Dans l’Orne, une maîtresse d’école fait entendre sa voix pour briser le silence autour des troubles du neurodéveloppement. Atteinte de dyslexie et de dysorthographie, Sarah¹ exerce pourtant son métier avec détermination, tout en livrant un combat quotidien contre ses propres limites. Son témoignage, révélé par Ouest France, vise à encourager une libération de la parole sur ces handicaps invisibles.

Ce qu'il faut retenir

  • Sarah, 32 ans, est institutrice dans l’Orne et souffre de dyslexie et de dysorthographie, des troubles du neurodéveloppement.
  • Elle a choisi de témoigner de manière anonyme pour sensibiliser le public et ses collègues à ces handicaps souvent méconnus.
  • Son parcours illustre la résilience nécessaire pour exercer un métier exigeant malgré ces difficultés.
  • Son récit s’inscrit dans une volonté de dénormaliser le tabou entourant les troubles DYS en milieu professionnel.

Un parcours professionnel marqué par l’engagement malgré les obstacles

Sarah enseigne depuis cinq ans dans une école primaire de l’Orne. Chaque jour, elle affronte un défi de taille : accomplir sa mission pédagogique tout en luttant contre ses propres troubles de l’apprentissage. « Je me bats contre moi-même pour faire mon travail », confie-t-elle à Ouest France. Ces mots résument l’intensité de son quotidien, où la préparation des cours, la correction des copies ou même la prise de parole en public deviennent des épreuves.

Pourtant, son engagement ne faiblit pas. Malgré les difficultés, elle met un point d’honneur à préparer des leçons adaptées à ses élèves, prouvant que la passion peut surpasser les obstacles. « C’est une question de survie », explique-t-elle, soulignant l’énergie dépensée pour compenser ses troubles. Son parcours rappelle que les troubles DYS ne sont pas une fatalité, mais une réalité à apprivoiser.

Les troubles DYS, des handicaps invisibles souvent sous-estimés

La dyslexie et la dysorthographie, bien que reconnues médicalement, restent mal comprises dans la société. Selon les chiffres de l’INSERM, ces troubles concernent environ 5 à 7 % de la population française, soit près de 3,5 millions de personnes. Pourtant, leur impact en milieu professionnel est rarement évoqué. « On parle souvent de handicaps visibles, mais ceux qui ne se voient pas sont tout aussi invalidants », souligne Sarah.

Dans l’Éducation nationale, où la communication et l’écrit sont centraux, ces troubles peuvent représenter un frein majeur. Sarah avoue avoir dû mettre en place des stratégies de contournement, comme l’utilisation d’outils numériques ou l’appui sur des collègues pour les tâches administratives. « Sans ces adaptations, je n’aurais jamais pu tenir ce poste », reconnaît-elle.

Un témoignage pour encourager la libération de la parole

En choisissant l’anonymat, Sarah espère éviter les préjugés tout en inspirant d’autres professionnels concernés. « Je ne veux pas que mon histoire soit utilisée contre moi », explique-t-elle. Son récit s’inscrit dans un mouvement plus large, porté par des associations comme la Fédération française des DYS, qui milite pour une meilleure reconnaissance de ces troubles.

Pour elle, le changement passe d’abord par la parole. « Il faut en parler, même si c’est difficile », insiste-t-elle. Son témoignage rejoint celui d’autres enseignants ou salariés ayant osé briser l’omerta autour de leur condition. Une démarche qui, selon elle, pourrait aussi sensibiliser les employeurs aux aménagements nécessaires.

Et maintenant ?

Le parcours de Sarah pourrait inspirer des discussions au sein de l’Éducation nationale sur les aménagements à prévoir pour les enseignants atteints de troubles DYS. Une réflexion qui pourrait s’étendre à d’autres secteurs professionnels, où la méconnaissance de ces handicaps invisibles persiste. Une proposition de loi visant à renforcer les droits des travailleurs handicapés invisibles doit être examinée à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année 2026, une échéance qui pourrait marquer un tournant.

Pour Sarah, l’objectif est clair : « Montrer que l’on peut réussir, malgré tout ». Son histoire, bien que personnelle, porte un message universel sur la résilience et l’acceptation de soi.

Les aménagements peuvent inclure l’utilisation d’outils numériques (correcteurs orthographiques, logiciels de synthèse vocale), un allègement des tâches administratives, ou encore un accompagnement par un référent handicap au sein de l’établissement. Certaines académies proposent aussi des formations spécifiques pour les enseignants concernés.