Alors que les projections climatiques les plus alarmistes évoquaient jusqu’ici une hausse moyenne des températures de **5°C** à l’horizon 2100, les experts internationaux révisent désormais leurs scénarios. Selon Ouest France, le scénario du pire – une Terre à **+3,5°C** en moyenne d’ici la fin du siècle – reste plausible, mais celui d’un emballement à +5°C semble désormais improbable. Cette réévaluation s’appuie sur les dernières données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont le sixième rapport, publié en 2023, avait déjà tempéré les projections les plus pessimistes.
Ce qu'il faut retenir
- Le scénario d’un réchauffement à **+5°C** d’ici 2100 est désormais considéré comme improbable par les experts climatiques, selon Ouest France.
- Le GIEC table désormais sur une hausse moyenne de **+3,5°C** dans son scénario le plus pessimiste, contre +5°C précédemment envisagé.
- Cette révision s’inscrit dans un contexte de mesures climatiques accrues et de ralentissement des émissions de gaz à effet de serre dans certains pays.
- Les conséquences d’un réchauffement à +3,5°C restent « lourdement significatives » pour les écosystèmes et les sociétés humaines.
Des projections climatiques en constante réévaluation
Depuis plusieurs années, les modèles climatiques sont régulièrement affinés, intégrant des paramètres économiques, technologiques et politiques souvent sous-estimés dans les scénarios initiaux. « Les hypothèses d’un emballement incontrôlé à +5°C reposaient sur des dynamiques d’émissions de gaz à effet de serre (GES) non maîtrisées et une absence totale de politiques climatiques », a expliqué Valérie Masson-Delmotte, climatologue et ancienne coprésidente du groupe de travail n°1 du GIEC, dans une interview accordée à Ouest France. Ces dernières années, plusieurs pays ont adopté des législations ambitieuses – à l’image de l’Union européenne avec son Pacte vert ou des États-Unis avec l’Inflation Reduction Act – qui modifient la donne.
Un scénario à +3,5°C toujours lourd de conséquences
Même si le scénario d’un réchauffement à +5°C est écarté, celui d’une hausse de **+3,5°C** reste un seuil critique. Selon les experts, une telle élévation entraînerait une multiplication des événements climatiques extrêmes : vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, montée du niveau des océans, perturbations agricoles majeures, et accroissement des risques de conflits liés aux ressources. « **3,5°C, c’est déjà une trajectoire dangereuse**, a rappelé le climatologue Christophe Cassou, qui collabore aux rapports du GIEC. À ce niveau, les impacts seront irréversibles dans de nombreuses régions du globe. » Les écosystèmes fragiles, comme les récifs coralliens ou les glaciers, seraient particulièrement touchés, avec des conséquences en cascade sur la biodiversité et les populations locales.
L’impact des politiques climatiques et des innovations technologiques
Plusieurs facteurs expliquent cette révision des scénarios les plus pessimistes. D’abord, le déploiement accéléré des énergies renouvelables, avec une baisse significative des coûts du solaire et de l’éolien, a permis de réduire la dépendance aux énergies fossiles dans de nombreux pays. Ensuite, les politiques de décarbonation, bien que inégales selon les régions, commencent à porter leurs fruits. En Chine, premier émetteur mondial de CO₂, les émissions ont plafonné en 2024, tandis qu’en Europe, elles reculent depuis 2019. Enfin, les innovations technologiques – capture et stockage du carbone, hydrogène vert, batteries à haute capacité – ouvrent de nouvelles perspectives pour limiter la hausse des températures. « **Ces avancées sont réelles, mais elles doivent être accélérées et généralisées** », a souligné un chercheur du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) cité par Ouest France.
Cette réévaluation des scénarios climatiques rappelle que, malgré l’optimisme relatif des dernières projections, la menace du réchauffement global n’a pas disparu. Les experts insistent sur la nécessité de ne pas relâcher les efforts, sous peine de voir les objectifs de l’Accord de Paris – limiter le réchauffement à +1,5°C – s’éloigner définitivement. Comme le résume un rapport récent de l’ONU : « **Chaque dixième de degré compte, et chaque année de retard aggrave les risques** ».
Un réchauffement à +3,5°C entraînerait une multiplication des événements climatiques extrêmes (canicules, inondations, sécheresses) et des impacts irréversibles sur certains écosystèmes, comme la fonte accélérée des glaciers ou la disparition de certains récifs coralliens. À +5°C, les risques incluraient des effondrements partiels des calottes glaciaires, des perturbations majeures des courants océaniques et une hausse du niveau des mers de plusieurs mètres, mettant en péril des zones côtières densément peuplées. Les experts estiment qu’au-delà de +4°C, les risques de conflits pour les ressources et d’effondrements sociaux augmenteraient de manière exponentielle.