Au moins 880 civils ont été tués par des frappes de drones au Soudan entre janvier et avril 2026, selon un rapport rendu public lundi par l’Organisation des Nations unies. Cette escalade des violences, principalement imputée à l’armée soudanaise et aux Forces de soutien rapide (RSF), marque une nouvelle phase du conflit, désormais plus meurtrière pour les populations civiles. L’ONU souligne que ces attaques représentent plus de 80 % de tous les décès de civils enregistrés dans le cadre du conflit durant cette période.

D’après Euronews FR, ces frappes se sont intensifiées ces derniers mois, s’étendant bien au-delà des régions traditionnellement touchées comme le Darfour et le Kordofan. Les belligérants, en guerre depuis avril 2023, utilisent désormais des drones pour cibler des infrastructures civiles, réduisant l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé. Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a mis en garde contre une aggravation de la crise humanitaire, alors que la saison des pluies, habituellement propice à une accalmie des combats, voit désormais les hostilités se poursuivre sans relâche.

Ce qu'il faut retenir

  • Au moins 880 civils tués par des frappes de drones entre janvier et avril 2026, soit plus de 80 % des décès civils dans le conflit sur cette période.
  • Les attaques se concentrent principalement dans le Darfour et le Kordofan, mais s’étendent désormais au Nil Bleu, au Nil Blanc et à Khartoum.
  • Les drones sont devenus la première cause de décès parmi les civils, selon l’ONU, avec des conséquences dramatiques sur l’accès aux biens essentiels.
  • Une attaque récente, le 8 mai, a fait 26 morts dans le Kordofan Sud et près d’El Obeid, confirmant l’escalade des violences.
  • L’ONU craint une famine généralisée dans plusieurs régions, aggravée par les pénuries d’engrais liées à la guerre au Moyen-Orient.

Une escalade militaire aux conséquences humanitaires désastreuses

Les frappes de drones menées par l’armée soudanaise et les RSF se sont multipliées ces derniers mois, transformant le conflit en une guerre où les populations civiles paient un lourd tribut. Selon le bureau des droits de l’homme de l’ONU, les drones armés sont désormais la principale cause de mortalité civile, dépassant largement les combats au sol ou les bombardements traditionnels. Cette évolution technologique du conflit permet aux belligérants de poursuivre les hostilités même pendant la saison des pluies, traditionnellement marquée par une réduction des combats.

Les régions les plus touchées restent le Darfour et le Kordofan, où les attaques ont fait le plus de victimes ces trois derniers mois. Cependant, les drones ont également frappé des zones auparavant épargnées, comme le Nil Bleu, le Nil Blanc ou encore la capitale, Khartoum. Les marchés, souvent bondés de civils, ont été particulièrement ciblés, avec au moins 28 attaques recensées depuis le début de l’année ayant causé des victimes parmi les populations.

Les infrastructures civiles sous le feu des drones

Les Nations unies dénoncent l’utilisation systématique des drones pour frapper des infrastructures civiles, privant des millions de personnes d’accès à l’eau potable, à la nourriture ou aux soins médicaux. Les installations sanitaires, déjà fragilisées par des années de conflit, ont été touchées au moins 12 fois depuis janvier. Les marchés, lieux de vie essentiels pour les communautés, sont régulièrement bombardés, aggravant les pénuries et la précarité des habitants.

Selon Volker Türk, « les drones armés ont réduit l’accès à une nourriture suffisante, à l’eau potable et aux soins de santé ». L’ONU craint que cette stratégie ne plonge des régions entières dans une crise humanitaire encore plus profonde, alors que le pays fait déjà face à des déplacements massifs de population et à une insécurité alimentaire croissante. Les pénuries d’engrais, liées à la guerre au Moyen-Orient, aggravent davantage la situation, limitant les capacités agricoles du Soudan.

« Les drones armés sont devenus, de loin, la principale cause de décès de civils. Leur utilisation croissante permet aux combats de se poursuivre sans relâche pendant la saison des pluies, qui a connu une accalmie par le passé. »
— Volker Türk, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme

Un risque d’extension du conflit vers de nouvelles zones

Les craintes d’une intensification des hostilités dans les semaines à venir se confirment, alors que les belligérants pourraient étendre leurs opérations vers les États du centre et de l’est du pays. Une telle escalade aurait des conséquences mortelles pour les civils dans des zones jusqu’ici relativement épargnées. L’ONU a déjà observé une augmentation des frappes dans des régions comme le Nil Bleu ou le Nil Blanc, où les populations vivent dans une insécurité grandissante.

Une récente attaque, survenue le 8 mai, a illustré cette dynamique : des drones ont frappé Al Quoz (Kordofan Sud) et les environs d’El Obeid (Kordofan Nord), faisant au moins 26 morts et de nombreux blessés. Cet événement, comme tant d’autres, montre que les civils paient le prix fort d’un conflit où les drones deviennent l’arme dominante. Volker Türk a prévenu que sans une intervention rapide, le Soudan pourrait entrer dans une phase encore plus meurtrière, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique.

Une crise humanitaire aggravée par les pénuries et l’insécurité

Le conflit au Soudan, qui dure depuis plus de trois ans, a déjà fait des dizaines de milliers de morts, déplacé plus de 11 millions de personnes et plongé plusieurs régions dans une famine déclarée. Les frappes de drones accélèrent cette déstabilisation, perturbant gravement l’acheminement de l’aide humanitaire. Les Nations unies estiment que une grande partie du pays, dont le Kordofan, est désormais confrontée à un risque accru de famine et d’insécurité alimentaire aiguë.

Les pénuries d’engrais, liées aux tensions au Moyen-Orient, aggravent la situation en limitant les récoltes. Les installations sanitaires, régulièrement ciblées, peinent à répondre aux besoins d’une population affaiblie par des années de guerre. Les marchés, où s’approvisionnent quotidiennement des millions de Soudanais, sont devenus des zones à haut risque, transformant les activités les plus banales en situations mortelles.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’évolution du conflit et ses conséquences sur les populations civiles. L’ONU a appelé à une intervention immédiate pour éviter une nouvelle escalade des violences, tandis que les organisations humanitaires tentent de maintenir l’acheminement de l’aide malgré les restrictions imposées par les combats. La saison des pluies, qui devrait durer jusqu’en septembre, pourrait voir une intensification des frappes, alors que les routes deviennent impraticables et que les populations sont encore plus vulnérables. Une conférence internationale prévue en juin pourrait être l’occasion d’imposer un cessez-le-feu ou des mesures pour protéger les civils.

Cette nouvelle phase du conflit, marquée par l’usage massif de drones, laisse peu d’espoir de stabilisation à court terme. Tant que les belligérants n’auront pas renoncé à cette stratégie, les civils continueront de payer le prix fort d’une guerre où les civils deviennent des cibles privilégiées. La communauté internationale, déjà sous pression pour répondre à la crise humanitaire, devra trouver des solutions pour briser ce cycle de violence.

Selon l’ONU, les drones permettent aux belligérants de frapper des zones densément peuplées sans risquer leurs propres troupes. Leur utilisation massive, combinée à une précision limitée, entraîne des victimes civiles importantes. De plus, ces attaques perturbent l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins, aggravant la crise humanitaire.