Ce mardi 12 mai 2026, Deniz Ünal, économiste au CEPII et spécialiste de la Turquie, était l’invitée d’Annalisa Cappellini dans l’émission Good Morning Business diffusée sur BFM Business. Ils ont analysé comment Istanbul pourrait tirer parti de l’affaiblissement des autres hubs économiques régionaux, notamment en raison des tensions persistantes dans le Golfe. Une discussion qui s’inscrit dans un contexte où plusieurs acteurs internationaux cherchent à repositionner leurs réseaux logistiques et commerciaux.
Ce qu'il faut retenir
- Deniz Ünal, économiste au CEPII, a évoqué le potentiel d’Istanbul comme plateforme de substitution dans une région marquée par des conflits géopolitiques.
- L’affaiblissement des hubs traditionnels du Moyen-Orient, comme Dubaï ou Doha, pourrait favoriser le développement de nouvelles routes commerciales via la Turquie.
- L’émission Good Morning Business sur BFM Business est diffusée du lundi au vendredi à partir de 8h00, et disponible en podcast.
- L’invité a souligné l’importance des infrastructures turques, notamment portuaires et aériennes, pour servir de relais entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
- Les tensions dans le Golfe, aggravées par des conflits régionaux, rendent cruciale la recherche de solutions alternatives pour les échanges internationaux.
Un contexte régional en mutation
Depuis plusieurs années, le Moyen-Orient joue un rôle central dans les échanges mondiaux, avec des hubs comme Dubaï ou Doha qui ont longtemps servi de ponts entre les continents. Cependant, comme le rappelle Deniz Ünal dans son entretien avec BFM Business, « les tensions géopolitiques dans le Golfe ont fragilisé ces structures ». Les conflits, les sanctions économiques et l’instabilité politique ont poussé les acteurs économiques à explorer d’autres voies. Dans ce paysage, la Turquie, et plus précisément Istanbul, se positionne comme un candidat sérieux pour devenir un nouveau carrefour des échanges.
Avec sa situation géographique, Istanbul bénéficie d’atouts majeurs : un accès à la mer Noire et à la Méditerranée, des infrastructures portuaires modernes comme celui de Mersin, et un aéroport international, IST, classé parmi les plus dynamiques au monde. Selon l’économiste, « la ville pourrait servir de plateforme de substitution pour les flux de marchandises et de capitaux », surtout si les routes traditionnelles du Golfe restent perturbées.
Les atouts structurels de la Turquie
Le potentiel d’Istanbul ne repose pas uniquement sur sa géographie. Le pays a investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années. Les ports turcs, comme celui d’Ambarlı près d’Istanbul, sont parmi les plus fréquentés de la Méditerranée, avec un trafic annuel de plus de 3 millions d’EVP (équivalent vingt pieds) en 2025. « Ces capacités logistiques sont un levier essentiel pour attirer les investisseurs étrangers », a indiqué Deniz Ünal. Par ailleurs, la Turquie dispose d’un réseau ferroviaire en développement, notamment via des projets comme le corridor moyen-oriental, qui vise à relier l’Asie à l’Europe en passant par le territoire turc.
Côté aérien, l’aéroport d’Istanbul, ouvert en 2018, est conçu pour accueillir plus de 200 millions de passagers par an, un volume qui dépasse désormais celui de Dubaï. Ces infrastructures permettent à la Turquie de se positionner comme une alternative crédible aux hubs du Golfe, souvent saturés ou ralentis par les tensions régionales. « Les entreprises cherchent des solutions stables et prévisibles, et Istanbul offre cette stabilité relative », a précisé l’économiste.
Les défis à relever pour Istanbul
Malgré ces atouts, plusieurs obstacles pourraient freiner l’ascension d’Istanbul comme nouveau hub économique. D’abord, la situation macroéconomique de la Turquie reste fragile. L’inflation, qui a dépassé 85 % en 2023, et la dépréciation de la livre turque ont pesé sur la confiance des investisseurs. « Les entreprises internationales restent prudentes face à la volatilité monétaire », a souligné Deniz Ünal. Ensuite, la concurrence d’autres hubs, comme ceux d’Europe de l’Est ou d’Afrique du Nord, pourrait limiter la croissance d’Istanbul.
Enfin, les relations de la Turquie avec certains de ses voisins régionaux, notamment la Grèce ou Chypre, restent tendues, ce qui peut dissuader certains partenaires commerciaux. « La diplomatie turque devra jouer un rôle clé pour rassurer les acteurs économiques », a-t-il ajouté. Malgré ces défis, l’économiste estime que les avantages structurels d’Istanbul pourraient, à terme, l’emporter sur les risques.
Un enjeu stratégique pour l’Europe et l’Afrique
Si Istanbul parvient à s’imposer comme un hub alternatif, les conséquences pourraient dépasser le cadre régional. Pour l’Europe, cela signifierait une diversification de ses approvisionnements, notamment en énergie et en matières premières, actuellement très dépendants des routes du Golfe. « Une telle diversification réduirait les risques de rupture d’approvisionnement », a expliqué Deniz Ünal. Pour l’Afrique, Istanbul pourrait offrir une nouvelle porte d’entrée vers les marchés européens, en évitant les goulots d’étranglement traditionnels comme le détroit de Bab-el-Mandeb, souvent perturbé par des conflits.
Dans ce contexte, la Turquie pourrait jouer un rôle de facilitateur entre les continents, notamment via des accords commerciaux comme ceux signés avec l’Union européenne ou les pays africains. « L’enjeu n’est pas seulement économique, mais aussi géopolitique », a rappelé l’économiste. Une telle évolution renforcerait la position de la Turquie sur la scène internationale, tout en offrant à l’Europe une alternative stratégique en cas de crise.
L’entretien avec Deniz Ünal dans l’émission Good Morning Business sur BFM Business est disponible en replay et en podcast sur le site de la chaîne, ainsi que sur les principales plateformes d’écoute.
Les principaux concurrents d’Istanbul sont actuellement les hubs du Golfe, notamment Dubaï et Doha, qui dominent les échanges entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique. D’autres villes comme Le Pirée en Grèce ou Casablanca au Maroc tentent également de se positionner comme alternatives, mais avec des infrastructures et un trafic moins développés qu’à Istanbul.
Les secteurs qui bénéficieraient le plus seraient la logistique et le transport, avec un renforcement des activités portuaires et aériennes. Les industries manufacturières, notamment celles liées à l’automobile ou à l’électronique, pourraient également profiter de coûts logistiques réduits et d’une meilleure accessibilité aux marchés européens et asiatiques.