Les peuples autochtones, souvent décrits comme les « grands gardiens de la nature » et des « bibliothèques vivantes de la biodiversité », jouent un rôle central dans la lutte contre le changement climatique. Pourtant, malgré leur expertise reconnue, ces communautés peinent à obtenir les financements nécessaires pour protéger leurs terres et leurs modes de vie, comme le souligne António Guterres, secrétaire général de l’ONU, lors de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones le 20 avril 2026. « Leur sagesse offre des solutions dont le monde a urgemment besoin », a-t-il déclaré.

Ce qu'il faut retenir

  • Moins de 1 % des financements mondiaux destinés à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique ont été alloués aux peuples autochtones entre 2011 et 2020, selon le média Grist.
  • Le Fonds vert pour le climat (GCF) a annoncé un budget de 20 milliards de dollars en mars 2026, mais aucune organisation autochtone n’a encore été validée pour en bénéficier.
  • En Équateur, les autorités ont lancé des projets de fracturation hydraulique en Amazonie sans consulter les populations amérindiennes, dénonçant une « exploitation pétrolière encouragée ».
  • Au Canada, le gouvernement a doublé l’enveloppe du programme de garantie de prêts pour les Autochtones, passant de 4 à 10 milliards de dollars canadiens, mais les opposants critiquent une « stratégie d’acceptabilité sociale ».
  • L’activiste brésilien Ailton Krenak, premier représentant autochtone à l’Académie brésilienne des lettres, plaide pour un « devenir-forêt de la ville » via son concept de « florescidade ».

Des financements climatiques toujours inaccessibles aux peuples autochtones

Les communautés autochtones sont en première ligne face à la montée des eaux et aux violences sur leurs terres ancestrales, mais l’accès aux fonds climatiques leur reste quasi inaccessible. Entre 2011 et 2020, elles n’ont reçu que moins de 1 % des financements mondiaux dédiés à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique, rapporte Grist. Joan Carling, membre de la communauté kankanai (Igorot) aux Philippines, souligne que la demande d’accès direct à ces fonds « est une question de droit ».

Le Fonds vert pour le climat (GCF), doté de 20 milliards de dollars en mars 2026, a approuvé 354 projets dans les pays en développement. Pourtant, selon Helen Magata, de la communauté kadaclan (Igorot), « pas une organisation représentant les peuples autochtones n’a été validée » par cet organisme né de l’accord de Paris. Le Global Environment Facility, autre fonds climatique, n’a alloué que 50 millions de dollars aux peuples autochtones sur les 27 milliards débloqués depuis trente ans.

Au Canada, tensions autour des oléoducs et des garanties financières

Au Canada, où les Autochtones jouent un rôle clé face à l’extractivisme, les tensions persistent. En 2018, un projet d’oléoduc avait été annulé par la justice, faute de consultations suffisantes avec les communautés locales. En janvier 2026, le gouvernement canadien a relancé un nouveau projet d’oléoduc pour acheminer les sables bitumineux de l’Alberta vers la Colombie-Britannique. Pourtant, « aucun promoteur du secteur privé n’a encore levé la main pour participer », constate La Presse le 13 mai 2026. Ottawa a doublé l’enveloppe du programme de garantie de prêts pour les Autochtones, passant de 4 à 10 milliards de dollars canadiens, une mesure qualifiée d’« achat d’acceptabilité sociale » par l’opposition.

En Équateur, fracturation hydraulique en Amazonie sans consultation

En Équateur, les autorités ont franchi une nouvelle étape dans l’exploitation pétrolière en recourant, le 29 avril 2026, à la fracturation hydraulique dans la province amazonienne de Sucumbíos. Une décision prise « sans le consentement des Amérindiens », dénonce Marcelo Mayancha, président du peuple shiwiar. « Pendant que le monde parle de transition énergétique, le gouvernement équatorien encourage l’exploitation pétrolière en Amazonie », résume-t-il. Cette absence de dialogue contraste avec les engagements internationaux en matière de droits autochtones et de lutte contre le changement climatique.

Un activisme autochtone porteur de solutions radicales

Face à ces blocages, certains représentants autochtones prônent des solutions radicales pour repenser le rapport à la nature. Ailton Krenak, 72 ans, figure emblématique du Brésil, s’est fait connaître en 1987 en se couvrant de jenipapo devant l’Assemblée constituante pour symboliser la souffrance des peuples autochtones sur les terres brésiliennes. Son action avait contribué à l’inscription des droits des Amérindiens dans la Constitution brésilienne. Aujourd’hui, il milite pour un « devenir-forêt de la ville », un concept qu’il nomme « florescidade » (contraction de « forêt » et « cité » en portugais).

« Si nous prétendons avoir le courage de changer, pourquoi ne le faisons-nous pas ? » a-t-il déclaré au Guardian. Pour lui, discuter de transition énergétique « n’est qu’une négociation cynique » qui maintient le statu quo.

Un rôle crucial ignoré par les institutions

Le contraste entre la reconnaissance internationale du rôle des peuples autochtones et leur exclusion des financements climatiques illustre une injustice persistante. Selon António Guterres, leur « sagesse offre des solutions dont le monde a urgemment besoin ». Pourtant, les fonds alloués restent dérisoires et soumis à des critères d’accès stricts, excluant souvent les organisations autochtones. « La demande d’accès direct au financement est une question de droit », rappelle Joan Carling, soulignant que ces communautés sont en première ligne face aux conséquences du changement climatique.

Et maintenant ?

La prochaine étape pourrait être l’assouplissement des critères d’accès aux fonds climatiques pour les peuples autochtones, avec une échéance à surveiller lors de la COP30 prévue en novembre 2026. Les projets d’oléoducs au Canada et de fracturation en Équateur devraient également faire l’objet de mobilisations citoyennes et de recours juridiques dans les mois à venir. Reste à voir si les États et les institutions financières prendront enfin la mesure de l’urgence à intégrer ces communautés dans les décisions climatiques.

En attendant, la question reste entière : comment concilier transition énergétique et respect des droits autochtones, alors que les financements se font toujours attendre ? La réponse dépendra en grande partie de la pression exercée par les communautés locales et de la volonté politique des gouvernements et des bailleurs de fonds.

Les peuples autochtones gèrent environ 80 % de la biodiversité mondiale sur leurs terres, selon l’ONU. Leur connaissance des écosystèmes et leurs pratiques durables en font des acteurs indispensables pour préserver la biodiversité et atténuer les effets du changement climatique. Leur exclusion des financements climatiques est donc perçue comme une perte pour l’ensemble de la planète.

Les critères d’accès aux fonds sont souvent trop stricts pour les petites organisations autochtones, et les processus administratifs complexes excluent les communautés les plus vulnérables. De plus, les fonds sont généralement fléchés vers les États, qui ne redistribuent pas toujours ces ressources de manière équitable aux peuples autochtones.