Depuis plusieurs jours, le nord de Port-au-Prince, capitale d’Haïti, est secoué par une intensification des affrontements entre groupes armés rivaux. Selon Le Monde, ces violences ont déjà contraint plus de 5 000 personnes à quitter leur domicile, tandis que des infrastructures médicales essentielles ont dû suspendre leurs activités en urgence.

Les combats, qui persistent depuis mercredi, ont notamment visé des établissements de santé. Un centre hospitalier public ainsi qu’un hôpital géré par Médecins sans frontières ont été contraints à l’évacuation de leur personnel et à la fermeture temporaire de leurs portes, privant ainsi des milliers de patients d’accès aux soins.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 5 000 personnes déplacées en raison des violences à Port-au-Prince.
  • Un centre hospitalier public et un hôpital de Médecins sans frontières ont suspendu leurs activités et évacué leur personnel.
  • Les affrontements entre gangs se concentrent dans les quartiers nord de la capitale haïtienne depuis plusieurs jours.

Port-au-Prince sous tension : des quartiers entiers paralysés par les combats

Les violences, qui ont débuté il y a une semaine, se sont étendues dans plusieurs quartiers du nord de la capitale, transformant ces zones en véritables zones de non-droit. Les habitants, pris au piège entre les tirs croisés et les barricades érigées par les gangs, n’ont d’autre choix que de fuir ou de se confiner chez eux. « Les rues sont devenues impraticables, et les rares commerces encore ouverts le font sous la menace », a expliqué un résident de Cité Soleil, cité par Le Monde.

Les forces de sécurité haïtiennes, déjà en sous-effectif et mal équipées, peinent à rétablir l’ordre. Les gangs, souvent mieux armés et organisés, profitent de cette faiblesse institutionnelle pour étendre leur emprise territoriale. Selon des observateurs locaux, ces affrontements s’inscrivent dans une stratégie plus large de contrôle des axes stratégiques de la ville, notamment ceux menant aux ports et aux dépôts de carburant.

Des infrastructures vitales mises à l’arrêt

Parmi les établissements touchés, l’hôpital de Médecins sans frontières à Martissant, un quartier particulièrement exposé aux violences, a dû évacuer son personnel médical et suspendre les soins non urgents. « La sécurité de nos équipes et de nos patients est notre priorité absolue », a déclaré un porte-parole de l’ONG, ajoutant que les activités pourraient reprendre « dès que la situation le permettra ».

De son côté, le centre hospitalier public de la Croix-des-Bouquets, situé à proximité des zones de combat, a fermé ses portes après avoir subi des tirs à proximité. Les patients en soins critiques ont été transférés vers d’autres structures, mais l’accès aux médicaments et aux soins de routine reste compromis pour des milliers de personnes.

Un contexte humanitaire déjà fragile aggravé par la crise

Haïti traverse une crise politique, sécuritaire et économique sans précédent, aggravée par l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 et l’absence de gouvernement stable. Les gangs, qui contrôlent une grande partie de la capitale, profitent de ce vide pour étendre leur influence, kidnappings et extorsions devenant monnaie courante. Selon les Nations unies, plus de 200 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis le début de l’année 2026.

La situation humanitaire se dégrade rapidement. Les Nations unies et plusieurs ONG ont lancé des appels à l’aide, mais l’insécurité généralisée limite considérablement l’accès aux zones les plus touchées. « Sans une intervention urgente des autorités et de la communauté internationale, la crise ne fera qu’empirer », a prévenu un responsable de l’ONU sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Les prochains jours s’annoncent décisifs. Les autorités haïtiennes, soutenues par la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) déployée depuis octobre 2023, pourraient tenter une opération d’envergure pour reprendre le contrôle des quartiers nord. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est également prévue la semaine prochaine pour évaluer l’envoi de renforts supplémentaires.

Dans l’immédiat, les organisations humanitaires appellent à une trêve pour permettre l’évacuation des civils et la reprise des activités médicales. « Chaque jour compte, car chaque heure passée sans soins, c’est une vie qui est en jeu », a souligné un responsable de la Croix-Rouge haïtienne.

Alors que les violences persistent, la communauté internationale reste en alerte. Une escalade de la crise pourrait avoir des répercussions régionales, notamment en termes de flux migratoires et de stabilité économique dans la Caraïbe.

Les gangs les plus actifs dans les violences actuelles sont principalement G9 et G-Pep, deux coalitions rivales qui se disputent le contrôle de quartiers stratégiques comme Cité Soleil et Martissant. D’autres groupes armés, comme 400 Mawozo, sont également impliqués dans des affrontements localisés.