La compagnie aérienne irlandaise Ryanair a annoncé ce lundi 18 mai un bénéfice net en progression de 35% sur son exercice décalé clos fin mars, s’élevant à 2,174 milliards d’euros, selon Capital qui reprend les informations de l’AFP. Cependant, le groupe irlandais a immédiatement souligné les incertitudes majeures pesant sur l’exercice en cours, liées notamment à la guerre au Moyen-Orient et à ses répercussions sur les coûts du carburant.
Ce qu'il faut retenir
- Bénéfice net en hausse de 35%, soit 2,174 milliards d’euros pour l’exercice 2025/2026 clos fin mars
- Couverture à 80% des besoins en carburant pour l’exercice en cours, à un coût moyen de 67 dollars le baril de kérosène
- Prix du kérosène dépassant les 150 dollars le baril, un niveau « historiquement élevé » selon Ryanair
- Absence de prévisions pour 2026/2027 en raison de l’incertitude persistante sur les coûts et l’approvisionnement
- 208,4 millions de passagers transportés en 2025, en progression de 4%, pour un chiffre d’affaires en hausse de 11% à 15,54 milliards d’euros
- Objectif de 300 millions de passagers d’ici 2034, avec une desserte actuelle dans 36 pays
Des résultats financiers solides malgré un contexte géopolitique tendu
Ryanair affiche donc des résultats financiers robustes, avec un bénéfice net qui s’élève à 2,174 milliards d’euros pour l’exercice clos fin mars 2026, en progression de 35% par rapport à l’année précédente. Le groupe irlandais, dirigé par le charismatique Michael O’Leary, se félicite également d’un chiffre d’affaires en hausse de 11%, atteignant 15,54 milliards d’euros. Ces performances s’inscrivent dans un contexte marqué par une demande soutenue, avec 208,4 millions de passagers transportés en 2025, soit une progression de 4% sur un an.
Pour l’exercice 2025/2026, Ryanair a desservi 36 pays, principalement en Europe, confirmant sa position de leader sur le marché du low-cost. Pourtant, malgré ces chiffres encourageants, le groupe n’a pas hésité à tirer la sonnette d’alarme sur les risques majeurs qui pèsent sur son avenir immédiat, en particulier la flambée des prix de l’énergie et les tensions géopolitiques.
Le carburant, variable d’ajustement majeure pour Ryanair
Le principal sujet d’inquiétude pour Ryanair reste l’évolution du prix du kérosène, dont le coût a « grimpé à plus de 150 dollars le baril » depuis le début du conflit au Moyen-Orient, selon les termes du groupe. Michael O’Leary, directeur général de Ryanair, a rappelé dans un communiqué que « la guerre au Moyen-Orient a créé une incertitude économique et nous ne savons toujours pas quand le détroit d’Ormuz rouvrira ». Ce détroit, par lequel transite une part majeure du pétrole mondial, est au cœur des tensions régionales depuis des mois.
Pour se prémunir contre cette volatilité, Ryanair a mis en place une stratégie de couverture à 80% de ses besoins en carburant pour l’exercice en cours, en ayant acheté à l’avance une partie de son kérosène à un prix moyen de 67 dollars le baril. « Si le prix du carburant non couvert reste à ses niveaux élevés actuels », a averti le groupe, « les coûts sur l’exercice pourraient augmenter significativement ».
Selon les analyses de Ryanair, les prix du kérosène devraient « rester élevés par rapport aux niveaux d’avant-conflit pendant quelques mois encore ». Une perspective qui menace directement la rentabilité de la compagnie, alors que le carburant représente l’un de ses principaux postes de dépenses opérationnelles.
Une série de facteurs d’incertitude pour l’exercice 2026/2027
Au-delà du Moyen-Orient, Ryanair a pointé du doigt plusieurs autres facteurs de risque susceptibles d’impacter son exercice 2026/2027. Parmi eux figurent la guerre en Ukraine, qui continue de perturber les chaînes d’approvisionnement énergétiques, ainsi que les chocs macroéconomiques liés à l’inflation et au ralentissement de la croissance en Europe. Le groupe a également cité les grèves, de plus en plus fréquentes dans le secteur aérien, et les dysfonctionnements du contrôle aérien européen, qui entraînent des retards et des surcoûts logistiques.
Face à cette accumulation d’incertitudes, Michael O’Leary a déclaré : « En l’absence de visibilité sur le deuxième semestre et compte tenu de la forte possibilité de hausse des prix du carburant et des risques sur l’approvisionnement, il est beaucoup trop tôt pour fournir à ce stade une quelconque prévision significative de bénéfice sur l’exercice 2026/2027 ». Une prudence qui tranche avec l’optimisme affiché sur les résultats passés.
Un modèle économique mis à l’épreuve par les turbulences du marché
Ryanair, qui mise sur un modèle low-cost pour maintenir sa compétitivité, se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique. La compagnie, qui vise 300 millions de passagers d’ici 2034, devra composer avec une hausse des coûts inévitable si les prix du carburant restent élevés. Une situation qui pourrait, à terme, se répercuter sur les tarifs des billets ou sur la rentabilité globale du groupe.
Par ailleurs, le secteur aérien européen est actuellement confronté à une crise structurelle, avec des tensions sur les capacités de contrôle aérien et une demande volatile. Ryanair, comme ses concurrents, devra naviguer entre ces écueils tout en maintenant sa promesse de tarifs attractifs pour ses clients. Une équation complexe, alors que les coûts opérationnels — carburant, salaires, maintenance — ne cessent de croître.
Un secteur aérien sous pression
Ryanair n’est pas la seule compagnie à subir les contrecoups de la crise énergétique et géopolitique. Plusieurs de ses concurrents, comme Air France-KLM ou Volotea, ont récemment annoncé des hausses de tarifs ou des mesures de compensation pour absorber l’inflation des coûts. Selon une étude citée par Capital, les prix des billets long-courriers chez Air France-KLM pourraient ainsi augmenter de 50 euros en moyenne, tandis que des compagnies asiatiques comme AirAsia ou China Southern ont relevé leurs tarifs de jusqu’à 40%.
Dans ce contexte, la capacité des compagnies à maintenir leur rentabilité dépendra largement de leur capacité à anticiper les risques et à adapter leur modèle économique. Pour Ryanair, cela pourrait signifier une révision de sa stratégie de couverture ou une optimisation de ses routes pour limiter l’impact des coûts.
Le prix du kérosène, comme celui du pétrole brut, est directement influencé par les tensions géopolitiques dans les régions productrices. Le conflit au Moyen-Orient a perturbé les chaînes d’approvisionnement, notamment en menaçant l’accès au détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour le transport de pétrole. Par ailleurs, les sanctions internationales et les risques d’escalade ont réduit les capacités de production et de raffinage, entraînant une hausse de la demande par rapport à l’offre. Résultat : les prix se sont envolés, dépassant les 150 dollars le baril, un niveau historiquement élevé pour le secteur aérien.
Ryanair devra publier ses résultats semestriels d’ici l’automne 2026, une période cruciale pour évaluer l’impact réel des coûts du carburant sur sa rentabilité. Une autre date clé sera le 31 octobre 2026, date à laquelle le groupe a annoncé des suppressions de lignes depuis sa base de Bordeaux. Enfin, les décisions des pays producteurs de pétrole, notamment l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que l’évolution du conflit à Gaza, pourraient influencer les prix de l’énergie dans les mois à venir.
Avec un bénéfice en hausse mais un avenir plus que jamais incertain, Ryanair incarne les défis auxquels fait face l’ensemble du secteur aérien européen. Entre flambée des coûts, tensions géopolitiques et pression sur les marges, la compagnie devra faire preuve d’une agilité sans précédent pour maintenir sa position de leader.