C’est un symbole fort de la recomposition des rapports de force académiques mondiaux. Selon Courrier International, l’université du Zhejiang, établissement chinois considéré comme l’une des plus prestigieuses d’Asie et surnommé la « Cambridge de l’Est », vient de détrôner Harvard en tête du Leiden Ranking, classement annuel mesurant l’impact scientifique des universités. Une première qui illustre une tendance de fond : le recul relatif des universités américaines dans les palmarès internationaux, au profit de leurs homologues asiatiques, et plus particulièrement chinoises.
Ce qu'il faut retenir
- L’université du Zhejiang occupe désormais la première place du Leiden Ranking, devant Harvard, relégué à la troisième position.
- Huit universités chinoises figurent dans le top 10 de ce classement, contre sept américaines en 2000.
- La Chine a investi massivement dans ses capacités de recherche, tandis que les subventions fédérales américaines à la recherche universitaire ont été réduites sous l’administration Trump.
- Dans le classement 2026 du Times Higher Education, 62 établissements américains reculent, alors que seuls 19 progressent.
- Le président chinois Xi Jinping a explicitement lié la puissance scientifique d’un pays à sa puissance géopolitique mondiale.
Cette évolution n’est pas un simple glissement de podium. Le Leiden Ranking, établi par le Centre d’études scientifiques et technologiques de l’université de Leiden (Pays-Bas), se base sur deux critères principaux : le nombre d’articles publiés par les équipes de recherche dans les revues scientifiques et leur impact mesuré par des indicateurs de citation. Autant dire que la Chine, désormais en tête, a su combiner volume et qualité de sa production académique, là où les États-Unis, malgré une recherche toujours dynamique, voient leur avance s’éroder progressivement.
La situation contraste avec le début des années 2000, époque où sept universités américaines figuraient encore parmi les dix premières du classement. À l’époque, l’université du Zhejiang n’apparaissait qu’au 25e rang. « La Chine investit des milliards de dollars dans ses universités et déploie des efforts considérables pour les rendre attractives pour les chercheurs étrangers », explique le New York Times, cité par Courrier International. Une stratégie qui tranche avec celle des États-Unis, où les coupes budgétaires fédérales ont été pointées du doigt par les responsables universitaires comme un frein à l’innovation et à la compétitivité académique.
Une stratégie chinoise offensive en matière de recherche
Le virage pris par la Chine s’inscrit dans une vision globale de puissance. Dès 2024, le président Xi Jinping avait explicitement lié la domination scientifique à la puissance mondiale d’un État, déclarant : « La révolution scientifique et technologique est intimement liée au jeu des superpuissances. » Cette ambition s’est concrétisée par des investissements massifs dans les infrastructures de recherche, mais aussi par des mesures d’attractivité ciblées pour les talents internationaux. En octobre 2025, Pékin a ainsi lancé un nouveau visa, le « visa K », réservé aux diplômés des meilleures universités mondiales en sciences et technologies, leur offrant la possibilité de s’installer en Chine pour étudier ou développer des projets professionnels.
Cette politique volontariste porte ses fruits. Les universités chinoises ne se contentent plus de suivre : elles devancent désormais les établissements américains dans les classements qui valorisent la production scientifique brute. Le Leiden Ranking, qui privilégie le volume et la visibilité des publications, est particulièrement révélateur de cette tendance. « Les universités qui montent ne sont pas ses homologues américaines, mais des universités chinoises qui progressent régulièrement dans les classements privilégiant le volume et la qualité de travaux de recherche », constate le quotidien new-yorkais.
Les États-Unis en difficulté : coupes budgétaires et perte d’influence
Face à cette concurrence accrue, les universités américaines subissent un double phénomène : une stagnation relative de leur influence dans les classements internationaux et des pressions budgétaires internes. L’administration Trump, en place depuis 2024, a en effet réduit de plusieurs milliards de dollars les subventions fédérales allouées à la recherche universitaire. Ces coupes ont été dénoncées à maintes reprises par les responsables académiques, qui craignent des conséquences durables sur la compétitivité des établissements. Harvard a même mis en ligne une page web dédiée, recensant les programmes de recherche menacés par ces réductions de crédits.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dans l’édition 2026 du classement du Times Higher Education, qui évalue plus largement l’excellence académique, seule l’université d’Oxford conserve la première place. Elle est suivie de quatre universités américaines – le MIT, Princeton, Cambridge et Harvard, ex æquo avec Stanford. Mais en descendant dans le classement, le bilan est plus contrasté : 62 établissements américains perdent du terrain par rapport à l’année dernière, tandis que 19 seulement progressent. Une dynamique que le New York Times attribue en partie aux politiques récentes, même si le déclin relatif des universités américaines s’inscrit dans une tendance plus longue.
« Les politiques de l’administration Trump ne sont pas à l’origine du relatif déclin des universités américaines amorcé depuis plusieurs années et constaté aujourd’hui dans certains classements internationaux, précise le journal, mais elles pourraient bien l’accélérer. » Une nuance importante, qui rappelle que la concurrence scientifique s’inscrit dans un contexte géopolitique et économique plus large, où les investissements à long terme priment sur les ajustements conjoncturels.
Un enjeu de souveraineté scientifique
Cette compétition académique dépasse largement le cadre des classements. Elle touche à des enjeux stratégiques, notamment en matière d’innovation technologique et de souveraineté industrielle. La Chine, consciente de ce levier, a fait de la recherche une priorité nationale, en alignant ses investissements sur ses ambitions de leadership mondial. Les États-Unis, traditionnellement leaders dans ce domaine, voient donc leur domination contestée sur un terrain qu’ils ont longtemps considéré comme leur chasse gardée.
Cette évolution pose une question de fond : comment les universités américaines peuvent-elles maintenir leur excellence dans un contexte de financements publics en baisse et de concurrence accrue ? Plusieurs pistes sont évoquées, comme le renforcement des partenariats publics-privés, l’attractivité accrue pour les étudiants et chercheurs étrangers, ou encore l’adaptation des cursus aux besoins des industries de demain. Mais ces mesures prendront du temps, alors que la Chine, elle, avance à un rythme soutenu.
Une chose est sûre : la bataille des classements n’est qu’un indicateur d’une rivalité bien plus large, où la maîtrise du savoir et de l’innovation détermine, en partie, l’équilibre des puissances mondiales.
Le Leiden Ranking se distingue par son approche quantitative et qualitative. Contrairement à d’autres classements qui intègrent des critères variés comme la réputation ou l’enseignement, il se concentre sur deux éléments précis : le nombre d’articles publiés par les équipes de recherche dans des revues scientifiques à comité de lecture, et leur impact mesuré par le nombre de citations. Cette méthodologie permet d’évaluer directement la productivité et la visibilité de la recherche, deux éléments clés de la compétitivité académique.
Les classements comme le Leiden Ranking ou le Times Higher Education ne ventilent pas leurs résultats par discipline, mais les observateurs s’accordent à dire que les domaines les plus touchés sont ceux où la Chine a massivement investi ces dernières années : l’intelligence artificielle, l’ingénierie, les sciences des matériaux, la biotechnologie et les énergies renouvelables. Ces secteurs, stratégiques pour l’innovation industrielle, concentrent une grande partie des publications chinoises les plus citées.