« La souveraineté n’est pas un discours chez nous. » C’est en ces termes que Gabriel Chenevoy, directeur général de Terralpha, résume l’ambition de cette filiale de SNCF Réseau qui mise sur un réseau fibre 100 % européen pour sécuriser les données sensibles des entreprises et de l’État. Selon BFM Business, Terralpha se positionne ainsi comme un acteur clé de l’indépendance numérique en France, dans un contexte où la résilience des infrastructures critiques est devenue une priorité nationale.
Ce qu'il faut retenir
- Terralpha, filiale de SNCF Réseau, exploite un réseau fibre optique long de 30 000 kilomètres le long des voies ferrées françaises.
- L’entreprise sécurise les données sensibles des ministères, banques et hôpitaux sans qu’elles ne quittent le territoire national.
- Terralpha a atteint un débit record de 800 Gb/s entre Bordeaux et Marseille grâce à la technologie WDM.
- Son réseau maillé garantit une résilience optimale, avec une redirection instantanée du trafic en cas de coupure.
- L’opérateur intègre également la sobriété énergétique, en réutilisant l’infrastructure existante et en limitant son empreinte carbone.
- Terralpha cofonde le think tank Infralliance pour structurer une filière européenne d’infrastructures maîtrisées.
Créée en 2021, Terralpha emploie aujourd’hui 46 collaborateurs et s’appuie sur un atout majeur : l’emprise ferroviaire française. Contrairement aux réseaux classiques qui suivent les routes sinueuses, les fibres optiques déployées le long des voies ferrées offrent un tracé rectiligne. Cette configuration permet de minimiser la latence et d’assurer une indépendance totale des données. Les équipements, fournis par des industriels européens, garantissent que les informations critiques des secteurs publics et privés ne franchissent jamais les frontières nationales.
Cette approche répond aux enjeux de souveraineté numérique, un sujet devenu central dans un contexte géopolitique marqué par les tensions internationales. Les réglementations européennes comme DORA (Digital Operational Resilience Act) et NIS2 (Network and Information Security Directive) imposent aux entreprises et aux États de renforcer la sécurité de leurs infrastructures numériques. Terralpha permet ainsi à ses clients de se conformer à ces exigences tout en préservant l’intégrité de leurs actifs numériques contre les risques d’ingérences étrangères.
Mais la souveraineté ne rime pas avec lenteur. Bien au contraire, Terralpha affiche des performances techniques de haut niveau. Grâce à la technologie WDM (Wavelength Division Multiplexing), l’opérateur a établi un record en France en atteignant un débit de 800 Gb/s sur son réseau de production entre Bordeaux et Marseille. Une capacité essentielle pour répondre à l’explosion des besoins en bande passante, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud computing.
« La souveraineté n’est pas un discours chez nous. » — Gabriel Chenevoy, directeur général de Terralpha
La résilience constitue le second pilier de l’offre de Terralpha. Son réseau maillé permet une redirection instantanée du trafic en cas de coupure, assurant une continuité de service vitale pour les secteurs financiers et industriels. Cette efficacité a été démontrée lors du projet pilote du « supercampus » de Saint-Denis. Après la migration des sites critiques de la SNCF vers l’infrastructure Terralpha, les utilisateurs ont constaté une fluidité inédite de leurs applications métiers. Les performances surpassaient même celles de l’opérateur historique, sans nécessiter d’optimisations logicielles coûteuses. Ce gain de productivité immédiat a convaincu les équipes les plus sceptiques.
Au-delà des performances techniques, Terralpha intègre la sobriété énergétique au cœur de son modèle. En réutilisant l’infrastructure ferroviaire existante, l’entreprise évite de nouveaux travaux de génie civil et limite son empreinte carbone. Ses 110 points de présence, répartis dans les préfectures et sous-préfectures, sont conçus pour optimiser la ventilation naturelle et réduire l’usage de la climatisation. L’opérateur va plus loin en mettant à disposition des terrains ferroviaires pour l’installation de data centers de proximité, baptisés « Dalles Numériques ». Ces infrastructures permettent de rapprocher le stockage et le traitement des données des lieux de consommation, réduisant ainsi les distances de transport et la consommation énergétique globale.
L’engagement de Terralpha dépasse le cadre technique. En cofondant le think & do tank Infralliance, la filiale de SNCF Réseau confirme sa volonté de structurer une filière d’infrastructures maîtrisées en Europe. Pour elle, souveraineté européenne, compétitivité et responsabilité écologique ne sont pas des concepts antagonistes, mais des impératifs indissociables pour façonner l’avenir numérique de la France.
Avec la montée des cybermenaces et les exigences accrues en matière de protection des données, l’exemple de Terralpha illustre une tendance de fond : celle d’une France et d’une Europe déterminées à reprendre le contrôle de leurs infrastructures numériques. Un enjeu qui dépasse le simple cadre technologique pour s’inscrire dans une logique de puissance économique et stratégique.
Terralpha sécurise les données sensibles des ministères, des banques, des hôpitaux et des grandes entreprises industrielles. Son réseau est conçu pour répondre aux besoins des secteurs où la continuité de service et la protection des données sont critiques.