Une résidence-appartements gérée par la Ville de Paris, censée accueillir des seniors autonomes, est aujourd’hui au cœur d’un scandale sanitaire et social. Des résidents dépendants y vivent dans des conditions d’insalubrité extrême, entre cafards omniprésents, appartements souillés et absence de suivi médical, selon Franceinfo - Santé.

Ce drame, révélé par le magazine « Envoyé spécial » diffusé ce 21 mai 2026, met en lumière le sort de Fabienne Attali. Cette retraitée de 70 ans, ancienne journaliste, avait choisi ce deux-pièces spacieux avec vue sur jardin pour sa retraite. Elle n’imaginait pas y découvrir une véritable plaie sanitaire, où cafards et immondices envahissent les parties communes comme les logements. Dès juin 2025, elle alerte les services municipaux. Malgré 15 interventions en moins d’un an, l’infestation persiste, les traitements se révélant inefficaces.

Ce qu'il faut retenir

  • Une résidence-appartements parisienne, gérée par la Ville, est frappée par une infestation massive de cafards depuis juin 2025, malgré 15 interventions sans succès.
  • Des résidents dépendants y vivent dans des conditions d’insalubrité extrême, avec des appartements souillés, des personnes atteintes de pathologies graves (syndrome de Diogène, maladies invalidantes) et une absence de suivi médical.
  • Le règlement de 2011 exigeait une visite médicale pour l’admission, mais en 2025, ce critère a été supprimé, remplaçant l’obligation de suivi par une simple orientation vers d’autres structures en cas de perte d’autonomie.
  • Ces résidences-appartements, non prévues par la loi de 2015 sur le vieillissement, seraient une création « low cost » de la Ville de Paris, selon l’avocat de Fabienne Attali.
  • La résidence concernée est l’une des 101 gérées par le Centre d’action sociale de la Ville de Paris, sans directeur ni suivi personnalisé obligatoire.

Une infestation résistante et un suivi médical abandonné

Lors de son emménagement en 2025, Fabienne Attali a signalé sans délai l’infestation de cafards à la mairie. « Pour eux, gérer le problème, c’était venir mettre deux points de gel, un dans la salle de bains et un dans la cuisine », a-t-elle dénoncé. Malgré les interventions répétées, « les cafards étaient toujours là ». En octobre 2025, les appartements les plus touchés ont été évacués et leurs occupants relogés temporairement, mais la situation reste critique dans les autres logements.

Outre l’infestation, Fabienne Attali a découvert des résidents en grande détresse. Parmi eux, un homme de 80 ans gravement malade dont le compagnon, également handicapé, ne parvient pas à entretenir un logement infesté. Ou encore Annie, sous curatelle, dont le corps porte les stigmates des piqûres d’insectes. Dans un appartement, une voisine atteinte du syndrome de Diogène gisait au milieu de poubelles, l’odeur insoutenable et le sol recouvert de saleté. « Sa place n’est plus là », estime Fabienne Attali, rappelant que le règlement impose aux résidents de maintenir leur logement propre.

« J’ai constaté dans plusieurs appartements un état d’insalubrité révoltant, décrivant des scènes d’une indignité insupportable, illustrant l’abandon dans lequel sont maintenus les résidents les plus fragiles. C’est insoutenable qu’on puisse traiter une personne âgée de cette façon. »
— Fabienne Attali, résidente

Un changement de réglementation controversé

Le scandale ne se limite pas à l’hygiène. Fabienne Attali a aussi mis en lumière une évolution du règlement de la résidence, révélatrice selon elle d’un désengagement de la Ville. En 2011, le texte stipulait : « Toute admission en résidence-appartements est subordonnée à une visite médicale auprès d’un médecin désigné par le Centre d’action sociale de la Ville de Paris. » En 2025, cette obligation a disparu, remplacée par un article précisant que « les résidences-appartements n’offrent pas des conditions d’accueil et de prise en charge adaptées aux personnes en perte d’autonomie. Ces personnes seront orientées vers des structures adaptées à leur situation. »

Cette modification interroge sur la méthode d’évaluation du degré d’autonomie des résidents actuels. Les résidences-appartements parisiennes, au nombre de 101, sont-elles encore conformes aux besoins des seniors dépendants ? La loi de 2015 sur le vieillissement distingue trois types d’établissements : les maisons de retraite médicalisées, les résidences services privées et les résidences autonomie, gérées majoritairement par les collectivités avec un suivi obligatoire. Or, les résidences-appartements, sans directeur ni suivi personnalisé, ne figurent dans aucune de ces catégories.

Une création « low cost » selon l’avocat des plaignants

L’avocat de Fabienne Attali, Me Paul von Mühlendahl, qualifie cette structure de « catégorie low cost » délibérément créée par la Ville pour réaliser des économies. « L’objectif, c’est clairement de faire des économies. Et là, on essaie d’économiser sur les personnes âgées », a-t-il affirmé. La Ville de Paris conteste cette analyse et affirme que ses résidences-appartements respectent la loi en vigueur, tout en démentant toute volonté de proposer une offre « low cost ».

Face à l’inaction présumée, Fabienne Attali et son avocat prévoient de saisir le tribunal pour contraindre la mairie à reclasser la résidence en résidence autonomie, afin que ses occupants bénéficient enfin du suivi médical et social obligatoire dans ce type d’établissement. Une procédure qui pourrait faire jurisprudence pour les autres résidences similaires.

Et maintenant ?

Le reportage diffusé ce soir dans « Envoyé spécial » devrait relancer le débat sur la prise en charge des seniors dépendants dans les résidences gérées par les collectivités. Une audience au tribunal pourrait être programmée dans les prochains mois, tandis que la Ville de Paris pourrait être amenée à revoir ses protocoles de suivi et de contrôle sanitaire. La question reste entière : comment éviter que d’autres résidents ne subissent le même abandon ?

Pour rappel, ce reportage « Appartements seniors : scandale à huis clos » est disponible en replay sur le site de Franceinfo.

Selon le règlement actuel, les résidents en perte d’autonomie doivent être orientés vers des structures adaptées, comme les résidences autonomie ou les maisons de retraite médicalisées. Cependant, cette orientation dépend de l’évaluation de leur état de santé, dont les modalités restent floues.

La mairie affirme que ses résidences-appartements respectent la loi en vigueur et nie toute intention de proposer une offre « low cost ». Aucune communication officielle détaillée n’a été publiée à ce stade, mais une procédure judiciaire pourrait contraindre la Ville à se justifier.