Une attaque à l’acide visant une femme médecin dans le sud-ouest du Pakistan a provoqué cette semaine des grèves et des manifestations massives, selon RFI. L’incident, survenu dans la province du Balouchistan, a plongé le secteur médical dans l’émotion et relancé les revendications pour une meilleure sécurité des professionnelles de santé, notamment des femmes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une attaque à l’acide a visé une médecin dans le district de Gwadar, au Balouchistan, le 5 juin 2026.
  • L’incident a déclenché des grèves et manifestations dans plusieurs villes de la province, dont Quetta, la capitale régionale.
  • Les professionnels de santé, majoritairement des femmes, exigent des mesures renforcées de sécurité sur leur lieu de travail.
  • Les associations médicales locales appellent à une enquête transparente et à la condamnation ferme des auteurs de l’attaque.

Une attaque ciblée dans une région instable

Le 5 juin 2026, une femme médecin a été victime d’une agression à l’acide dans le district de Gwadar, une zone stratégique du Balouchistan, province du sud-ouest pakistanais. Selon les premiers éléments rapportés par RFI, l’attaque aurait été perpétrée à proximité d’un établissement hospitalier où la victime exerçait. Les circonstances exactes de l’agression restent floues, mais les autorités locales ont ouvert une enquête pour identifier les responsables.

Cette région, déjà marquée par des tensions sécuritaires et des conflits politiques, voit rarement ce type d’attaques ciblées contre des professionnels de santé. Pourtant, l’incident a immédiatement suscité une réaction en chaîne au sein de la communauté médicale, où les femmes sont particulièrement exposées aux violences.

Grèves et manifestations : la colère des professionnels de santé

Dès l’annonce de l’attaque, les associations de médecins et les syndicats de santé ont appelé à la grève dans plusieurs villes du Balouchistan, dont Quetta, la capitale provinciale. Les hôpitaux publics et privés ont été paralysés, avec des rassemblements organisés devant les principaux centres médicaux. Les manifestants ont brandi des pancartes exigeant « justice pour nos sœurs » et « sécurité pour les femmes médecins ».

Les revendications portent notamment sur le renforcement des mesures de protection dans les hôpitaux et les trajets domicile-travail, souvent perçus comme des points noirs pour la sécurité des professionnelles. « Les femmes médecins doivent pouvoir exercer leur métier sans craindre pour leur vie », a déclaré Dr. Fatima Ali, porte-parole de l’Association des femmes médecins du Balouchistan, lors d’une conférence de presse improvisée à Quetta.

Un secteur médical en première ligne

Le Balouchistan, déjà confronté à des défis structurels majeurs — pénuries de personnel soignant, infrastructures vétustes, violences sporadiques —, voit la sécurité de ses professionnels de santé se dégrader. Les attaques contre le personnel médical, bien que rares, ne sont pas inédites dans le pays. En 2023, plusieurs infirmières avaient été prises pour cible dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, illustrant la vulnérabilité des femmes travaillant dans ce secteur.

Les autorités provinciales ont promis une réponse rapide. Le ministre provincial de la Santé, Mohammad Tahir Shah, a annoncé la création d’une cellule spéciale chargée de superviser les enquêtes et de proposer des solutions durables. « Nous ne tolérerons aucune violence contre ceux qui soignent notre population », a-t-il affirmé, sans préciser de mesures concrètes pour l’heure.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient inclure une réunion d’urgence entre les représentants du ministère de la Santé, les associations médicales et les forces de l’ordre, prévue pour le 15 juin 2026. Les autorités ont également évoqué la possibilité de déployer des escortes pour les femmes médecins travaillant de nuit ou dans des zones isolées. Reste à voir si ces annonces suffiront à apaiser les tensions, alors que les appels à une réforme en profondeur du système de sécurité persistent.

Un enjeu national qui dépasse le cadre provincial

Cette affaire met en lumière une problématique plus large au Pakistan : la précarité des femmes dans l’exercice de professions traditionnellement dominées par les hommes. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publié en 2024, près de 40 % des femmes médecins pakistanaises déclarent avoir été victimes de harcèlement ou de menaces au cours de leur carrière. L’attaque de Gwadar risque donc de raviver le débat sur la nécessité de lois protectrices et de mécanismes de signalement efficaces.

Pour l’instant, les autorités locales et nationales semblent déterminées à éviter une répétition de tels drames. Mais la question reste entière : dans un pays où les violences faites aux femmes restent un fléau persistant, comment garantir la sécurité de celles qui sauvent des vies ?