Une proposition portée par la France, l’Allemagne et le Benelux envisage de restreindre, au moins temporairement, le droit de veto des nouveaux adhérents à l’Union européenne sur les questions de budget, de sécurité intérieure et extérieure. C’est ce que révèle la Süddeutsche Zeitung, vendredi 12 juin 2026, dans une enquête exclusive.
Ce qu'il faut retenir
- La France, l’Allemagne et le Benelux souhaitent limiter le droit de veto des nouveaux membres de l’UE sur les budgets et la sécurité, selon la Süddeutsche Zeitung.
- Cette mesure pourrait concerner l’Ukraine, la Moldavie, l’Albanie et le Monténégro, dont les négociations d’adhésion sont avancées.
- Le chancelier allemand Friedrich Merz a proposé un statut de « membre associé » pour l’Ukraine, sans droit de vote mais avec participation aux sommets.
- L’UE prévoit des garde-fous pour suspendre les droits en cas de recul démocratique ou de corruption dans les pays candidats.
- La défaite de Viktor Orbán en Hongrie a été perçue comme un soulagement à Bruxelles après des années de tensions.
Selon le quotidien bavarois, cette initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’élargissement de l’UE, alors que plusieurs pays candidats — notamment en Europe de l’Est — voient leurs négociations progresser rapidement. L’Ukraine et la Moldavie, dont les candidatures ont été officiellement reconnues en 2022 et 2023, figurent en tête de liste. Mais d’autres États des Balkans, comme l’Albanie et le Monténégro, pourraient également être concernés à moyen terme, leurs négociations étant déjà bien engagées.
Cette proposition s’ajoute à une autre idée défendue par Berlin il y a quelques semaines : la création d’un statut de « membre associé » pour l’Ukraine. Comme l’a détaillé Friedrich Merz, chancelier conservateur allemand, ce nouveau statut permettrait à Kiev de participer aux conseils des ministres de l’UE et aux sommets des chefs d’État et de gouvernement, sans pour autant disposer d’un droit de vote. Une façon, selon lui, de « rapprocher l’Ukraine de l’UE sans attendre une adhésion complète ».
« L’Ukraine ne se verrait toutefois pas explicitement accorder un droit de vote, précise la Süddeutsche Zeitung. Et la proposition du chancelier allemand comporte des garde-fous permettant à l’UE de retirer certains droits et privilèges au cas où l’on constaterait un recul des droits et libertés chez les pays candidats ou une baisse de la lutte contre la corruption. »
Cette approche reflète les craintes de certains États membres, qui redoutent que l’élargissement rapide de l’UE ne dilue son influence ou ne compromette ses valeurs fondamentales. Entre 2020 et 2024, la Hongrie de Viktor Orbán a cristallisé ces inquiétudes, après des années de tensions avec Bruxelles sur l’État de droit et la gestion du dossier ukrainien. Sa défaite électorale en avril 2026 face à Peter Magyar, figure de l’opposition pro-européenne, a été accueillie avec un soulagement marqué dans les institutions européennes.
D’autres pays, comme la Slovaquie de Robert Fico, posent également question en raison de leurs problèmes de corruption et d’atteintes à la démocratie. Pourtant, comme le souligne la Süddeutsche Zeitung, les diplomates européens estiment que le cas hongrois reste une exception, tant par sa durée que par l’ampleur des manquements. « Les infractions menées alors qu’il recevait des milliards d’euros de subventions de Bruxelles doivent rester une anomalie qui ne se répétera pas », confie une source diplomatique citée par le journal.
Une réforme motivée par l’expérience hongroise
Les propositions franco-allemandes s’inscrivent dans un contexte où l’UE cherche à concilier son élargissement historique — avec l’adhésion potentielle de six nouveaux membres d’ici 2030 — et la préservation de son fonctionnement. Depuis 2020, le mécanisme de conditionnalité lié au respect de l’État de droit permet déjà à Bruxelles de suspendre des fonds européens en cas de dérive démocratique. Mais cette mesure reste insuffisante pour certains États, qui souhaitent aller plus loin en limitant les prérogatives des nouveaux adhérents.
« On ne peut pas reproduire les erreurs du passé », a déclaré un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat. « L’élargissement doit être progressif, et les nouveaux membres doivent s’engager à respecter les valeurs européennes avant de bénéficier des mêmes droits que les États historiques. » Une position qui rejoint celle de la Commission européenne, laquelle a déjà conditionné l’octroi de fonds structurels à des réformes juridiques dans plusieurs pays candidats.
Quels pays seraient directement concernés ?
Si la réforme venait à être adoptée, elle toucherait en priorité les États dont les négociations d’adhésion sont les plus avancées. Selon les données de la Commission européenne mises à jour en mai 2026, quatre pays se distinguent :
- L’Ukraine, dont la candidature a été validée en juin 2022 et dont les réformes sont suivies de près par Bruxelles.
- La Moldavie, dont l’adhésion est également en cours, avec un rythme de négociation similaire à celui de Kiev.
- L’Albanie et le Monténégro, dont les négociations ont démarré en 2020 et 2012 respectivement, mais dont les progrès restent inégaux.
D’autres États, comme la Macédoine du Nord ou la Bosnie-Herzégovine, pourraient être concernés ultérieurement, une fois leurs réformes constitutionnelles et judiciaires achevées. « La question n’est pas de savoir si l’UE va s’élargir, mais comment elle va le faire », a rappelé un diplomate lors d’une réunion informelle à Bruxelles la semaine dernière.
En attendant, la question de l’élargissement de l’UE continue de diviser. Si certains y voient une opportunité historique de renforcer la stabilité en Europe de l’Est, d’autres redoutent une dilution des mécanismes de décision, déjà complexe avec 27 membres. Une chose est sûre : la proposition franco-allemande relance le débat sur l’avenir institutionnel de l’Union, alors que son 70e anniversaire approche en 2027.
Dans le cadre des traités européens, tous les États membres disposent d’un droit de veto sur les décisions budgétaires et sécuritaires, qu’ils soient membres depuis 1957 ou adhérents récemment. Ce principe vise à protéger les intérêts nationaux, mais il est parfois critiqué pour son manque de flexibilité, notamment dans un contexte d’élargissement rapide.
Ces deux pays craignent que l’élargissement de l’UE à des États moins stables sur le plan démocratique — comme l’Ukraine ou la Moldavie — ne fragilise l’intégrité des politiques européennes, notamment en matière de budget et de sécurité. La proposition d’un statut de « membre associé » pour Kiev s’inscrit dans cette logique d’intégration progressive.