Depuis la prise de fonction de Michele Kang en juin 2025, l’OL tente de démêler l’écheveau financier laissé par John Textor. Selon RMC Sport, les nouvelles directions ont découvert des pratiques comptables pour le moins discutables, qualifiées par un professionnel de « dingueries financières ». Entre flux non tracés, multipropriétés opaques et cautions accordées sans garantie, les dirigeants actuels décrivent un système où « il y a un cadavre dans chaque placard », pour reprendre une expression attribuée à un proche du club.

Parmi les révélations les plus frappantes, celle concernant Igor Jesus, recruté pour plus de 40 millions d’euros — le transfert le plus onéreux de l’histoire du club. Pourtant, l’avant-centre brésilien n’a jamais intégré l’effectif lyonnais et évolue désormais à Nottingham Forest. Autre exemple : les droits économiques du Brésilien Luis Henrique, transféré en janvier 2025 de Botafogo au Zénith Saint-Pétersbourg, ont été crédités sur les comptes de l’OL, bien que le joueur n’ait jamais porté le maillot lyonnais.

Des cautions controversées et des dettes impayées

Le communiqué publié ce mardi par l’OL précise que des tiers se prévalaient de garanties consenties par le club pour couvrir des obligations prises par Botafogo et Molenbeek, deux clubs appartenant à la galaxie Eagle, l’entité contrôlée par Textor. Concrètement, l’OL s’est porté caution à trois reprises entre août 2023 et avril 2025 pour des transferts de joueurs, sans que ces engagements ne soient toujours justifiés. « Le groupe conteste la validité de ces engagements et prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts », indique le document.

Parmi les dettes les plus lourdes figure celle de Botafogo, qui doit 126,2 millions d’euros à l’OL. Un montant qui pourrait servir de base à des négociations, voire à des actions en justice. Pourtant, John Textor, écarté de la direction de Botafogo le 23 avril 2026, avait menacé de poursuivre l’OL devant la justice brésilienne pour ces impayés. Mais selon le communiqué, « aucune notification n’a été reçue par le groupe à ce sujet ». Une menace restée sans suite, pour l’instant.

Un audit en cours et une restructuration urgente

Les travaux d’audit, finalisés ces dernières semaines, ont permis de mettre au jour une comptabilité « à géométrie variable » utilisée par Textor jusqu’au 30 juin 2025. Les commissaires aux comptes devraient rendre leur rapport dans les prochains jours, précisant l’ampleur des dégâts. « Le groupe négocie avec ses créanciers en vue d’assainir sa structure financière », détaille le communiqué, ajoutant que cette finalisation est attendue « pour la fin de la saison en vue des échéances avec la DNCG et l’UEFA ».

Une phrase qui rappelle l’urgence de la situation : « Ces éléments font apparaître une incertitude significative quant à la continuité d’exploitation, laquelle repose sur l’arrivée d’un nouvel actionnaire. » En clair, le temps presse pour solder définitivement l’ère Textor et éviter une nouvelle crise financière. D’autant que la dette générale du club s’élève à plus de 600 millions d’euros, selon les estimations.

« La nouvelle équipe dirigeante a répondu présent avec une réactivité et une détermination qui forcent le respect. La réduction de la masse salariale opérée en une saison est sans précédent dans l’histoire du foot moderne. C’est un effort considérable et nous le reconnaissons pleinement. »
Jean-Marc Mickeler, président de la DNCG

L’ombre de l’abus de biens sociaux plane

Les dirigeants actuels de l’OL envisagent désormais des actions en justice contre John Textor. Un juriste proche du dossier évoque la possibilité de poursuites pour abus de biens sociaux (ABS), un délit qui consiste pour un dirigeant à utiliser les biens ou les pouvoirs de sa société à des fins personnelles ou au profit d’une autre entité dans laquelle il a des intérêts. « L’ABS se caractérise par le fait qu’un dirigeant effectue, en pleine conscience, un usage abusif des biens, des pouvoirs, du crédit ou des voix de sa propre société, au détriment de l’intérêt général de l’entreprise », rappelle le juriste cité par RMC Sport.

Cette perspective judiciaire intervient alors que Michele Kang, arrivée fin 2022 pour épauler Textor dans le rachat du club, dénonce des flux financiers non déclarés et des engagements opaques. « Tout colle à la définition des textes », souligne le juriste, laissant entendre que les preuves pourraient être suffisantes pour engager des poursuites.

Et maintenant ?

La publication de ce communiqué marque une étape supplémentaire dans la bataille juridique opposant l’OL à John Textor. Si les dirigeants actuels ont longtemps gardé le silence face aux provocations médiatiques de l’Américain, leur stratégie semble désormais de passer à l’offensive. La finalisation de l’audit et la publication du rapport des commissaires aux comptes, attendus dans les prochains jours, pourraient fournir des éléments concrets pour étayer d’éventuelles poursuites.

Par ailleurs, l’OL doit finaliser sa restructuration financière d’ici la fin de la saison pour répondre aux exigences de la DNCG et de l’UEFA. L’arrivée d’un nouvel actionnaire ou d’un partenaire financier reste cruciale pour assurer la pérennité du club, alors que la continuité d’exploitation est menacée par l’héritage de Textor.

Quant à John Textor, écarté de la gestion de Botafogo en avril 2026 et remplacé par un administrateur (Cork Gully), son avenir dans le football français semble de plus en plus compromis. Reste à savoir si les menaces de procès qu’il brandit depuis des mois se concrétiseront, ou si elles ne resteront que des déclarations sans lendemain.

L’Olympique Lyonnais a choisi de rendre public ces informations pour deux raisons principales : d’abord, en tant que société cotée en bourse, le club est tenu de signaler toute dérive financière. Ensuite, les dirigeants actuels souhaitent probablement exercer une pression sur John Textor et ses anciens partenaires, tout en informant les actionnaires et les instances de régulation (DNCG, UEFA) de l’ampleur des anomalies. La médiatisation de ces éléments pourrait aussi servir de base à d’éventuelles actions en justice.

Plusieurs dates clés sont à surveiller dans les prochaines semaines. D’abord, la finalisation de l’audit financier, dont le rapport des commissaires aux comptes est attendu « dans les prochains jours ». Ensuite, la fin de la saison sportive, où l’OL devra impérativement finaliser sa restructuration financière pour répondre aux exigences de la DNCG et de l’UEFA. Enfin, l’OL est engagé dans la course à la troisième place en Ligue 1, une performance qui pourrait attirer de nouveaux investisseurs.