Alors que la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution publiait, le 21 mai 2026, un rapport accablant pour les distributeurs, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, fraîchement reconduit pour un quatrième mandat à la tête de l’enseigne, a réagi avec virulence. Selon BFM Business, il a qualifié le document de « hors-sol » et mis en garde contre les conséquences d’une application de ses recommandations, évoquant une explosion de l’inflation alimentaire en France.
La commission, présidée par la sénatrice Anne-Catherine Loisier (UC), a rendu publiques les conclusions d’un travail de plusieurs mois. Parmi les chiffres marquants : sur 100 euros de valeur alimentaire, seulement 8 euros reviennent à l’agriculteur, 14 à l’industriel et 40 au distributeur. Ce déséquilibre a conduit les auteurs du rapport à proposer 24 recommandations visant à rééquilibrer la répartition de la valeur entre les acteurs de la chaîne. Une proposition que le leader de la grande distribution juge inapplicable et dangereuse.
Ce qu'il faut retenir
- La commission sénatoriale, présidée par Anne-Catherine Loisier (UC), a publié un rapport le 21 mai 2026 sur les marges de la grande distribution, révélant une répartition déséquilibrée de la valeur entre agriculteurs, industriels et distributeurs.
- Sur 100 euros de valeur alimentaire, 8 euros reviennent à l’agriculteur, 14 à l’industriel et 40 au distributeur, selon les données du rapport.
- Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a qualifié le rapport de « hors-sol » et a dénoncé son caractère « dicté par le lobby des multinationales agroalimentaires ».
- Le patron de l’enseigne a mis en garde contre une application des recommandations, évoquant une possible hausse de l’inflation alimentaire à 5 % dès aujourd’hui et jusqu’à 10 % en fin d’année.
- Le rapport condamne les pratiques d’« intimidation et de peur » dans les relations commerciales, notamment les diminutions brutales de commandes auprès des fournisseurs.
- Alexandre Bompard a rejeté les accusations de « chantage » portées par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, qualifiant ces termes d’« inamissibles » pour les salariés du secteur.
Un rapport « hors-sol » selon le PDG de Carrefour
Alexandre Bompard n’a pas mâché ses mots pour critiquer le rapport sénatorial. « C’est un rapport hors-sol », a-t-il déclaré à BFM Business, quelques heures après avoir été reconduit à la tête de Carrefour par 80,21 % des voix des administrateurs. Pour lui, un rapport parlementaire se doit de « contribuer à faire société, trouver des solutions d’équilibre et créer des filières qui s’entendent mieux ». Or, selon lui, ce document, « directement dicté par le lobby des grandes multinationales agroalimentaires », s’en prend aux salariés du secteur.
Il a ajouté : « Les mots ‘chantage’, ‘contrainte’, ‘peur’, ‘viriliste’, sont des mots inamissibles. » Un adjectif, « viriliste », qui n’apparaît cependant pas dans le texte du rapport parlementaire. Alexandre Bompard a également dénoncé les 24 recommandations proposées, qu’il juge soit illégales, soit inconstitutionnelles. « Cela conduirait à transformer les relations commerciales dans notre pays en une sorte de Venezuela bis », a-t-il lancé.
Les accusations du rapport et les réponses de la grande distribution
Le rapport sénatorial consacre une partie de ses conclusions à la question des pratiques commerciales dans la grande distribution. Il dénonce notamment l’utilisation de la « peur » comme outil de négociation, citant des exemples de diminutions brutales de commandes auprès des fournisseurs. La commission condamne « fermement ces pratiques qui instaurent un climat de peur intolérable et compromettent les équilibres des filières alimentaires françaises ».
Ces critiques s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions entre distributeurs et fournisseurs, mais aussi entre l’État et les enseignes. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait elle-même dénoncé, lors de son audition, des pratiques de « chantage mortifère » de la part de certains distributeurs dans le cadre des négociations commerciales. Une déclaration que le PDG de Carrefour a vivement contestée, rappelant que un million de personnes travaillent chaque jour dans les enseignes de la grande distribution en France.
Des prévisions économiques alarmistes
Alexandre Bompard a brandi l’argument économique pour justifier son opposition au rapport. Selon lui, la mise en œuvre des recommandations sénatoriales entraînerait une hausse immédiate de 5 % de l’inflation alimentaire, portée à 6 % si les tarifs des multinationales étaient pris en compte lors des négociations. « Est-ce que les Français ont aujourd’hui envie que les prix alimentaires explosent ? La réponse est non », a-t-il souligné. Une position qui s’appuie sur la crainte d’un déséquilibre accru dans les relations commerciales, au détriment des consommateurs.
Le PDG de Carrefour, qui préside également la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), a insisté sur l’importance de préserver la stabilité des prix pour les ménages. « Aucun des 24 points du rapport ne pourrait être mis en œuvre », a-t-il affirmé, sans pour autant proposer d’alternative concrète pour rééquilibrer la répartition de la valeur dans la chaîne alimentaire.
Pour les observateurs, ce rapport illustre les difficultés persistantes à trouver un équilibre dans la répartition de la valeur dans le secteur agroalimentaire. Entre les impératifs économiques des distributeurs, les revendications des agriculteurs et les attentes des consommateurs, la route vers une solution durable s’annonce complexe. Les prochaines négociations commerciales, qui s’ouvriront à l’automne 2026, pourraient être l’occasion de tester la volonté des différents acteurs à s’entendre.
Le rapport, publié le 21 mai 2026, propose 24 recommandations visant à rééquilibrer la répartition de la valeur entre agriculteurs, industriels et distributeurs. Parmi elles figurent des mesures pour encadrer les pratiques commerciales, renforcer la transparence dans les négociations et améliorer la rémunération des agriculteurs. Cependant, le détail précis de ces recommandations n’a pas été rendu public dans les extraits disponibles. Le document complet est consultable sur le site du Sénat.
Alexandre Bompard utilise cette expression pour souligner le risque d’un déséquilibre majeur dans les relations commerciales en France, comparable à une situation économique chaotique. Pour lui, les recommandations du rapport sénatorial, si elles étaient appliquées, pourraient entraîner une inflation galopante, des tensions accrues entre les acteurs de la chaîne alimentaire et, in fine, une dégradation des conditions économiques pour les consommateurs. Le terme « Venezuela bis » fait référence à la crise économique et hyperinflation que connaît le Venezuela depuis plusieurs années.