Deux foyers épidémiques récents – un foyer d’hantavirus à bord du paquebot HV Hondius et une flambée meurtrière d’Ebola en Afrique centrale – rappellent que la menace pandémique reste d’actualité, trois ans après la crise du Covid-19. Pourtant, les négociations pour un traité mondial destiné à renforcer la préparation et la réponse aux épidémies patinent, selon BMF - International.

Ce qu'il faut retenir

  • Un foyer d’hantavirus sur un paquebot et une épidémie d’Ebola en Afrique centrale ont rappelé en mai 2026 la persistance des risques pandémiques.
  • L’accord mondial sur les pandémies, adopté en 2025, est bloqué en raison de désaccords sur l’annexe 12, qui prévoit un partage des échantillons et des ressources sanitaires.
  • Le mécanisme PABS, au cœur des tensions, impose aux laboratoires de réserver 20 % de leur production à l’OMS en cas de pandémie, dont 10 % à titre gratuit.
  • Les inégalités d’accès aux vaccins et traitements, déjà criantes lors du Covid-19, restent un point de blocage majeur entre pays riches et pays à revenus limités.
  • Les États-Unis, principaux contributeurs financiers de l’OMS, ont quitté l’organisation en 2025, affaiblissant encore sa capacité d’action.

L’OMS sonne l’alarme alors que les foyers épidémiques se multiplient

En ce mois de mai 2026, deux événements sanitaires ont rappelé au monde sa vulnérabilité face aux épidémies. D’abord, un foyer d’hantavirus a été détecté à bord du paquebot HV Hondius, contraignant les autorités à mettre en quarantaine le navire. Ensuite, une flambée meurtrière d’Ebola a éclaté en Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo, où la maladie a déjà fait des centaines de victimes. Ces épisodes surviennent alors que se tenait, du 18 au 23 mai à Genève, l’Assemblée mondiale de la santé, l’instance annuelle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon BMF - International, ces événements ont mis en lumière l’urgence d’adopter un traité international pour mieux prévenir et riposter aux pandémies. Pourtant, les négociations, lancées après la crise du Covid-19 en 2020, restent dans l’impasse. Le texte, adopté en principe en mai 2025, ne peut toujours pas être ratifié en raison de désaccords persistants sur son annexe 12, consacrée au système PABS.

Le système PABS, cœur des tensions entre pays riches et pauvres

Le mécanisme PABS (Pathogen Access and Benefit-Sharing) est au centre des négociations. Il prévoit que les laboratoires volontaires, en cas de pandémie, réservent 20 % de leur production en temps réel de vaccins, traitements et outils de dépistage à l’OMS. Parmi ces 20 %, 10 % doivent être fournis à titre gratuit, tandis que le reste doit être accessible à un prix abordable. L’objectif ? Éviter que ne se reproduisent les inégalités observées lors du Covid-19, lorsque les pays riches avaient massivement sécurisé les doses de vaccins, laissant les pays pauvres sans accès pendant des mois.

« L’inégalité d’accès aux produits de santé est antérieure à la crise du Covid, mais c’est à ce moment-là que l’on s’est rendu compte de son indécence », explique Stéphanie Tchiombiano, chercheuse en science politique interrogée par BMF - International. Les commandes massives des pays occidentaux avaient alors dépassé leurs besoins réels, tandis que des milliards de doses étaient envoyées tardivement vers les pays à faibles revenus, parfois périmées ou inadaptées aux conditions locales.

Médecins Sans Frontières dénonce l’absence de mécanismes contraignants

Face à ces blocages, Médecins Sans Frontières (MSF) a critiqué l’absence de progrès concrets. « Les mesures basées sur le volontariat ne fonctionnent pas, il faut des textes contraignants », souligne Olena Zarytska, chargée de plaidoyer au sein de l’ONG. Elle cite l’exemple d’Ebola en 2014-2015, lorsque des laboratoires avaient utilisé des échantillons prélevés sur des patients soignés dans des centres MSF, sans que ces derniers n’aient accès aux traitements développés ensuite.

Les pays à revenus limités, soutenus par des États comme l’Inde ou la Chine, réclament un accès équitable permanent aux vaccins et traitements, et non seulement en cas de pandémie. Ils exigent également des contributions financières des laboratoires pharmaceutiques participant au système PABS. « Les dirigeants de ces États se sont organisés pour porter une parole collective et dire que les choses ne pouvaient plus se passer ainsi », ajoute Stéphanie Tchiombiano.

Les États-Unis, premiers contributeurs de l’OMS, ont quitté l’organisation en 2025

Le désengagement des États-Unis, principal contributeur financier de l’OMS avec 1,3 milliard de dollars annuels, a encore compliqué la situation. Sous l’administration Trump, le pays a quitté l’organisation début 2025, invoquant des dysfonctionnements présumés. Ce retrait a privé l’OMS de ressources essentielles. « Bien que l’augmentation des contributions des autres États ait amorti l’impact, ce n’était pas suffisant. Nous avons dû réduire nos programmes et licencier un grand nombre d’employés », a reconnu le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors de l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la santé.

Pire encore, les États-Unis ont multiplié les accords bilatéraux avec des pays africains, conditionnant l’aide sanitaire à des contreparties, comme l’accès à des ressources minières. Parallèlement, Washington a critiqué l’OMS pour sa lenteur à identifier l’épidémie d’Ebola, alors même que l’administration Trump avait affaibli la réponse sanitaire en supprimant l’Usaid, l’agence fédérale d’aide humanitaire.

« Il ne faudrait surtout pas se dire que, du fait du départ des États-Unis et de l’Argentine, les instruments dont on dispose ne sont plus universels. Le règlement sanitaire international reste un bien commun, et ces deux pays en bénéficient encore », rappelle Stéphanie Tchiombiano.

Et maintenant ?

Les négociations sur l’annexe 12 du traité pandémique doivent reprendre dans les prochaines semaines sous l’égide d’un groupe de travail mandaté par l’OMS. Un accord pourrait être trouvé d’ici mai 2027, lors de la prochaine Assemblée mondiale de la santé, mais les observateurs restent prudents. En attendant, les États membres sont appelés à mettre en œuvre des mesures concrètes, comme l’ouverture des essais cliniques aux communautés à risque ou une répartition plus équitable des ressources existantes.

La crise du Covid-19 avait révélé les failles de la coopération internationale. Trois ans plus tard, le monde reste « largement mal préparé » face à une nouvelle menace pandémique, comme l’a souligné Helen Clark, co-présidente du groupe d’experts indépendants pour la préparation et la réponse aux pandémies. Sans accord contraignant, l’OMS risque de se retrouver impuissante en cas de scénario noir.

Les inégalités sanitaires, un défi persistant

Les tensions autour du système PABS illustrent un enjeu plus large : la nécessité de repenser l’accès aux soins à l’échelle mondiale. Les pays riches, qui abritent la majorité des laboratoires pharmaceutiques, sont accusés de privilégier leurs intérêts au détriment des pays pauvres. Pourtant, comme le rappelle Stéphanie Tchiombiano, « les dirigeants des pays en développement ont su s’unir pour porter une voix collective sur la scène internationale ».

Alors que l’Assemblée mondiale de la santé s’est conclue sans percée majeure, la question reste entière : le monde parviendra-t-il à tirer les leçons de la crise du Covid-19 avant qu’une nouvelle pandémie ne frappe ? Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour éviter que l’histoire ne se répète.

Le système PABS (Pathogen Access and Benefit-Sharing) est un mécanisme prévu dans l’accord mondial sur les pandémies. Il impose aux laboratoires volontaires de réserver 20 % de leur production en temps réel de vaccins, traitements et outils de dépistage à l’OMS en cas de pandémie. Parmi ces 20 %, 10 % doivent être fournis gratuitement, et le reste à un prix abordable, afin de garantir un accès équitable aux ressources sanitaires.

Les négociations sont bloquées en raison de désaccords sur l’annexe 12 du traité, qui définit les règles du système PABS. Les pays à revenus limités réclament un accès permanent et équitable aux vaccins et traitements, ainsi que des contributions financières des laboratoires pharmaceutiques. Les pays riches, où sont situés la plupart des laboratoires, s’opposent à ces exigences, craignant de perdre le contrôle sur leurs brevets et leurs productions.