En novembre 1939, alors que la guerre civile espagnole vient de s’achever, les nationalistes célèbrent leur victoire dans une Espagne encore sous le choc de la répression, comme le rapporte Le Monde. C’est dans ce contexte historique précis que l’écrivain espagnol Paco Cerda situe l’intrigue de son dernier roman, « Présents », publié en 2025. L’auteur y dépeint la procession funèbre organisée en l’honneur de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange espagnole, dont le cortège illustre la volonté des nouveaux dirigeants de marquer symboliquement leur emprise sur le pays.
Ce qu'il faut retenir
- En novembre 1939, les nationalistes espagnols organisent une procession funèbre en l’honneur de José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, pour célébrer leur victoire.
- Cette cérémonie s’inscrit dans un contexte de répression massive contre les opposants au régime franquiste, alors à ses débuts.
- Le roman « Présents » de Paco Cerda s’inspire de cet événement historique pour explorer les mécanismes du pouvoir sous le franquisme.
- L’écrivain espagnol revisite une période sombre de l’histoire espagnole, où la mort et la propagande servaient les intérêts d’un régime autoritaire.
Un roman ancré dans l’histoire espagnole
« Présents » s’ouvre sur une scène forte : le 20 novembre 1939, soit seulement quelques mois après la fin officielle de la guerre civile, les autorités franquistes organisent une procession solennelle à Madrid. Le corps de José Antonio Primo de Rivera, fusillé en 1936 par les républicains, est exhumé et exposé publiquement. Ce défilé funèbre, orchestré avec une mise en scène théâtrale, vise à ancrer dans les mémoires l’image d’une victoire incontestable, comme le souligne Paco Cerda dans une interview accordée à Le Monde.
Le roman s’appuie sur des archives historiques et des témoignages de l’époque pour restituer l’atmosphère de terreur qui régnait alors. « On ne peut comprendre l’Espagne de l’après-guerre sans saisir l’impact de cette propagande macabre », explique l’auteur. Les descriptions de Cerda mettent en lumière la manière dont la mort de Primo de Rivera a été instrumentalisée pour légitimer le régime naissant. Autant dire que cette cérémonie n’était pas seulement un hommage, mais un outil de contrôle social et politique.
La répression, toile de fond du récit
Le récit de Cerda ne se limite pas à la description de cette procession. Il plonge le lecteur dans les rouages d’une Espagne où la peur et la violence structurent le quotidien. Selon les estimations historiques, entre 100 000 et 200 000 personnes ont été exécutées ou emprisonnées dans les années suivant la fin de la guerre civile, un chiffre qui donne la mesure de l’ampleur des purges franquistes. « La mort n’était pas seulement une conséquence de la guerre, elle était un outil de gouvernement », précise l’écrivain.
Dans « Présents », les personnages principaux, inspirés de figures réelles, évoluent dans ce monde où chaque acte peut être interprété comme une trahison. L’auteur mêle fiction et réalité pour montrer comment le régime franquiste a utilisé la peur comme moyen de gouvernement. « Le franquisme ne se résume pas à une idéologie, c’est aussi une machine à broyer les individus », rappelle Cerda. Ce roman offre ainsi une plongée dans les mécanismes psychologiques et politiques d’un régime en construction, où la mort rôde à chaque coin de rue.
Un roman qui questionne la mémoire historique
Avec « Présents », Paco Cerda s’inscrit dans une lignée d’auteurs espagnols qui, depuis la fin du franquisme, revisitent cette période sombre pour en éclairer les zones d’ombre. Contrairement à d’autres œuvres centrées sur la guerre civile elle-même, Cerda choisit de s’attarder sur l’immédiat après-guerre, une époque où le régime consolidait son pouvoir. « Il y a une forme d’oubli autour de ces années, comme si la victoire franquiste avait effacé tout le reste », souligne-t-il.
Le roman a été salué par la critique pour sa rigueur historique et son style dépouillé, qui évite tout manichéisme. Les lecteurs découvrent ainsi une Espagne où les rôles de bourreaux et de victimes ne sont pas toujours clairement définis. « Ce n’est pas un livre sur le bien contre le mal, mais sur les choix impossibles dans un système conçu pour broyer les hommes », explique Cerda. Une approche qui invite à une réflexion plus large sur les mécanismes de la violence d’État et ses conséquences durables.
En France, où l’œuvre de Paco Cerda commence à être traduite, « Présents » pourrait contribuer à nourrir les débats sur la mémoire des régimes autoritaires en Europe. Si l’Espagne a choisi de tourner la page, l’histoire reste un sujet sensible, comme en témoignent les polémiques récurrentes autour des exhumations de fosses communes ou des symboles franquistes encore visibles dans l’espace public.
José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange espagnole en 1933, a été exécuté par les républicains en 1936. Son martyre a été instrumentalisé par Franco pour légitimer son régime, bien que Primo de Rivera ait été en désaccord avec le général sur certains aspects politiques. Son héritage idéologique, mêlant nationalisme, traditionalisme et autoritarisme, a servi de base au franquisme, ce qui explique son culte posthume.