Alors que la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt à son encontre, le sénateur philippin Ronald « Bato » Dela Rosa s’est réfugié dans l’enceinte du Sénat à Manille, lundi 11 mai 2026, selon Courrier International. Ancien chef de la police nationale, il est poursuivi pour son rôle dans la sanglante « guerre contre la drogue » menée sous la présidence de Rodrigo Duterte. Son arrivée au Sénat, quelques heures avant l’officialisation du mandat, a déclenché une course-poursuite avec les forces de l’ordre, filmée et largement diffusée par les médias locaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sénateur Ronald Dela Rosa, poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité, s’est réfugié au Sénat de Manille le 11 mai 2026 pour échapper à son arrestation.
  • La CPI le considère comme « coauteur » d’un « plan pour ‘neutraliser’ » les supposés criminels liés à la drogue, ayant causé la mort de plus de 6 200 personnes selon les autorités philippines, et jusqu’à 30 000 selon les ONG.
  • Le Sénat, dirigé par son allié Alan Peter Cayetano, lui offre une protection en refusant son arrestation sur place, invoquant l’immunité parlementaire.
  • Cette affaire s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par la destitution récente de la vice-présidente Sara Duterte, fille de l’ancien président.
  • Les familles des victimes et les défenseurs des droits humains exigent son renvoi vers La Haye, tandis que la police philippine se dit prête à appliquer le mandat.

Un mandat d’arrêt international et une arrivée stratégique au Sénat

Depuis plusieurs mois, des rumeurs circulaient sur l’existence d’un mandat d’arrêt émis par la CPI contre Ronald Dela Rosa, ancien directeur de la police nationale philippine. L’officialisation de ce mandat, confirmée dans la journée du 11 mai 2026, a coïncidé avec l’arrivée discrète mais médiatisée du sénateur dans les locaux du Sénat à Manille. Agé de 81 ans, Dela Rosa y a trouvé refuge, comptant sur l’immunité parlementaire pour échapper à une extradition vers La Haye, siège de la CPI, comme le précise Courrier International.

Ce dernier avait été l’architecte de la « guerre contre la drogue », une politique répressive lancée sous le mandat de Rodrigo Duterte à Davao, puis généralisée à l’échelle nationale après 2016. La CPI qualifie cette campagne de « plan pour ‘neutraliser’ » les individus associés à la drogue, incluant des exécutions extrajudiciaires. Les autorités philippines dénombrent plus de 6 200 morts dans ce cadre, tandis que les organisations de défense des droits humains estiment que le bilan réel pourrait atteindre 30 000 victimes.

Un jeu politique aux enjeux multiples

L’arrivée de Dela Rosa au Sénat n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une stratégie visant à mobiliser le soutien de son allié Alan Peter Cayetano, nouvellement élu président de la Chambre haute. Dès son élection, Cayetano a immédiatement annoncé que le sénateur bénéficiait de la protection du Sénat, refusant toute arrestation sur place. « Nous autoriserons une arrestation à condition que l’ordre émane d’une juridiction philippine », a-t-il déclaré, citant The Diplomat. Cette prise de position place le Sénat au cœur d’un bras de fer avec la CPI et la justice internationale.

La manoeuvre a également une dimension politique plus large. Cayetano, soutenu par Dela Rosa, pourrait jouer un rôle clé dans le processus de destitution de la vice-présidente Sara Duterte, fille de l’ancien président. Élu en 2022 sur une même liste que Ferdinand Marcos Jr, le président actuel, leur alliance a rapidement cédé la place à des tensions croissantes. La destitution de Sara Duterte, votée la veille par la Chambre basse, doit désormais être examinée par le Sénat. Une condamnation l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle de 2028, comme le souligne The Guardian.

La société civile et les familles des victimes réclament justice

Face à cette course-poursuite politique, les proches des victimes de la « guerre contre la drogue » tentent de faire entendre leur voix. Llore Pasco, qui a perdu ses deux fils dans cette campagne, a réagi sans détour dans les colonnes du Philippines Daily Inquirer : « Tout comme Duterte, Bato mérite d’être emprisonné et de rendre des comptes. Il a joué un rôle majeur dans la mise en œuvre de cette politique sanglante. »

L’association Rise Up, regroupant les familles des victimes et les militants des droits humains, a appelé le Sénat à respecter les obligations internationales des Philippines. « Le Sénat doit autoriser la remise de Bato Dela Rosa à la CPI », a-t-elle exigé, rappelant que Manille s’est engagée à coopérer avec la juridiction internationale. De son côté, la police philippine a indiqué être prête à appliquer le mandat, soit via une extradition ordonnée par une cour locale, soit dans le cadre d’une coopération avec Interpol à la demande de la CPI.

« J’espère qu’il [le président] ne m’enverra pas à La Haye. N’importe quelle cour ici me conviendrait. »
— Ronald Dela Rosa, lors d’un échange avec des journalistes au Sénat, selon Phil Star.

Une journée marquée par l’instabilité politique

Cette affaire survient dans un contexte de profonde instabilité politique aux Philippines. Quelques heures avant la fuite de Dela Rosa, la Chambre basse a voté la destitution de Sara Duterte, une décision qui illustre les fractures au sein de la coalition au pouvoir. Ancienne alliée de Marcos Jr, elle est désormais en ligne de mire d’une procédure qui pourrait l’écarter de la vie politique pour les années à venir. La nomination de Cayetano à la tête du Sénat, soutenue par Dela Rosa, renforce par ailleurs le camp pro-Duterte au sein des institutions.

Cette convergence d’événements a transformé la journée du 11 mai en un « chaos » politique, comme le décrit The Guardian. Entre course-poursuite au Sénat, destitution d’une haute responsable et tensions institutionnelles, les Philippines semblent plongées dans une crise où se mêlent justice internationale, rivalités politiques et revendications mémorielles.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochains jours. D’un côté, la pression sur le Sénat pour qu’il lève l’immunité de Dela Rosa pourrait s’accentuer, notamment sous la pression des organisations de défense des droits humains et de la communauté internationale. De l’autre, le camp pro-Duterte pourrait tenter de bloquer toute procédure d’extradition, en invoquant la souveraineté nationale. Une audience devant le Sénat, où sera examinée la destitution de Sara Duterte, est également attendue dans les semaines à venir. Enfin, la CPI pourrait accélérer ses démarches pour obtenir la coopération des autorités philippines, même si Manille a jusqu’ici montré une résistance marquée à ses enquêtes.

Cette affaire rappelle que les Philippines restent un pays où les tensions entre justice internationale et pouvoir politique local s’exacerbent. Pour les familles des victimes, l’enjeu est double : obtenir des comptes pour les crimes commis, mais aussi s’assurer que la politique de « guerre contre la drogue » ne se poursuive sous une autre forme. Reste à voir si le Sénat, institution clé dans ce dossier, choisira de se soumettre aux exigences de la CPI ou de protéger ses propres intérêts.

La CPI accuse Ronald Dela Rosa d’être « coauteur » d’un « plan pour ‘neutraliser’ » les individus associés à la drogue, une campagne ayant conduit à des milliers d’exécutions extrajudiciaires entre 2016 et 2022. Il est poursuivi pour crimes contre l’humanité, aux côtés de l’ancien président Rodrigo Duterte, déjà arrêté en mars 2025.

Le Sénat s’expose à des pressions internationales s’il maintient sa protection envers Dela Rosa, notamment de la part de la CPI et des organisations de défense des droits humains. Une décision de lever son immunité pourrait également affaiblir l’alliance politique entre Dela Rosa et Cayetano, au risque de fragiliser la majorité au pouvoir.