Lancé en 2021, le dispositif STOP (Service téléphonique d’orientation et de prévention) vise à prévenir les violences sexuelles sur mineurs en France, où près de 160 000 cas sont recensés chaque année. Selon Le Figaro, cette initiative mise sur la prévention plutôt que sur la répression, en ciblant notamment les auteurs potentiels de ces actes, souvent issus de l’entourage des victimes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le dispositif STOP, créé en 2021, s’adresse aux personnes ayant des fantasmes pédophiles pour prévenir les passages à l’acte.
  • En France, 80 % des violences sexuelles sur mineurs sont commises par un proche ou un membre de l’entourage, comme l’a illustré l’affaire Lyhanna.
  • Le service téléphonique offre une écoute quotidienne à des individus souvent en détresse, honteux ou en quête d’aide pour maîtriser leurs pulsions.
  • Les psychologues du centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (Criavs) animent ce dispositif en collaboration avec l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon.
  • L’objectif est d’éviter que ces personnes ne basculent dans l’illégalité en leur proposant un accompagnement adapté.

Un dispositif né d’un constat alarmant

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, 160 000 violences sexuelles sur mineurs sont commises chaque année, selon les dernières estimations disponibles. Dans 80 % des cas, l’agresseur appartient à l’entourage proche de la victime, que ce soit un membre de la famille, un ami ou un proche du cercle social. Mathias Poitau, psychologue à l’hôpital psychiatrique du Vinatier à Lyon, rappelle cette réalité souvent méconnue du grand public : « On nous a appris qu’il fallait se méfier des hommes à la sortie de l’école avec un imperméable et des bonbons, mais la réalité n’est pas là ».

Ce constat a motivé la création du dispositif STOP, qui s’adresse directement aux personnes ayant des fantasmes pédophiles. L’idée n’est pas de stigmatiser, mais d’offrir une porte de sortie à des individus qui, sans aide, pourraient basculer dans l’illégalité. Le service téléphonique fonctionne grâce à une équipe de psychologues formés, qui assurent une écoute quotidienne et orientent ces personnes vers des solutions adaptées.

Un accompagnement psychologique et préventif

Le dispositif STOP s’inscrit dans une démarche de prévention active, en s’appuyant sur le centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (Criavs). Ce centre, basé à Lyon, forme les soignants et les professionnels de santé à la prise en charge de ce public spécifique. Les psychologues comme Mathias Poitau y partagent leur temps entre le suivi des délinquants sexuels sous injonction judiciaire et ce travail de prévention en amont.

À l’autre bout du fil, les appels reçus sont souvent chargés d’émotion et de honte. « Des voix chuchotantes bien souvent, avouant une attirance pour la pédopornographie ou pour un mineur de leur entourage », explique le psychologue. L’enjeu est alors de désamorcer ces pulsions en proposant un cadre rassurant et non culpabilisant. Le dispositif permet ainsi à ces personnes de verbaliser leurs fantasmes sans crainte d’être jugées, tout en les aidant à trouver des stratégies pour les contrôler.

« L’objectif n’est pas de condamner, mais de prévenir. On ne veut pas que ces personnes deviennent des délinquants, on veut les aider à ne pas franchir la ligne rouge. »
— Mathias Poitau, psychologue au centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (Criavs)

Un modèle qui pourrait inspirer d’autres régions

Si le dispositif STOP est aujourd’hui opérationnel à Lyon, ses initiateurs espèrent voir son modèle essaimé dans d’autres régions françaises. Le principe repose sur une approche à la fois humaine et pragmatique : offrir une écoute bienveillante tout en maintenant un cadre strict pour éviter toute dérive. « Autant dire que l’enjeu est double : protéger les mineurs tout en évitant de jeter ces personnes dans la clandestinité, où elles seraient encore plus difficiles à suivre », précise un membre de l’équipe.

Le succès de cette initiative dépendra en grande partie de sa visibilité et de sa capacité à toucher sa cible. Pour l’instant, le dispositif repose sur le bouche-à-oreille et une communication ciblée auprès des professionnels de santé et des associations spécialisées. Les retours d’expérience restent encourageants, même si le nombre d’appels reste encore limité par rapport à l’ampleur du phénomène.

Et maintenant ?

Les responsables du dispositif STOP prévoient d’étendre son périmètre d’action d’ici fin 2026, avec l’objectif de couvrir davantage de territoires et de former de nouveaux psychologues. Une évaluation de l’impact du dispositif sur la réduction des passages à l’acte devrait être menée courant 2027, afin d’ajuster les méthodes si nécessaire. En parallèle, des discussions sont en cours avec le ministère de la Justice pour intégrer le programme dans le parcours de prise en charge des personnes condamnées pour des infractions à caractère sexuel, dans un cadre préventif.

Le dispositif STOP représente une alternative innovante dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs. En ciblant les auteurs potentiels avant qu’ils ne passent à l’acte, il mise sur une logique de prévention qui pourrait, à terme, compléter les dispositifs répressifs existants.

Le dispositif STOP est un service téléphonique gratuit qui propose une écoute et un accompagnement psychologique aux personnes ayant des fantasmes pédophiles. Les appels sont pris en charge par des psychologues formés, qui orientent les interlocuteurs vers des solutions adaptées pour maîtriser leurs pulsions. Aucune donnée personnelle n’est enregistrée, et l’anonymat est garanti.