Cinquante ans après le coup d’État militaire qui a plongé l’Argentine dans une dictature de sept ans, le journaliste Vincent Gerles propose une restitution sensible de l’histoire des milliers de morts et de disparus. À travers son podcast « Yves, le frère que j’ai eu », il s’appuie sur le récit d’Éric Domergue, dont le frère, Yves, a été enlevé en 1976 avant de disparaître.

Selon Le Monde, ce projet éditorial s’inscrit dans un contexte où la mémoire des victimes de la junte militaire (1976-1983) reste fragile, malgré les efforts des associations de droits humains et des procès pour crimes contre l’humanité. Le podcast met en lumière le parcours d’Éric Domergue, qui tente depuis cinq décennies de faire vivre le souvenir de son frère, Yves Domergue, militant trotskiste enlevé puis porté disparu.

Ce qu'il faut retenir

  • Cinquante ans après le coup d’État de mars 1976, l’Argentine commémore toujours les victimes de la dictature militaire, qui a fait plus de 30 000 disparus selon les estimations des organisations de défense des droits humains.
  • Le podcast « Yves, le frère que j’ai eu » retrace l’histoire d’Yves Domergue, enlevé en 1976 à Buenos Aires, à travers le témoignage de son frère, Éric Domergue.
  • Ce projet s’inscrit dans une démarche de transmission mémorielle, alors que les derniers témoins directs des années de plomb disparaissent progressivement.
  • Le réalisateur, Vincent Gerles, s’appuie sur des archives et des entretiens pour restituer une histoire individuelle au cœur d’un drame collectif.
  • En Argentine, la lutte pour la vérité et la justice se poursuit, malgré les entraves politiques et les délais judiciaires qui retardent souvent les procès.

Un récit personnel au service d’une mémoire collective

Le podcast « Yves, le frère que j’ai eu » s’articule autour du témoignage d’Éric Domergue, qui a passé une grande partie de sa vie à chercher des réponses sur le sort de son frère. « Je ne voulais pas que le nom d’Yves tombe dans l’oubli », a-t-il déclaré à Le Monde. Son récit, mêlé à des archives sonores et à des analyses historiques, offre une plongée dans l’Argentine des années 1970, marquée par la répression politique et la violence d’État.

Vincent Gerles, le journaliste à l’origine du projet, souligne que ce podcast n’est pas seulement un hommage à Yves Domergue, mais aussi une tentative de comprendre comment une dictature peut effacer des vies entières. « On parle souvent des chiffres, mais ici, on donne un visage à une des victimes », précise-t-il. Le format audio permet une immersion différente des récits écrits, en restituant les émotions et les silences des interlocuteurs.

La dictature argentine, un traumatisme toujours présent

La junte militaire argentine, qui a renversé le gouvernement péroniste d’Isabel Perón en mars 1976, a instauré un régime marqué par la torture, les disparitions forcées et l’enlèvement des enfants des opposants. Selon les organisations de droits humains comme les Mères de la place de Mai, plus de 30 000 personnes ont été portées disparues pendant cette période. « Ces crimes ne s’effacent pas avec le temps », rappelle Vincent Gerles. « Ils continuent de hanter les familles et la société argentine. »

Malgré les procès et les condamnations de responsables militaires, comme celle de l’ancien dictateur Jorge Videla en 1985 (devenu définitif en 2010), de nombreux dossiers restent en suspens. Les retards judiciaires et les pressions politiques freinent encore aujourd’hui l’avancée des enquêtes. « La justice argentine a fait des progrès, mais elle reste lente », explique Éric Domergue. « Pour nous, chaque jour de retard est une nouvelle blessure. »

Et maintenant ?

Le podcast « Yves, le frère que j’ai eu » devrait être disponible en ligne dès le mois de septembre 2026, à l’approche des commémorations des 50 ans du coup d’État. Une série d’événements, organisés par des associations mémorielles, est également prévue en Argentine et en France pour rappeler l’importance de la transmission historique.

D’autres projets éditoriaux, comme des documentaires ou des expositions, pourraient voir le jour dans les prochains mois, portés par des journalistes et des militants des droits humains. Reste à voir si ces initiatives contribueront à maintenir la pression sur les autorités pour que la vérité soit enfin établie sur tous les cas de disparitions.

Le travail de Vincent Gerles et d’Éric Domergue s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’une société qui refuse d’oublier. Comme le souligne Le Monde, « la mémoire n’est pas un luxe, mais une nécessité pour éviter que l’histoire ne se répète. »