Selon RMC Sport, Alex Pereira incarne aujourd’hui l’une des trajectoires les plus atypiques et spectaculaires de l’histoire des sports de combat. Ancien ouvrier devenu double champion du GLORY en kickboxing, puis champion puis double champion de l’UFC en MMA, le Brésilien de 34 ans a bâti son palmarès sur une capacité rare à se réinventer sans cesse. Son surnom, Poatan – « mains de pierre » en référence à la force de ses coups – résume à lui seul l’image d’un combattant dont l’aura terrifie ses adversaires, bien au-delà de son simple crochet gauche.

Ce qu'il faut retenir

  • Un parcours atypique : d’ouvrier dans un magasin de pneus à double champion du GLORY puis de l’UFC, sans parcours classique en sport de combat.
  • Un record unique : premier combattant de l’UFC à remporter des titres dans deux catégories différentes (moyens et mi-lourds).
  • Un taux de coups significatifs exceptionnel : 62,1 % de coups efficaces, le plus haut de l’histoire de l’UFC.
  • Une transition réussie en MMA : malgré des débuts difficiles (défaite par soumission en 2015), il devient champion puis double champion dans deux catégories.
  • Un défi actuel : tenter de conquérir le titre des lourds face à Ciryl Gane, une catégorie où le physique et la technique évoluent radicalement.

De l’usine à la gloire : un parcours jalonné de ruptures

Contrairement à la majorité des champions, Alex Pereira n’a pas été repéré dès l’enfance ni accompagné par un mentor vers les sommets. Selon RMC Sport, son ascension est d’abord celle d’un homme qui a dû se reconstruire, tant sur le plan sportif que personnel. Dans les années 2000, il travaille comme ouvrier dans un magasin de pneus à São Paulo, loin des salles de sport d’élite. Ce quotidien, marqué par la discipline du travail manuel, explique en partie sa froideur en combat : pour lui, la dureté n’est pas une posture, mais une nécessité vitale.

Son entrée dans les sports de combat se fait sur le tard, et sans projet de carrière. D’abord boxeur amateur, il accumule 25 victoires par KO en 28 combats, mais subit aussi trois défaites. Ce palmarès lui ouvre les portes du kickboxing, où il doit tout réapprendre : gérer les distances, les rythmes effrénés, et surtout, défendre contre les low kicks, une arme qu’il ne maîtrise pas encore. « Devenir kickboxeur, ce n’est pas ajouter des coups de pied à un boxeur, c’est changer de sport », explique-t-il dans une interview rapportée par RMC Sport.

Du kickboxing au MMA : l’art de la métamorphose

Le GLORY, une organisation majeure du kickboxing, consacre Pereira comme un champion redoutable. Son crochet gauche, déjà une arme mortelle, devient une signature, mais il étoffe aussi son jeu avec des feintes, une meilleure gestion de la distance, et une capacité à faire reculer ses adversaires sans précipitation. Entre 2014 et 2021, il remporte deux titres mondiaux en kickboxing, prouvant qu’il n’est pas qu’un « puncheur » limité. Pourtant, ses défaites contre Jason Wilnis, Artur Kyshenko ou lors de ses duels contre Artem Vakhitov lui rappellent que la marge de manœuvre reste étroite, même au plus haut niveau.

Son passage en MMA, en 2015, est d’abord un choc. Il subit une soumission dès ses débuts professionnels face à Quemuel Ottoni. Pour un combattant spécialiste du striking, l’humilité s’impose : le sol n’est pas son terrain, et il doit apprendre à survivre dans un univers où tout peut basculer en quelques secondes. Ces échecs deviennent des leçons. « Chaque défaite m’a montré ce que je devais changer », confie-t-il à RMC Sport. En MMA, il ne s’agit plus seulement d’importer une arme, mais de l’adapter à un sport plus complet.

L’UFC : quand le destin frappe fort

Son arrivée à l’UFC est fulgurante, portée par une rivalité médiatique avec Israel Adesanya. Pereira avait déjà battu le Nigérian à deux reprises en kickboxing (dont un KO spectaculaire), et cette histoire sert de tremplin. En moins de deux ans, il devient champion des poids moyens de l’UFC en dominant Adesanya au cinquième round, après avoir été mené dans le combat. Mais la revanche tourne au cauchemar : Adesanya le met KO en quelques secondes. « J’ai perdu un combat, mais surtout, j’ai perdu une partie de mon aura », reconnaît Pereira. Plutôt que de s’enfermer dans une quête de revanche, il change encore de peau.

Il monte chez les mi-lourds (-93 kg), une catégorie où il doit perdre du poids et affronter des adversaires plus mobiles et techniques. En sept combats seulement, il enchaîne les exploits : il bat Jan Blachowicz et Jiří Procházka (deux anciens champions) pour remporter le titre, puis défend sa ceinture face à Jamahal Hill. En moins de quatre ans, il devient le premier combattant de l’histoire de l’UFC à remporter des titres dans deux catégories différentes. Son style ? Une combinaison de précision (62,1 % de coups significatifs, selon les statistiques officielles) et d’adaptabilité : il utilise son crochet gauche, mais aussi des coups de pied aux mollets pour casser les appuis, et une défense solide pour limiter les tentatives de lutte de ses adversaires.

L’homme qui parle par les poings et le silence

Si Pereira est aujourd’hui une superstar de l’UFC, c’est aussi pour son attitude énigmatique. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il ne cherche pas à alimenter les polémiques ou à jouer un personnage médiatique. Son rituel d’entrée sur le ring, son silence en conférence de presse, et son célèbre « Chama » (un mot en portugais qui résume sa détermination) font de lui une figure mystérieuse. « Dans un sport saturé de communication, lui existe par son aura », note RMC Sport. Son refus de s’exprimer en anglais – alors que l’UFC est une organisation américaine – ajoute à son mythe : ses adversaires et les fans comprennent son danger sans qu’il ait besoin de le verbaliser.

Cette capacité à imposer une présence sans mots s’est illustrée lors de la conférence de presse de lancement de l’UFC Freedom 250, où son mutisme a marqué les esprits. « Son langage, c’est son regard, ses gestes, son rituel. Il n’a pas besoin de parler pour être écouté », souligne un observateur cité par RMC Sport. Pourtant, derrière cette image se cache un homme qui a dû surmonter des épreuves personnelles, comme son combat contre l’alcoolisme dans sa jeunesse, avant de transformer le kickboxing en une issue.

Et maintenant ?

Son prochain défi se profile chez les lourds, face au Français Ciryl Gane, un adversaire technique et mobile, considéré comme l’un des profils les plus complets de la division. Passer à 93+ kg implique des changements radicaux : la puissance des frappes, la gestion de l’endurance et la capacité à encaisser des impacts augmentent considérablement. Pour Pereira, l’enjeu dépasse la simple conquête d’un troisième titre. Il s’agit de savoir si son modèle d’adaptabilité peut tenir face à un sport où la marge d’erreur se réduit à presque rien. Son combat contre Gane, prévu en 2026, pourrait ainsi écrire une nouvelle page de sa légende – ou révéler ses limites.

Une carrière qui défie la logique

Ce qui rend le parcours de Pereira si fascinant, c’est qu’il n’a jamais été un combattant « parfait ». Ses lacunes au sol sont connues, son menton reste un point de faiblesse, et il n’est pas le plus rapide de l’UFC. Pourtant, il a su maximiser ses forces : un sens tactique aigu, une précision chirurgicale, et une capacité à se réinventer après chaque échec. Son entourage, composé notamment de Glover Teixeira (ancien champion des mi-lourds) et de son coach Plinio Cruz, a joué un rôle clé en lui apprenant à défendre suffisamment, à se relever, et à comprendre les limites de son style sans le renier.

« Je ne suis pas devenu un combattant total, mais j’ai appris à être efficace là où ça compte », a-t-il déclaré à RMC Sport. Son histoire rappelle que dans un sport comme le MMA, où la polyvalence est souvent valorisée, il est possible de réussir en étant un spécialiste reprogrammé. Aujourd’hui, à 34 ans, Pereira continue de repousser les frontières. Après avoir dominé deux catégories, il vise désormais les lourds, une catégorie où peu de combattants ont réussi à transiter avec autant de succès. Jusqu’où peut-il aller ? La question, qui l’a accompagné toute sa carrière, reste entière.

Une chose est sûre : Alex Pereira a prouvé que dans les sports de combat, le destin ne se contrôle pas toujours. Parfois, il se façonne.

Alex Pereira est le premier combattant de l’histoire de l’UFC à remporter des titres dans deux catégories différentes : les poids moyens et les mi-lourds. Il détient également le record du plus haut taux de coups significatifs de l’histoire de l’organisation, avec 62,1 %.

Son surnom, Poatan, signifie « mains de pierre » en référence à la puissance dévastatrice de son crochet gauche, une arme capable d’éliminer ses adversaires en un instant.